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Dette : l’avertissement du spécialiste du budget à l’Assemblée nationale
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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Charles de Courson, député UDI de la Marne : « Le redressement des finances publiques va être de plus en plus difficile dans les années qui viennent. »
Le budget 2015 est en discussion à l’Assemblée nationale. Qui, mieux que Charles de Courson, pouvait analyser la situation dans les colonnes de L’Hebdo-Bourseplus ? Le député UDI de la Marne est souvent présenté comme un expert des questions budgétaires. Il lance un avertissement à prendre au sérieux : la France touche le fond. Les taux d’intérêt vont remonter et, évidemment, il est nécessaire que la France se réforme très rapidement. Il répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Nous avons franchi le cap des 2 000 milliards de dettes, mais on a malheureusement le sentiment que tout le monde s’en moque, ou presque…
Charles de Courson : C’est exact. Je rappelle que la dette publique française, c’est la somme des déficits passés. Cette année, dans les prévisions gouvernementales, on ne baisse plus les déficits. Ils vont un peu remonter cette année, nous étions à 4,1% en 2013, nous serons à 4,4% en 2014 et nous espérons redescendre à 4,3% en 2015. Avec des perspectives de croissance probablement plus faibles que celles envisagées par le gouvernement, c’est-à-dire 1%, nous allons à nouveau être au-dessus de 4,4%. Donc, il n’y a plus de réduction du déficit et la dette publique va augmenter chaque année de 4,3% du PIB, c’est-à-dire de 90 milliards pour faire simple. Donc, chaque année, on va prendre 90 milliards supplémentaires !
On annonce régulièrement un chiffre qui augmente : 1 800 milliards, 1 900 milliards, 2 000 milliards... Puis, l’année prochaine, peut-être 2 100 milliards ! Tout cela reste transparent pour nos concitoyens puisque les caddies sont toujours pleins dans les supermarchés !
C’est vrai, parler de 2 000 milliards de dettes, c’est un chiffre tellement astronomique que cela ne dit plus rien. Ce qui parle davantage aux familles - il y a à peu près 30 millions de foyers fiscaux en France - c’est de dire que la dette atteindra fin 2015 approximativement 70 000 euros par famille. Cela parle davantage aux Français ! Quand vous leur dites que la dette augmente chaque année à hauteur de 3 000 euros par famille, les gens comprennent que ce n’est plus possible. Vous connaissez la plaisanterie : «Pourquoi les enfants pleurent-ils à la naissance ? Parce qu’ils se disent : Nos salauds de parents nous ont mis au monde avec 70 000 euros de dette !» Avec cette présentation, c’est plus clair. Il faut aussi parler des intérêts de cette dette. La dette de l’État ne coûte pas cher actuellement puisque c’est 44 à 45 milliards, car les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas depuis quarante ans. Mais ceci va-t-il durer ? La réponse n’est pas franco-française, voire purement européenne, mais mondiale. S’il y a une reprise dans le monde, avec une tension sur les marchés financiers pour financer la croissance, il y aura une remontée. D’ailleurs, la plupart des banquiers nous expliquent qu’il y aura une remontée des taux d’intérêt au deuxième semestre. À ce moment-là, il y aura une remontée de la dette. Imaginez un point de plus en moyenne sur la dette du seul État : c’est 14 milliards supplémentaires. Cela veut dire que le redressement des finances publiques va être de plus en plus difficile dans les années qui viennent, dès qu’il y aura une remontée des taux d’intérêt. Les banquiers nous disent que c’est pour le deuxième semestre 2015, parce que les États-Unis ne se portent pas mal et les taux d’intérêt américains vont être remontés pour éviter l’emballement. Donc, il y aura une contamination des taux d’intérêt américains sur les taux d’intérêt européens.