Marchand d’armes, un vieux métier rentable.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

Nous sommes en pleine année de commémorations. Il y a 800 ans, les milices communales françaises, rejoignant le roi Philippe Auguste, emportaient la bataille de Bouvines, ce qui a été marquant dans l’histoire de la construction du Royaume de France. Il y a deux siècles, l’invasion du territoire, déjà, amenait Napoléon Ier, avec brio, à voler de ville en ville, en Champagne et dans la région parisienne, pour essayer de retarder l’irréparable, son abdication, qui est intervenue à Fontainebleau, au mois d’avril 1814. Il y a cent ans tout juste, démarrait la guerre de 1914-1918, qui ne s’est terminée, en Europe, qu’avec l’effondrement du troisième l’Empire allemand, à Berlin, et une destruction considérable de presque tout le continent, trente et un ans plus tard, en mai 1945. Il y a soixante-dix ans, commençaient les combats de la Libération, durement ressentis en France, surtout en Normandie.

Quelle que soit notre étique, l’armement, c’est souvent ce dont on manque lorsque l’on est agressé, on a pu le constater amèrement en 1940. La France est donc obligée, malgré son caractère pacifique, malgré ses alliances, à entretenir une industrie d’armement, qu’elle ne peut justifier par ses propres commandes militaires. Les grandes entreprises françaises du secteur de l’armement, depuis plusieurs décennies déjà, ont fait l’objet d’un ralentissement considérable des débouchés internes, notre marine a été divisée par deux, notre armée de l’air est tombée de plus de 400 à moins de 150 avions opérationnels, notre armée de terre a quasiment supprimé ses régiments de chars, dans les faits. 


Exporter ou mourir.


Pour survivre, l’industrie française d’armement est obligée de vendre à l’exportation, cela lui permet de garder un plan de charges significatif, qui est indispensable à la sauvegarde de ses 40.000 emplois directs et des 10.000 ou 15.000 emplois indirects chez les fournisseurs (sur 170.000 emplois au total dans la filière). Ce sont des emplois, très souvent, de hautes technologies, avec les bureaux d’étude, qui font de la recherche et du développement, dans des domaines de pointe. Les exportations françaises d’armement ont augmenté en 2013, les commandes nouvelles ont été de 6,87 milliards d’euros, plus 43 % sur le chiffre, bas, de 2012. Les services de l’Etat se mobilisent pour accompagner les entreprises, il ne s’agit pas toujours de ventes de gré à gré, ou d’appel d’offres, la diplomatie française est mise à contribution, jusqu’au plus haut niveau, l’actuel chef de l’Etat, François Hollande, allant jusqu’à faire un aller-retour rapide en Arabie Saoudite afin de favoriser la prise de commandes, pour 3 milliards d’euros environ, de matériels destinés à équiper l’armée libanaise et financés par l’Arabie Saoudite.

L’Arabie Saoudite est redevenue le premier client de la France, avec plus de 1,9 milliard d’euros de contrats signés et de contrats entrés en vigueur en 2013. Nous sommes concurrencés par tous les grands groupes internationaux, et plus particulièrement les géants américains de l’armement, sans oublier, bien évidemment, les industries militaires israéliennes, espagnoles, britanniques, allemandes, italiennes… ukrainiennes et mêmes russes. La Chine n’est pas aujourd’hui un pays exportateur d’armes, ou de façon marginale, mais cela pourra le devenir, la Chine essaie de rattraper les technologies d’armement du monde occidental, et c’est en passe d’être totalement réalisé, quel que soit le domaine. Pour l’industrie française, l’utilisation en opérations du bâtiment de projection et de commandement (classe Mistral) lors des opérations de Libye sous Nicolas Sarközy, la mise en action du Rafale lors de très nombreuses interventions… ont été des cartes de visite publicitaires particulièrement appréciées auprès des clients potentiels, dans un monde qui est aujourd’hui toujours très tendu. L’armée indienne serait sur le point de commander pour plus d’une centaine d’avions Rafale, dont 18 seront fabriqués en France, et peut-être même légèrement davantage, même si le partenaire de Dassault Aviation n’est pas en mesure de les fabriquer sur place, aussi rapidement que ce qui avait été prévu initialement.

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