Total et Danone : des géants avec leurs fragilités.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!
On peut avoir une capitalisation boursière de 118 milliards d’euros environ et avoir besoin, malgré tout, de « menue monnaie ». Oui, Total, qui a frôlé les 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires (dépassés en 2012, en dessous en 2013, du fait du recul des prix pétroliers et de la force de l’euro face au dollar alors que l’activité se réalise essentiellement en dollars), va devoir vendre, pour réaliser ses investissements, de nombreux actifs, afin de les financer. Total est une entreprise géante, mais un géant international, qui réalise des pertes en France (raffinage, distribution), et dépend de l’étranger pour ses gigantesques bénéfices… ce qui lui crée une mauvaise image, et des taxations vexatoires, avec une régularité métronomique, vu la démagogie de nos gouvernants successifs. Total faisait 11 % de marge opérationnelle en 2009, 12 % en 2010, largement plus de 13 % en 2011, 11 % en 2012, et tout juste 10 % en 2013… Du coup, lorsque l’on doit investir des milliards voire des dizaines de milliards de dollars pour créer des raffineries, exploiter des gisements ou tout simplement explorer, creuser… on doit dégager de la marge, et aussi se recentrer. Le groupe pétrolier a dégagé sur le deuxième trimestre de 2014 un résultat net ajusté de 3,2 milliards de dollars, à comparer avec 3,6 milliards de dollars un an plus tôt. Son résultat net part du groupe ressort à 3,1 milliards de dollars, contre 3,4 milliards au deuxième trimestre 2013. Exprimé en euros, le résultat net ajusté dilué par action atteint un euro, soit une baisse de 17%. Si le prix moyen du baril de Brent s’est établi à 109,7 dollars, en hausse de 7% sur une base annuelle, Total dit avoir pâti de tensions géopolitiques croissantes. Sa production d’hydrocarbures a totalisé 2,054 millions de barils équivalent pétrole par jour au deuxième trimestre, soit une baisse de 10% d’une année à l’autre. Les investissements hors acquisitions se sont établis pour leur part à 12,4 milliards de dollars sur l’ensemble du premier semestre, marquant une baisse de 4% par rapport à la même période de l’an dernier.Total avait annoncé très clairement vouloir céder entre 15 et 20 milliards de dollars d’actifs sur la période comprise entre 2012 et 2014, l’objectif a de bonnes chances d’être atteint, voire dépassé. A la fin du mois de juillet 2014, on est assez proche de 18 milliards de dollars.
Total doit céder des actifs, pour investir.
Ces dernières semaines, l’entreprise a cédé plusieurs sociétés en Europe parmi lesquelles Totalgaz, sa filiale de distribution de GPL (Gaz de Pétrole Liquéfié) en France, la société spécialisée dans les résines CCP Composites, des actifs de stockage et de GPL en Suisse (au groupe indépendant Rubis), et, cette semaine, il y a eu l’annonce de la vente de la participation détenue dans sa filiale de production au charbon en Afrique du Sud à la compagnie minière sud-africaine Exxaro Resources, pour 472 millions de dollars. Total est un géant de l’énergie, pas seulement du gaz et du pétrole. On ne le sait pas, mais le groupe Total ne fait pas que ça. Présent dans le solaire, avec SunPower, Total prépare l’après-pétrole, à travers la fabrication de biocarburants, qui ont été testés pour l’aviation civile. Face à la pression réglementaire, le groupe va incorporer des biocarburants issus de la biomasse, en coopération avec la société Amyris, afin de réduire l’utilisation de kérosène, dans le but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre des avions, ce qui contribuera, avec l’arrivée de flottes renouvelées consommant moins, à faire durer l’activité pétrolière… grâce à des technologies « non-pétrolières ». Face à des énormes investissements, il n’est pas rare que cela se compte en milliards de dollars pour un champ pétrolier ou le développement d’un champ de gaz, le groupe Total ne peut s’endetter de façon immodérée. L’endettement, à fin juin, était de l’ordre de 23 % (rapport entre dette nette sur fonds propres), ce qui est raisonnable, mais qui ne doit pas vraiment être dépassé, vu la volatilité des cours du baril de pétrole et encore davantage de ceux du gaz, depuis le développement, en Amérique du Nord, de la production de gaz de schiste. Comme en Angola (projet Kaombo), lorsque l’on veut trouver du pétrole, désormais, il faut aller en offshore ultra-profond. Au Brésil, son concurrent Petrobras fore à une profondeur marine de 3.000 mètres, à travers une couche de sel épaisse de 3.000 autres mètres… tout cela, pour récupérer du pétrole, à presque 7 km du point où il est stocké par la nature !
Plus le temps passe, plus c’est cher d’extraire du pétrole.
Le pétrole peu coûteux à extraire est rare, et ce n’est pas la prise de contrôle du Nord de l’Irak par l’Etat islamique en Syrie et au Levant qui changera quelque chose de manière positive, avec certains gisements de Mossoul qui sont désormais entre les mains de groupes terroristes. Pour financer les énormes investissements, il y a souvent des échanges d’actifs, après que certaines découvertes ont été faites, comme par exemple, au début de l’année 2014, la vente de la participation de 15 % dans le bloc 15-06 en Angola, ou encore la cession d’une participation dans Gaztransport & Technigaz (GTT) lors de son introduction en Bourse. Le groupe Total est un très gros contributeur aux budgets des pays où il travaille. Son taux moyen d’imposition s’est établi à 55,7 % au premier trimestre de 2014, il était de 58,6 % au premier trimestre de 2013. Il y a souvent des redevances fixes, par baril, ce qui explique cette forte variation, et il y a aussi des redevances variables, fonction du prix, le taux est croissant, si le prix du pétrole augmente, le taux d’imposition baisse lorsque le prix moyen du pétrole est en recul. Lorsque le baril de pétrole monte, Total fait des profits exceptionnels sur ses stocks, lorsqu’ils baissent, c’est bien sûr l’inverse qui s’applique dans la comptabilité. Il convient donc d’avoir des souplesses sur les investissements (hors acquisitions), et le groupe doit être géré, en permanence, avec la pédale de frein, ou de l’accélérateur, fonction de ses entrées.
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