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Le logiciel libre : une mutation profonde de l’informatique des entreprises
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Patrick Bénichou, fondateur d’Open Wide : « Notre préoccupation de fond n’est pas sur le marché, mais vraiment sur le recrutement. »
Il a fallu plusieurs années pour que la pédagogie autour du logiciel libre fonctionne. En effet, si le logiciel libre a l’image d’être gratuit, en réalité, il fait vivre une communauté de développeurs et de spécialistes qui améliorent et personnalisent les logiciels pour les entreprises. Open Wide faisait déjà partie des cinq principales sociétés de services en logiciel libre (SS2L) en France. L’entreprise va continuer de se développer et annonce l’entrée dans son capital de CM-CIC Capital Finance. L’opération apporte à Open Wide une capacité de développement de 4 millions d’euros. Pour 2014, Open Wide prévoit d’atteindre 120 collaborateurs, avec à la clé un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Patrick Bénichou est considéré comme l’une des personnalités françaises les plus influentes dans le domaine de l’open source. Le fondateur d’Open Wide fait le point sur le marché et l’évolution du logiciel libre.
L’Hebdo-Bourseplus : Quel est l’état de l’adoption du logiciel libre par les entreprises ?
Patrick Bénichou : Le marché se porte bien. Il y a toujours un dynamisme autour du logiciel libre, mais le marché s’est beaucoup transformé. Les acteurs d’aujourd’hui ne ressemblent plus beaucoup aux acteurs d’il y a sept ou huit ans. Vous avez trois grandes catégories d’acteurs : les fondations, les intégrateurs et les éditeurs. Je ne parlerai pas des fondations, parce que c’est un domaine un peu à part. En ce qui nous concerne, c’est-à-dire le métier d’intégrateur et celui d’éditeur même, à savoir la partie production et édition de solutions, les choses ont beaucoup évolué. En tant qu’intégrateur, jusqu’aux années 2006-2007, nous avions une spécialisation qui se suffisait à elle-même, car il y avait peu d’acteurs qui poussaient le logiciel libre et nous étions dans une phase d’évangélisation du marché. Nous ne sommes plus du tout dans cette phase, car la physionomie de la concurrence a complètement changé. Aujourd’hui, les clients continuent d’adopter massivement le logiciel libre sur un certain nombre de projets - je pense notamment à la gestion de contenu - mais nous ne sommes plus les seuls à intervenir dans ce domaine et l’on retrouve des acteurs plus classiques puisque les grandes SSII traditionnelles sont venues sur ce marché. Tout cela a bousculé les modèles économiques, et des sociétés spécialisées comme la nôtre ont dû développer des savoir-faire pour combattre à armes égales avec les grands intégrateurs. Les sociétés comme la nôtre ont continué à bénéficier de la dynamique du marché, moyennant des spécialisations, et elles ont dû atteindre un niveau d’excellence sur l’intégration des briques. Nous ne sommes plus simplement transversaux sur un discours de spécialisation autour de l’open source, mais nous sommes aussi intégrateur premium de solutions diverses. Les clients sont très contents d’adopter un logiciel libre, mais ils vont retenir tel ou tel intégrateur parce qu’il sera particulièrement pertinent sur le besoin métier et très spécialisé sur des briques technologiques parfaitement maîtrisées.
Pour quelles raisons le libre est-il majoritaire dans certains types de métiers, comme la gestion de contenu, alors que sur un produit aussi basique que le traitement de texte ou le tableur, il n’a pas réussi à s’imposer ?
Je n’ai pas la réponse magique à cette question, c’est un constat, mais je peux dire que le traitement de texte et le tableur ne sont pas des choses basiques si l’on se place, non pas du côté des utilisateurs, mais du côté informatique. La bureautique a atteint aujourd’hui une complexité extrême. Plus les choses paraissent simples du côté de l’utilisateur, plus la technologie est complexe à développer. La bureautique avait atteint une certaine maturité, les produits de Microsoft pour ne pas les nommer, et cela peut être une première explication.