Plaidoyer pour l’altruisme et les animaux
LITTÉRATURE
Matthieu Ricard est moine bouddhiste tibétain, docteur en génétique cellulaire, auteur et photographe. Il est le fils du philosophe, essayiste, journaliste et académicien Jean-François Revel (né Jean-François Ricard) et de l’artiste peintre Yahne Le Toumelin. Il réside actuellement au monastère de Shéchèn au Népal. Il a publié de nombreux ouvrages dont «Plaidoyer pour l’altruisme », l’an dernier, et «Plaidoyer pour les animaux» qui vient de sortir. Il vient de sortir «Plaidoyer pour les animaux», dans la lignée de «Plaidoyer pour l’altruisme», mais il prend davantage de précautions dans l’introduction de l’ouvrage, en sachant que plus de 90% de son lectorat n’est pas végétarien. Cependant, répond Matthieu Ricard, «ce n’est pas un livre destiné aux végétariens, c’est un livre qui montre que nous sommes une civilisation qui progresse. Il y a 300 ans, on torturait les gens sur la place publique, on allait voir les pendaisons le dimanche après-midi... Voltaire s’était insurgé contre le supplice de la roue que l’on avait infligé à un innocent. Il y a une ville dans les Vosges qui n’avait pas eu de condamné à mort pendant quelques mois et ils ont fait venir un condamné à mort d’une autre ville, parce que cela manquait le dimanche après-midi... On a fait des grands progrès de civilisation : il y a eu les droits de l’homme, maintenant on met l’accent sur les droits de la femme et sur les droits de l’enfant. Malgré tout, il y a 1,6 million d’espèces animales qui sont nos concitoyens sur cette terre et, curieusement, s’il est tout-à-fait légitime d’accorder un grand respect à la vie humaine, la vie de l’animal est considérée comme étant nulle, sauf si elle a une valeur commerciale ou marchande. Il y a un hiatus en matière de cohérence éthique puisque les animaux sont des êtres sensibles et, si l’on regarde le processus de l’évolution, on sait que nous avons 98,7% de notre héritage génétique qui est identique à celui des chimpanzés. Si on regarde l’ancêtre commun des chimpanzés et de nous-mêmes, il n’y a que des gradations minimes au fil du temps, donc il n’y a pas de moment magique où l’Homo sapiens est devenu une espèce nouvelle. Sur le plan éthique, on ne peut pas instrumentaliser en masse les animaux : on tue 60 milliards d’animaux terrestres par an, il y a un problème éthique. Il ne s’agit pas d’animaliser l’homme ou d’humaniser l’animal, mais simplement de reconnaître le fait que ce sont des êtres sensibles et de les traiter avec un peu plus de bienveillance. Il y a beaucoup de gens qui vous répondent : «Oui, mais il y a tellement à faire pour les êtres humains…» Mais l’un n’exclut pas l’autre ! On ne dit pas aux gens qui font du jardinage, de la voile ou qui collectionnent les timbres : «Vous feriez mieux d’aller aider les indigents ou les personnes âgées…» Il ne s’agit nullement de choisir entre aider les êtres humains ou aider les animaux, mais d’étendre aussi notre bienveillance aux animaux, car ce sont également des êtres sensibles».
