Contrairement aux affirmations du gouvernement, le déficit public continue d’augmenter...

EN DIRECT AVEC...

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Gilles Carrez, président de la commission des Finances : « Aujourd’hui, le salut est dans une politique de réformes courageuses visant à faire des économies. »

Gilles Carrez est président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, député UMP du Val-de-Marne et maire du Perreux-sur-Marne. Il est l’un de ceux qui connaît le mieux la situation de nos finances publiques et il tire à nouveau le signal d’alarme : le déficit public continue d’augmenter et la situation pourraitdevenir encore plus problématique en 2015. Il répond à nos questions.


L’Hebdo-Bourseplus : Le gouvernement reconnaît que la route vers le redressement de nos finances publiques sera plus longue que prévu, mais il continue d’affirmer que le train va dans la bonne direction… Partagez-vous cette opinion ?


Gilles Carrez : Le gouvernement fait le choix du déficit et de la poursuite de l’endettement. C’est un choix implicite, puisqu’il indique le contraire dans son discours général. Mais force est de constater que de nouvelles dépenses, ou de nouvelles baisses d’impôts, sont annoncées de façon régulière. Si je prends l’exemple des baisses d’impôts, toutes celles qui ont été annoncées depuis le changement de gouvernement, notamment celles liées au pacte de responsabilité, sont financées par le déficit, donc par la dette. Il n’y a pas d’économies supplémentaires à la clé. Les 50 milliards d’économies qui ont été annoncées l’ont été avant le plan Valls. Quand le président lui-même évoque des nouvelles baisses d’impôts en direction des classes moyennes, celles-ci, à l’évidence, ne sont pas davantage financées. Par ailleurs, ont été maintenues les augmentations liées au plan pauvreté, comme le RSA, très au-delà de l’inflation, et l’on observe tout un ensemble de recettes en moins et tout un ensemble de dépenses en plus. Mon pronostic reste le même.

J’avais évoqué cela au milieu de l’année dernière, lorsque j’avais indiqué que le déficit public de 2013 ne serait pas de 3%, ou de 3,6%, mais de 4%. A l’époque, j’avais été accusé de mensonge par Pierre Moscovici. Finalement, on a terminé l’année à 4,3%. Cette année, je vois difficilement comment on sera à 3,8%. En décembre 2013, dans le cadre de la loi définitive de finances, le gouvernement avait annoncé 3,6%, il a rectifié à 3,8 au printemps, au moment de l’envoi du programme de stabilité à Bruxelles. Aujourd’hui, il reste sur cette hypothèse, mais je peux vous dire que nous ne serons pas à 3,8%, mais à 4% et peut-être même au-delà. J’espère que nous ne nous retrouverons pas au même niveau qu’en 2013, ce qui serait assez inquiétant. L’espoir de revenir à 3% en 2015 s’éloigne de jour en jour.

Le gouvernement fait le choix de ne pas trop contraindre la dépense, au nom de la théorie des stabilisateurs économiques et, comme nous avons atteint le niveau de saturation fiscale, il fait le choix - que je ne conteste pas - d’arrêter les hauts impôts et d’essayer de les baisser. Mais tout cela a comme conséquence, et ce n’est pas assumé dans le discours officiel, de laisser le déficit à un niveau élevé. Est-ce grave ? Pour le moment, notre pays emprunte dans des conditions qui sont extraordinairement favorables. Mais, compte tenu d’un déficit public de 4 points de PIB chaque année, cela fait 80 milliards d’euros de plus de dettes chaque année ! A fin 2015, nous allons franchir la fameuse barre de 100% du PIB d’endettement ! Il faut bien prendre conscience d’une chose. En 2015, la France va être de loin le premier emprunteur en euros et de loin le premier emprunteur de la zone euro. En plus, il va falloir refinancer une fraction de nos 2 000 milliards de dettes qui viennent à échéance en 2015, de l’ordre de 130 milliards d’euros. Donc, nous allons avoir un besoin de financement à couvrir en 2015, au moment même où nous franchirons les 100% du PIB, de plus de 100 milliards ! Il ne faudrait pas que nos créanciers, qui sont étrangers pour une large partie, de l’ordre de 60%, considèrent que la France devient un pays à risques. Pour le moment, le recours à la dette, ça marche, mais on peut assister aussi à une remontée des taux d’intérêts. Quand vous avez des besoins de financement aussi colossaux, vous êtes dans une zone d’immense vulnérabilité…

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.