Immobilier : le plongeon arrive.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

Immobilier, attention à la marche de l’escalier ! Celles et ceux des lecteurs(trices) qui ont déjà pratiqué les “grands 8”des parcs de loisir savent que la descente “ne prévient pas”...  La France, pour son malheur, est mal gérée depuis déjà très longtemps. Pour réduire les dépenses publiques, c’est désormais mission impossible, tellement nous sommes drogués aux subventions, aux congés maladies, et à l’emploi public, à l’emploi aidé… Lors de son décompte établi à fin mai, le ministère des Finances a indiqué que le déficit de l’Etat français s’est encore établi à 64,3 milliards d’euros, même s’il s’agit d’une baisse de 8,3 milliards sur un an, comme la progression des impôts, en rythme annuel, est de 15,5 milliards, il n’est pas besoin d’être diplômé de Polytechnique pour comprendre que nos comptes ne sont pas tenus, qu’il y a encore une dérive des dépenses. Les recettes du budget général (net des remboursements et des dégrèvements), se sont établies à 124 milliards d’euros, soit une hausse de 6,4 milliards sur les cinq premiers mois de l’année 2014 par rapport à la même période de l’année 2013.

Même si ce n’est pas totalement comparable, les dépenses sont établies, sur les cinq premiers mois de l’année, à 166,6 milliards, cela veut donc très clairement dire qu’il a fallu, pour pouvoir payer l’argent dépensé, emprunter en net plus de 40 milliards soit environ 10 milliards d’euros par mois, sur les simples déficits de l’année 2014 et non pas sur leremboursement des échéances dues au titre des années précédentes, le refinancement de la dette publique. Jeudi 3 juillet dernier, alors que l’agence France Trésor avait annoncé vouloir emprunter 7,5 à 7,8 milliards d’euros, dans son communiqué publié ce lundi 7 juillet, il a été fait état d’un emprunt à long terme de plus de 10,2 milliards soit 35 % de plus que ce qui était l’argent nécessaire, selon les propres dires de l’agence France Trésor. On le voit bien, les comptes publics ne sont pas tenus. Le déficit, rapporté au PIB, est tout à fait colossal. Il avait plongé, du fait des dépenses exceptionnelles de relance, à 7,1 % du PIB en 2009 et encore à 6,8 % en 2010, mais, depuis 2011, après l’arrêt de ces dépenses exceptionnelles, on est resté à des niveaux très difficilement compressibles, les frais fixes de l’Etat, les fameux « points morts » qui sont souvent pris comme base de référence, ayant été trop relevés dans la période 2007, 2008, 2009, 2010 pour qu’ils soient comprimés. 


Déficits publics non maîtrisés feront des taux augmentés.


Du coup, il y a eu des dérapages importants face aux objectifs, cela a été constaté en 2011, en 2012, une fois encore en 2013 (4,2 % contre un objectif initialement affiché à 3 %), et cela sera encore le cas en 2014 puisque, sur un objectif officiel initial de 3,5 % du PIB, remonté à 3,8 % le 11 juin, la Cour des comptes estime que l’on sera davantage entre 4 et 4,1 % du PIB. Pour 2015, officiellement on vise 3 % de déficit sur le PIB, mais la Cour des comptes, comme la plupart des observateurs, estime que cet objectif est trop optimiste, faute d’avoir supprimé des dépenses obligatoires, et d’avoir simplifié de façon drastique la gestion de notre système publique. En 2014, la hausse des impôts va représenter une pénalité de 0,8 % du PIB essentiellement au détriment des ménages et des entreprises françaises, alors que la réduction du déficit, s’il y a réduction, ne sera que de 0,2 % du PIB. Il est donc prouvé, urbi et orbi, que la France n’est pas gérée, alors que, dans les pays voisins, tout va mieux. Et c’est là que le bât blesse ! En effet, lorsque l’Italie n’allait pas très bien, lorsque l’Espagne était malade, lorsque le Portugal, la Grèce et l’Irlande étaient à l’hôpital… on ne se préoccupait pas trop des problèmes de la France. Je suis allé il y a peu de temps faire un tour en Allemagne puis au Royaume-Uni, partout, dans la presse locale, en français dans le texte, notre pays est désormais décrit comme étant « l’homme malade » de l’Europe. Le Royaume-Uni titre sur le rattrapage et le dépassement de la France, en PIB, avec une forte croissance de l’économie britannique, alors que la France stagne, au mieux. Qu’ils soient établis à Francfort ou qu’ils soient établis à Londres, les gestionnaires qui prêtent de l’argent à la France, pour le moment de façon abondante, vont avoir de plus en plus l’impression qu’ils prêtent à quelqu’un qui est en risque de non-remboursement. Et c’est là que le bât blesse en ce qui concerne l’immobilier, car nous avons aujourd’hui des taux d’intérêt particulièrement bas, qui permettent de refinancer à très bon compte des emprunts anciens contractés à des taux supérieurs pour beaucoup de particuliers ou d’entreprises, mais ces taux particulièrement bas ne vont pas durer, si le risque France commence à être pris en compte par les prêteurs.


Les bas taux ne seront pas éternels.

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