Dans son livre, il rappelle que l’homme a commencé par le cannibalisme. Certes, on a bien évolué depuis… Cela signifie-t-il que dans quelques siècles ou millénaires, il sera inconcevable de manger des animaux ? Réponse de Matthieu Ricard : «Le cannibalisme a quand même été une grande exception. J’ai cité un penseur éminent qui disait que, peut-être, on considérera le fait de manger des animaux comme maintenant on considère le cannibalisme. Par rapport à l’histoire entre les hommes et les animaux, ce qui est intéressant, c’est que les chasseurs-cueilleurs - il y en a encore quelques-uns qui vivent dans ce monde - n’ont jamais considéré les animaux comme étant inférieurs, mais comme étant différents. Il y avait l’esprit du jaguar ou du caribou… Les cultures qui ont domestiqué et ensuite tué en masse les animaux ont trouvé une sorte de moyen de se trouver un peu plus à l’aise avec elles-mêmes. Si l’on tue Blanchette, c’est un petit meurtre à sa façon et, pour être plus à l’aise avec cette idée, on nous explique que les animaux ne ressentent pas la douleur, qu’ils n’ont pas d’âme ou qu’ils ont été créés pour nous. Il est intéressant de voir comment les choses se sont faites au fil de l’histoire. Je n’ai pas essayé de condamner ou de dicter un aspect normatif en disant «Vous devez faire ceci ou cela…». Je fais une humble requête qui est de ne pas détourner le regard sur le fait que 80% des Français pensent que les méthodes d’abattage des animaux sont très cruelles. En revanche, 70% disent qu’en aucun cas ils n’iraient voir ce qui se passe. Je trouve cette attitude incohérente. On ne veut surtout pas voir ! D’ailleurs, on a montré aux États-Unis que plus de la moitié des enfants pensaient que la viande venait du supermarché et, en amont, de l’usine ! Ils ne font pas le rapport avec des êtres vivants. Il s’agit simplement d’avoir plus de cohérence éthique. On peut le faire petit à petit et c’est ce que l’on appelle un progrès de civilisation».
Le précédent livre de Matthieu Ricard sur l’altruisme était une réponse au livre de Ayn Rand, «La vertu d’égoïsme», qui a été un immense succès aux États-Unis. Ayn Rand décrit les êtres humains en les classant entre les productifs et les improductifs… Matthieu Ricard souligne que «Ayn Rand est une philosophe qui a eu beaucoup de succès aux États-Unis. Elle considère que l’altruisme est immoral parce que cela fait de vous une bête sacrificielle : par exemple, selon elle, on ne devrait jamais payer des impôts pour la sécurité sociale, les orphelins, les personnes âgées ou les démunis, parce que c’est du vol... On peut payer des impôts pour la police ou pour les routes, parce que c’est utile à tout le monde... C’est donc un point de vue strictement égoïste. Elle dit : «Si vous êtes généreux, cela vous regarde, mais on ne peut pas vous obliger à prélever des impôts sur votre travail, ne serait-ce que 1% pour la société…» Donc, c’est une vision totalement individualiste, qui a connu un immense succès aux États-Unis. C’est vrai, nous sommes des animaux sociaux, coopérer entre les êtres humains est une grande joie, la solidarité, la bonté, la tendresse, la qualité du lien social sont des causes fondamentales de bien-être. Il y a une enquête de l’OCDE dans le monde sur les facteurs qui contribuent le plus au bien-être. On évoque les revenus mais, en première position, arrive la qualité des relations humaines. Donc, nous ne sommes pas des entités isolées. De ce fait, la bonté, l’amour altruiste, la compassion et la générosité sont, non seulement des qualités que tout le monde apprécie, mais c’est aussi ce qui nous procure le plus de satisfaction. Donc, tout le monde est gagnant ! C’est le point de vue d’Ayn Rand sur l’égoïsme à tout prix…» Finalement, le secret du bonheur, c’est l’altruisme : «Se rencontrer, c’est essentiel ! Des études scientifiques et sociologiques ont montré que la qualité du lien social, à savoir qu’il y a des gens sur lesquels on peut compter, à qui l’on peut faire confiance et se confier, un lien social riche - car il ne s’agit pas de connaître cinquante personnes dans son carnet d’adresses - ces études ont montré que les gens qui ont un lien social fort vivent plus longtemps, en meilleure santé et souffrent moins de problèmes d’addiction. Être seul au milieu de la multitude, c’est poursuivre quelque chose qui va être préjudiciable à votre santé et à votre longévité.»
« Plaidoyer pour les animaux » de Matthieu Ricard est publié aux Editions Allary.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.