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Argent gratuit, rentabilité modeste des entreprises : les risques.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!
Depuis le 5 juin, date de la dernière baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), la valeur de l’euro, face au dollar, est tombée de presque 1,40 dollar pour 1 euro à à peine plus de 1,31 dollar pour 1 euro (1,314 ce mercredi). Nous ne sommes pas encore à la prévision du groupe américain Goldman Sachs, qui anticipe une parité exacte entre l’euro et le dollar pour la fin de 2017, ce qui serait un phénomène jamais vu depuis 2002, date du début de la forte baisse de la monnaie américaine, face à l’euro comme à d’autres monnaies. La banque américaine anticipait jusqu’à présent un cours de 1,20 dollar pour 1 euro, ce qui peut correspondre, grosso modo, à une parité normative, vu les différences d’inflation qu’il y a eues, depuis la création de l’euro à la parité de 1,1 dollar pour 1 euro, entre les Etats-Unis et l’ensemble de la zone dirigée par la BCE. Goldman Sachs s’attend à un euro retombant à 1,28 ou 1,29 dollar fin 2014, puis 1,15 dollar fin 2015 et 1,05 dollar fin 2016.
C’est un mouvement qui est vu comme durable, on est actuellement au début d’une tendance. Progressivement, c’est évident, il faut s’attendre à ce qu’il y ait une remontée des taux d’intérêt sur les taux à deux ans américains, placement qui est choisi par les cambistes, alors que les taux allemands ou français, qui sont passés récemment en territoire négatif (-0,04 % pour les taux allemands à deux ans et -0,02 % pour les taux français à deux ans), il y aura basculement progressif vers le dollar, ce qui va redonner de la compétitivité en Europe après la hausse surprise de 7 %, face au panel de monnaies du commerce extérieur européen, qui est intervenue en 2013.
La BCE fait baisser l’euro.
Qu’il s’agisse des places de Francfort, de Londres, ou de Moscou, il y a vente d’actifs en monnaie locale vers des actifs en monnaie américaine, la croissance, en rythme annualisé, de 4,1 % du PIB américain constatée au deuxième trimestre, est attractive, davantage que la stagnation, au mieux, que l’on constate en Europe. Pour éviter la déflation, Mario Draghi, patron de la BCE, a très clairement laissé comprendre qu’il misait sur un affaiblissement de l’euro, ce qui aura comme conséquence, si cet affaiblissement est ordonné, de redonner de la compétitivité sur les marchés extérieurs, face au dollar ou au yuan chinois, monnaie qui est intrinsèquement liée au dollar. Par ailleurs, comme une partie significative des composantes énergies et matières premières de la fabrication en Europe est facturée en dollars importés, il est évident que la hausse du coût des matières premières et celle de l’énergie pourront éviter à la zone euro de sombrer dans une déflation cruelle, l’inflation étant tombée, au cours de cet été, à un rythme annuel de 0,4 ou 0,5 % dans l’ensemble de la zone euro. La dévaluation, puisqu’il faut appeler un chat un chat, amène, pour la zone euro, une réflation, même si elle est légère, elle devrait suffire pour ramener le taux des hausses des prix entre 1 et 1,5 %, peut-être même légèrement au-dessus de 1,5 % en rythme annuel. Pourquoi les taux d’intérêt actuels sont-ils aussi faibles ? En ce qui concerne l’Allemagne, c’est logique, le risque est moindre, l’Allemagne est aujourd’hui excédentaire, avec, pour le premier semestre de 2014, un excédent public de l’ordre de 1,1 % du PIB, du jamais vu depuis la réunification allemande. En ce qui concerne la France, le phénomène est plus surprenant, puisque l’on prête gratis à la France, avec un taux d’intérêt sur des obligations à dix ans qui est actuellement contenu entre 1,3 et 1,4 %, un record de prix bas.
Des taux à court terme ultra bas.