Avis de recherche : comment retrouver une personne disparue ou perdue de vue

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

L’ancien détective privé Philippe Dylewski est très connu en Belgique où il est souvent interviewé sur les sujets liés à la recherche des personnes. Il vient de publier un livre numérique qui s’adresse à tous ceux qui souhaitent localiser quelqu’un : «Il y a des milliers de personnes qui recherchent activement quelqu’un. Une majorité de la population aimerait retrouver telle ou telle personne et c’est un phénomène qui touche énormément de gens». Cet ouvrage recense toutes les astuces de recherche qui sont utilisées par les détectives et il permet par ailleurs opportunément de constater que la vie privée devient un concept de plus en plus flou avec le développement des réseaux sociaux. Toutefois, Philippe Dylewski souligne que le thème de son livre n’est pas la sécurité sur Internet, mais bien la recherche de personnes que l’on a perdues de vue : «Ce n’est pas un ouvrage de prévention car on parle partout de la sécurité sur Internet. Ce n’était donc pas mon but au départ. Aujourd’hui, il est facile de trouver sur Internet des traces sur tout le monde. La moitié des Français sont présents sur les réseaux sociaux. On peut ajouter à cela les bases de données, les sites d’emploi, etc.»

Est-il possible, voire facile, de retrouver la trace de quelqu’un ? Oui, car «si les gens ne se cachent pas, on peut retrouver 90% des personnes que l’on recherche. Cela peut être des membres de sa famille, d’anciennes amours, des anciens camarades... Mais pas des fugitifs… On peut retrouver assez facilement la plupart des gens en Europe». Cependant, la situation n’est pas identique selon les lieux : «Il y a des pays où il est plus facile de retrouver des gens. En revanche, c’est plus difficile en Irlande ou au Portugal car ce sont des pays qui n’ont pas de bases centralisées de données de la population. En Suède ou aux États-Unis, c’est extrêmement facile puisque toute l’information est publique. Cela dépend de la législation d’un pays. Au nom de la liberté, on fait beaucoup de choses. En Suède ou aux États-Unis, au nom de la liberté, on peut tout savoir, alors que dans d’autres pays, au nom de la liberté, on ne peut rien savoir sur personne ! Il y a des pays où vous pouvez connaître librement l’adresse des gens, leur profession, ou s’ils ont été condamnés ou non, parce que c’est quelque chose de public.»

L’ouvrage présente une compilation des techniques et des méthodes utilisées par les professionnels de la localisation d’individus. On y parle autant de recherches à distance que d’enquêtes de terrain. Pour engager les investigations, il y a évidemment Internet et les réseaux sociaux : «Il faut commencer par faire une recherche sur Google. C’est la base, mais si cela suffisait, il ne faudrait pas écrire un livre là-dessus ! Le livre devient intéressant quand les gens ont déjà effectué des premières recherches, notamment en tapant des noms sur Google, parce que je donne d’autres pistes». Internet est aussi la base de recherche des professionnels : «On peut estimer que 90% des recherches des policiers se font aujourd’hui à partir d’un ordinateur, mais cela ne suffit pas, cela permet simplement de trouver des pistes. Ensuite, il est nécessaire de creuser les pistes à l’ancienne, c’est-à-dire de sonner aux portes ou téléphoner.» Autre astuce, moins connue : «On peut retrouver aussi une personne à partir de sa photo. C’est un peu plus complexe car il faut modifier les paramètres de son compte Facebook, se mettre sur un compte américain, et vous avez alors accès à des données auxquelles vous n’avez pas accès si vous êtes sur un compte Facebook avec des paramètres français. Sur un compte américain, vous pouvez identifier des photos ou des gens qui ont taggué des photos. Il y a vraiment des applications qui sont assez inhabituelles. Mais c’est très simple à faire, il suffit de changer son paramètre de langue, en passant de français à anglais-américain».

Philippe Dylewski explique également comment organiser son travail de recherche entre les réseaux sociaux, la presse et les annuaires, et par ailleurs au moment de l’enquête de terrain. Enfin, un chapitre est consacré à l’entrée en relation et au contact direct avec la personne que l’on a retrouvée, un aspect qui n’est pas neutre : «Là aussi, il faut aussi savoir faire preuve de psychologie ! Quand vous voulez retrouver quelqu’un qui a compté dans votre vie, il ne suffit pas de débarquer dans sa vie en faisant : « Coucou c’est moi ! » Les choses risquent de mal se passer... Quand vous retrouvez des gens qui ont appartenu à votre vie dans le passé, ils ne sont pas forcément très heureux de vous revoir. J’ai pu le constater à de nombreuses reprises. Il y a donc des façons différentes d’entrer en contact. Par exemple, si vous pensez encore à votre petite amie d’il y a 20 ans, il est peu probable qu’elle pense encore à vous… Peut-être même qu’elle ne se souvient même plus de vous ! Mais c’est un enjeu moins important que lorsqu’il s’agit de retrouver sa mère ou son père biologique… Il est important de réfléchir à ne pas leur faire peur, les blesser ou les heurter…»

De nombreux conseils sont donc délivrés dans cet ouvrage dédié à la recherche de personnes. Philippe Dylewski nous permet aussi de comprendre à quel point la population de la planète est fichée. Est-ce un recul des libertés ? «Il y a effectivement un fichage généralisé, mais c’est le pire des fichages car c’est celui qui est fait sur une base volontaire : personne ne vous oblige à avoir un compte Facebook ! Si c’était obligatoire, il y aurait des émeutes. Mais comme c’est libre, tout le monde va y inscrire ses données personnelles... Est-ce assimilable à un recul des libertés ? Je ne vois pas bien en quoi. Mais il y a d’autres sujets d’actualité, notamment sur la liberté d’expression, qui pourraient amener à s’interroger sur le recul des libertés».

« Avis de recherche : comment retrouver une personne disparue ou perdue de vue » de Philippe Dylewski est publié en version électronique sur le site www.agakure.eu (107 pages - 14,95 euros)

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