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Euro Disney : les masques tombent.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!
Celui qui a fait confiance à la « magie Disney » en achetant des titres Euro Disney en novembre 1989 à 11 euros se trouve aujourd’hui avec un douzième d’action (il y a eu un regroupement du capital à raison d’une action nouvelle pour douze actions anciennes depuis), qui font que les 132 euros nécessaires en novembre 1989 pour avoir une action actuelle ne valent plus que 3,11 euros tout juste. La mise a donc été divisée par 42,5. Dans cette affaire, il n’y a que des perdants, en dehors de The Walt Disney Company. Au début, il y a eu 3,81 milliards d’euros investis, financés à la fois par le recours au marché et par l’emprunt, les actionnaires minoritaires ayant été appelés à financer un peu plus de 60 %, Disney gardant 39,9 % du capital de la société en nom collectif pour laquelle il est responsable, en droit français, sur ses biens propres, et a, à ce titre, pris 100 % des décisions de gestion. Depuis, le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe Disney n’a pas géré en fonction des intérêts des minoritaires.
Picsou ? Non : Rapetout.
Il a géré en fonction de ses intérêts de groupe, de son image, des royautés à encaisser (environ 5 % du chiffre d’affaires chaque année), et de tout ce qui peut, pour Disney, apporter davantage à un ensemble beaucoup plus vaste que le seul parc, puisqu’il y a, en France, des journaux, des chaînes de télévision, des films, des DVD… et toute une pléthore de produits dérivés. Le groupe a investi, d’année en année, dans l’agrandissement de son parc, un peu à la manière du paysan, qui accroît son domaine, en construisant des nouveaux hangars, en achetant de nouvelles terres à cultiver. La société Euro Disney a fait une première restructuration financière en 1994. La maison-mère, bonne fille, a renoncé à percevoir des redevances de licences jusqu’en 1998, les banques ont accepté un petit abandon d’intérêt, rééchelonnant la dette, qui n’était pas pour autant remboursée. Il y a eu une augmentation de capital de 882 millions d’euros, et l’entrée du prince saoudien Al Walid, qui a pris 10 % du capital et, murmure-t-on, de solides garanties de solides garanties sur le patrimoine immobilier dont l’hôtel Disneyland Paris.
Il y a eu quelques bénéfices à partir de 1995, mais, l’ouverture en 2002 d’un deuxième parc, Disney Studios, qui était trop cher avec trop peu d’attractions, a fait replonger la société dans le rouge, même si une augmentation de capital de 230 millions d’euros avait permis pour partie son financement… Il y a eu de la dette, une fois de plus, qui a été contractée. Après de longues négociations entre Walt Disney et les banques, une deuxième restructuration de la dette a eu lieu, faisant retomber l’endettement un peu en dessous de 2 milliards d’euros en 2005. Il y a eu une nouvelle augmentation de capital, pour 250 millions d’euros, ce qui porte tout de même à presque 1,5 milliard d’euros l’argent levé auprès des actionnaires au cours des dernières années. Il est quand même intéressant de remarquer que, en Bourse, la totalité d’Euro Disney n’est que de 121 millions d’euros, au cours de 3,10 euros l’action. La mise en place de nouvelles attractions telles que la Tour de la Terreur (2008) ou Buzz l’Eclair (2006) n’a pas suffi à remettre le deuxième parc d’aplomb, même si cela a permis de renforcer l’attractivité. L’exercice 2007-2008 était plus ou moins à l’équilibre, avec une tendance à une forte amélioration structurelle, avec alors 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 15,3 millions de visiteurs.
2009 : on replonge dans le rouge.