On entend dire que... La presse écrite est morte.
LITTÉRATURE
La presse écrite est-elle morte ? On entend souvent dire cela depuis quelques années, mais l’enquête de Marie Malaterre-Roques démontre le contraire : la presse écrite a encore de beaux jours devant elle, à condition de savoir se remettre en question. Journaliste et collaboratrice aux Clés de la Presse, Marie Malaterre-Roques couvre l’actualité de la presse et des médias depuis une dizaine d’années, à la rencontre d’éditeurs en constante réflexion quant à leur métier. Elle vient de publier un livre numérique sur cette question, aux Éditions Eyrolles, dans la collection : «On entend dire que…» Finalement, il apparaît que la presse a encore de nombreuses ressources et qu’elle peut nous réserver des surprises : «Il ne s’agit pas de nier les difficultés de la presse, les diffusions baissent, les lecteurs désertent les journaux et les plans sociaux se succèdent. On entend dire un peu partout que le papier va mourir, mais le papier porte toujours l’économie de l’information écrite dans la mesure où il représente encore une grande part du chiffre d’affaires des grands groupes. Par exemple, le quotidien papier du Figaro représente 75% des revenus totaux du groupe !»
Et c’est justement là que se situe tout le dilemme pour les éditeurs, puisque l’audience vient de l’Internet et l’argent du papier : «Il est indispensable d’être sur Internet pour fidéliser les lecteurs et pour consolider l’audience. Il y a des succès d’audience indéniables sur Internet, il y a des choses très intéressantes en termes de contenu, mais la monétisation est encore très difficile. La mode est au passage au payant sur Internet mais, pour l’instant, les résultats ne sont pas probants. Cependant, il y a quelques exemples qui se dessinent aux États-Unis avec le New York Times qui a gagné en diffusion payante grâce au numérique». Toutefois, les difficultés de la presse ne sont-elles pas aussi liées à son contenu rédactionnel ? Réponse de Marie Malaterre-Roques : «La presse est indéniablement responsable de son déclin. Mais l’arrivée des médias en ligne et des chaînes d’information en continu ont amplifié ce phénomène, puisqu’il faut aller toujours plus vite en tapant toujours plus fort. Cela n’a finalement pas résolu le problème. Mais la presse essaie de se remettre en cause en réfléchissant à son avenir. Il ne faut pas croire que les patrons de presse sont omnipotents, car ils essaient, de manière concrète et quotidienne, de mettre en place des solutions».
De toutes les familles de presse, c’est le quotidien qui est le plus menacé selon l’étude de la journaliste : «La plupart des éditeurs ont un réel doute sur la pérennité du quotidien national papier aujourd’hui. C’est quelque chose de très clair. Avec la multiplication des sites d’informations, les quotidiens ne remplissent plus leur rôle puisque l’on n’apprend plus rien le matin quand on va acheter son quotidien. Les magazines s’en sortent plutôt bien, mais le modèle du magazine est à réinventer puisque l’on voit aussi arriver un nombre important de Mooks, c’est-à-dire des publications qui sont à mi-chemin entre les livres et les magazines. Mais tout cela n’empêche pas l’arrivée de nouveautés sur le marché des magazines. Je pense à Vanity Fair qui a été lancé en 2013 et qui s’en sort très bien». Autre indication : la presse gratuite a du mal aussi à trouver son modèle sur papier. En effet, «la presse gratuite papier est en très grande difficulté, car elle dépend du marché publicitaire. On connaît l’état du marché publicitaire qui peine vraiment à retrouver son niveau d’avant 2009. Il y a des rumeurs de rachat qui circulent presque toutes les semaines et je pense que l’on ne finira pas l’année scolaire avec les trois grands quotidiens gratuits que l’on connaît aujourd’hui dans les grandes villes».
En conclusion, la presse n’est pas un secteur qui est en train de disparaître, mais c’est surtout un secteur en profonde mutation : «Il y aura de la casse avec des marques de presse qui disparaîtront. La plupart des professionnels interrogés n’ont pas hésité à me dire qu’ils allaient arrêter de courir après la diffusion en kiosque, l’essentiel c’est d’être dans les points de transit, comme les bars, les boulangeries ou les grandes surfaces. Les éditeurs tablent également sur les diffusions numériques. Certains pensent que les quotidiens nationaux sur papier pourraient devenir des produits de luxe, on imprimerait uniquement ce qui a une grande valeur ajoutée, c’était d’ailleurs la stratégie de L’Express lors de la sortie de sa dernière formule. Il y a aussi des familles de presse qui sont vouées à disparaître, comme les programmes de télévision par exemple». Dans ce contexte, «il ne faut pas enterrer la presse, car le papier continue de porter l’économie de l’information, les revenus qui en sont issus demeurant majoritaires dans le chiffre d’affaires des grands groupes, tandis qu’avec seulement 15% de leur CA, le numérique, vrai succès d’audience, collant parfaitement aux nouvelles pratiques médiatiques, est loin de dégager les résultats escomptés».
Un ouvrage très bien documenté qui s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de la presse.
«On entend dire que… La presse écrite est morte» de Marie-Malaterre Roques est publié chez Eyrolles, uniquement en e-book.
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