Veolia : l’avenir (et les marges) se trouve dans vos déchets.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

Les entreprises Veolia Environnement et Suez Environnement se disputent, depuis longtemps, le marché de l’approvisionnement en eau, qui sera, avec l’augmentation de la population (9 milliards d’habitants prévus sur la Terre en 2050, 11 milliards en 2100), l’un des sujets majeurs de l’avenir, un enjeu considérable, qu’il s’agisse des traitements, du recyclage ou tout simplement de l’approvisionnement en eau potable, sans oublier, bien évidemment, l’irrigation des champs, de manière à nourrir tout ce monde. Veolia Environnement est le numéro un mondial dans ce qui concerne les prestations de services liés à l’eau, qu’il s’agisse d’assainissement, de distribution d’eau potable, de prestations d’ingénierie, conception et construction d’installation des eaux, voire, ne l’oublions pas non plus, les usines de désalinisation. Cela représente environ la moitié du chiffre d’affaires de l’entreprise, qui s’est dégraissé, récemment, de tout un tas d’activités périphériques, pour réduire son endettement, ce qui a été, globalement, effectué au cours des deux derniers exercices. Depuis les difficultés de Groupama et la baisse du cours de Bourse qui incite le groupe industriel Marcel Dassault à céder sa participation d’environ 6 %, Veolia, pour l’instant, cherche à stabiliser son actionnariat, à travers une montée en puissance des salariés-actionnaires, qui ont aujourd’hui environ 4,5 % de l’affaire. Les investisseurs institutionnels sont très présents dans le capital, les particuliers sont à peine 200.000 à détenir des actions Veolia Environnement, alors qu’ils étaient plus d’un million, lors de la séparation d’avec Vivendi, sous Messier, il y a une petite quinzaine d’années de cela. 


Pénurie d’eau, mais personne pour payer.


La société Veolia Environnement fait face à un marché qui est très demandeur, mais pas obligatoirement toujours solvable. On estime généralement que, en 2025, plus de 60 % de la population mondiale sera confrontée à la pénurie d’eau. Rendre de l’eau disponible là où elle manque, ce sera un défi délicat. Aujourd’hui, seulement 2,5 % de l’eau de la planète est utilisable par l’homme sans traitement, en provenance des sources, notamment. Que ce soit dans les pays développés ou les pays en cours de développement, les besoins augmentent chaque jour, et la corvée d’eau, en Afrique, occupe une grande partie des journées, notamment pour les femmes et les enfants. Ce que l’on appelle le « stress hydrique », ne concerne pas seulement les pays en développement, de l’hémisphère Sud. Cela concerne aussi l’Australie, la Floride, le Mexique, et plusieurs autres états des Etats-Unis, mais cela concerne également une partie de la Russie, la Turquie, et certains pays du nord-est de l’Europe.

Toute la frange littorale des pays du Maghreb, juste en face de chez nous, a vu sa population exploser, passant de 25 millions environ il y a une cinquantaine d’années à une petite centaine de millions d’habitants environ actuellement. Les pluies ne sont pas venues pour autant, quadruplant les apports naturels. Dans le nord-est de la Chine, plus de 75 % du débit des rivières est actuellement prélevé, on est aussi en stress hydrique. À Bombay, gigantesque métropole de l’Inde qui compte presque 20 millions d’habitants (on estime que la population sera à 26 millions en 2030), et qui se situent au deuxième rang dans les plus grandes villes du monde, il n’y a pas un habitant sur cinq qui a accès à l’eau potable. La Chine importe beaucoup de matières premières, mais on a complètement oublié que les Chinois, qui représentent 20 % de la population mondiale actuelle, ne comptent que pour 6 % des ressources mondiales en eau. A Mexico (autre mégapole qui a énormément progressé en population au cours des dernières décennies), l’eau qui est pompée pour alimenter la ville dépasse de plus de moitié les capacités de renouvellement de la nappe phréatique, qui commence à décliner de façon inquiétante.


Stress hydrique en Californie.

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