Pour en finir avec la langue de Shakespeare
LITTÉRATURE
Jean-Luc Jeener est une personnalité du monde du spectacle et de l’écrit. Il dirige le Théâtre du Nord-Ouest à Paris ainsi que la compagnie de l’Elan. Dramaturge et essayiste, il est également critique de théâtre au Figaro et il a créé l’émission «Théâtre en direct» sur la chaîne Direct 8. Étant le seul qui ait jamais monté en France une intégrale de Shakespeare, il est peu suspect d’anglophobie… Il vient pourtant de publier un coup de gueule intitulé sans ambiguïté : «Pour en finir avec la langue de Shakespeare».
Pour quelles raisons ? Il déclare : «J’ai une sensibilité gaulliste et je fais partie de ces gens qui croient encore en l’État-nation et à l’amour de la langue française. Je crois que notre civilisation et notre culture ont encore quelque chose à dire au monde et je souffre, non pas que les anglophones nous dévorent, mais que nos concitoyens ne se battent pas et ne comprennent pas que nous avons quelque chose de spécifique à dire au monde. Cette spécification se fait à partir de la langue. J’explique très clairement que si, par malheur, les Allemands avaient gagné la guerre, aujourd’hui on parlerait allemand et le devoir de tous les citoyens français serait de refuser de parler allemand. Aujourd’hui, l’envahissement de l’anglais se fait, non pas par les armes, mais d’une manière beaucoup plus subtile, par l’argent. Il faut se battre, sans haine, sans agressivité, sans violence, mais avec détermination…» Pourtant, on entend de plus en plus de jeunes dire que l’invasion de l’anglais n’est pas une catastrophe car ce serait bien plus pratique si, sur toute la planète, on ne s’exprimait qu’en une seule langue… Jean-Luc Jeener ne cache pas sa consternation : «Il ne faut pas aller vers la facilité, mais que serait un monde où l’on ne parlerait qu’une langue ? Une langue, c’est aussi une manière de penser, cela transforme le cerveau : on ne pense pas de la même façon en français, en anglais ou en allemand…»
C’est justement le point le plus important de l’analyse de l’auteur, qui entend démontrer que l’on ne pense pas différemment selon la langue que l’on parle. Par exemple, dans un même pays, on a le sentiment de changer de civilisation lorsque l’on change de zone linguistique : «J’ai fait des tournées au Cameroun et, lorsque vous franchissez la frontière linguistique, ce n’est absolument pas le même monde et ce n’est absolument pas la même manière de penser. En Europe, en Suisse et en Belgique, la frontière linguistique est bien plus importante que les autres frontières ! Ce sont des évidences. On veut essayer de nous faire croire que l’on peut avoir une Europe construite avec des langues différentes, alors que nous sommes plus proches d’un Sénégalais qui parle français que d’un Allemand qui ne parle pas français».
Jean-Luc Jeener dénonce «le terrorisme d’une langue qui vient influencer le monde, la pensée et les rapports avec les autres. L’anglais véhicule quelque chose de spécifique contre lequel il faut se battre, mais ce n’est pas parce que l’on se bat contre quelqu’un, qu’on le déteste ou qu’on doit le condamner. Se battre, c’est aussi respecter celui contre lequel on se bat.» L’auteur en veut énormément à la ministre Geneviève Fioraso qui a autorisé les cours en anglais dans les universités françaises : «C’est pathétique ! Mon attaque contre elle est évidemment très violente. Je trouve extrêmement grave que l’on donne des cours en anglais en France. Des personnalités de l’Académie française se sont rebellées contre cette décision, quand on sait que c’est la gauche triomphante, c’est à hurler de rire, au nom du pragmatisme, notre brave Fioraso permet que l’on puisse donner des cours en anglais dans notre pays. Ces gens ne se rendent pas compte des conséquences et ils n’ont pas réfléchi sur le plan philosophique. C’est terrifiant pour notre pays car c’est une manière de condamner le français. Pendant ce temps, vous avez des gens en Afrique qui se battent pour notre langue, alors que l’anglais est en train de tout dévorer sur ce continent. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre».
Cet amoureux des belles lettres estime qu’il faut militer et lutter pour sauvegarder notre langue. Son coup de gueule est engagé et ce n’est pas la première fois car il a aussi publié un autre ouvrage, un coup de gueule également sans équivoque, qui s’adresse aux intermittents du spectacle : «Pour en finir avec les intermittents du spectacle». Le titre est aussi d’actualité : «Ils ne comprennent rien ! Je suis metteur en scène, je suis comédien, et vous voyez que des comédiens font grève ! C’est aussi grave qu’un peintre qui arrêterait de peindre pour ennuyer le gouvernement. C’est la méthode qui ne va pas. L’intermittence est absolument fondamentale pour le pays, parce que c’est une subvention individuelle qui permet aux comédiens de choisir leurs projets. C’est nécessaire, il faut que notre pays puisse avoir des artistes. C’est de l’ordre du spirituel, non pas du quantifiable, mais ils sont tellement bêtes et stupides, mes camarades comédiens, qu’ils ne savent pas l’expliquer ! Donc, ils sont comme des ouvriers qui vont faire grève. Mais nous ne sommes pas des ouvriers, nous sommes des artistes. L’idée de faire grève est terrifiante et cela rend leur discours inécoutable. Ils ne doivent pas s’étonner, ensuite, si 80% de la population est contre leur mouvement de grève ! Alors qu’il faudrait expliquer que nous apportons autre chose à la société, comme du spirituel et du beau. Ce n’est pas de l’ordre du quantifiable». Jean-Luc Jeener est un homme de talent, il a du caractère et il ne manie pas la langue de bois. Ces deux ouvrages sont un pur régal.
«Pour en finir avec la langue de Shakespeare» de Jean-Luc Jeener est publié aux Editions Atlande.«Pour en finir avec les intermittents du spectacle» de Jean-Luc Jeener est publié aux Editions Atlande.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.