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Un maire préoccupé par le nombre important de malades du cancer dans sa commune
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Gérard Chabert, maire de Saint-Maixant (Creuse) : « En tant que maire, je suis rassuré, mais en tant que médecin, je ne suis pas rassuré. »
Le docteur Gérard Chabert, maire de Saint-Maixant, un village situé dans le département de la Creuse, a écrit à la sous-préfète de la Creuse afin de l’alerter du nombre élevé de cancers observés chez ses administrés. En effet, sur une population de 230 habitants, le médecin retraité affirme avoir recensé «une douzaine de malades du cancer» : «Nous avons déploré deux décès récents. Trois personnes sont en phase critique, les autres sont, soit en soins, soit en rémission temporaire. Il y a même un village qui ne compte que dix adultes, or deux sont décédés, trois autres sont en traitement dont un en phase terminale. Les deux salariés d’une même propriété sont tous deux atteints de néoplasie». Le maire a donc demandé aux services sanitaires de la Creuse de rechercher «une éventuelle cause pathogène géographique, ce qui constituerait un préalable indispensable à toute action.» Mais sa requête a fait l’objet d’un refus et il lui a été répondu que la cellule interrégionale d’épidémiologie avait conclu qu’il s’agissait d’un simple effet statistique… Le maire est très mécontent, car il estime que des investigations plus approfondies auraient dû être mises en oeuvre. Il répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : ` Qu’est-ce qui vous a conduit à entreprendre une telle démarche auprès de l’État ?
Gérard Chabert : Je suis docteur en droit et docteur en médecine et, sur le plan scientifique, je ne peux pas soupçonner quelque chose de particulier. Ceci étant, dans un village, on connaît évidemment tous les malades et on a un regard qui n’existe pas dans les grandes villes. Ici, on a affaire à des individus que l’on connaît et que l’on aime, et le regard n’est évidemment pas le même. Je suis titulaire d’un DEA de droit de la santé et j’ai un regard qui n’est pas exactement celui de mes collègues maires de ma région. Je constate que sur notre canton, il y a une mortalité qui est bien supérieure à celle que nous rencontrons en France. En France, vous avez en moyenne une société de pompes funèbres pour 25 000 habitants. Or, dans le canton d’Aubusson, il y en a trois pour 7 000 habitants ! Dès le départ, je n’ai pas exclu le paramètre de l’aléa statistique. Je voulais que l’on vérifie qu’il s’agissait bien d’un aléa statistique. En revanche, je ne suis pas satisfait, car aucune investigation physique n’a été effectuée. On me parle des analyses de l’eau, mais ce sont des analyses sur l’eau qui est distribuée, alors que l’on n’a pas analysé l’eau des étangs ou l’eau des rivières. Aucune étude sur la densité de radon n’a été menée. Les analyses biologiques ou chimiques n’ont pas été menées... Or, c’est simplement ce que je demandais.
Ces vérifications auraient pu contribuer à vous rassurer, ainsi qu’une partie de la population…
En tant que maire, je suis rassuré, mais en tant que médecin, je ne suis pas rassuré. À cela s’ajoute l’affolement de la population. On m’a même menacé de ne pas mettre un certain nombre d’enfants à l’école, parce que le nombre de cancers est plus élevé à Saint-Maixant qu’ailleurs. Il y a eu une tendance des parents à ne pas vouloir mettre leurs enfants à Saint-Maixant. Les esprits se sont calmés et il n’y aura finalement pas de problème, mais il y a quand même eu cette réaction.