Télécoms : concentration US, concurrence folle en Europe.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

C’est quand le bonheur ? Pour le consommateur européen, et français en particulier, téléphoner n’est plus un coût. Les envois de SMS et MMS non plus. Trois méga-fusions sont en préparation outre Atlantique, ce qui pourrait, à terme rapide, réduire à trois le nombre des opérateurs qui se font concurrence, quelques décennies tout juste après l’éclatement imposé du géant AT & T, en neuf entités différentes (AT & T conservé, pour la longue distance et l’international, les laboratoires, qui ont donné Lucent fusionné avec Alcatel, et sept opérateurs régionaux, qui ont repris la clientèle locale, ainsi que les réseaux fixes, les réseaux câblés), on est retourné à une situation qui semble, d’un point de vue poids dans le PIB, bien pire que la situation du temps du Président Carter. Comcast, qui s’est constitué progressivement comme un géant du câble, a proposé, il y a un peu plus d’un mois, 45 milliards de dollars pour acquérir le réseau câblé de Time Warner. Si ce mariage est approuvé par les régulateurs, cela va bouleverser complètement l’industrie du câble aux Etats-Unis. Le nouveau géant va concentrer près de 30 millions d’abonnés à la télévision câblée, soit 30 % du marché américain. Il va bénéficier d’une énorme base de données sur la consommation de films, de séries, les habitudes de la clientèle… ce qui va lui donner un énorme atout auprès des annonceurs, car le marché télévisuel américain, même par abonnement, est un marché très convoité par la publicité. 


USA : Internet cher et à deux vitesses.

Comme par ailleurs les régulateurs pourraient autoriser assez bientôt un Internet à deux vitesses, Comcast, qui est propriétaire du site de vidéos en streaming Hulu ainsi que de la chaîne NBC, et de toutes les chaînes issues de la fusion entre NBC et Universal TV naguère, pourrait tenter de privilégier ces contenus au détriment des autres… une arme massive dans la concurrence sur la télévision, qui utilise de plus en plus satellite et câble pour être diffusée, par rapport aux antennes hertziennes traditionnelles, qu’elles soient en numérique ou en classique. Avec le rachat à Vodafone de ses parts dans Verizon Wireless, Verizon est devenu un géant de la téléphonie mobile, mais, dans un terme très rapide, il est assez vraisemblable que la fusion du troisième ou du quatrième opérateur du marché, les entreprises Sprint et T-Mobile (filiale de Deutsche Telekom), pourraient faire de vrais challengers contre AT & T et Verizon, désormais à 100 % de sa filiale de téléphonie mobile. Sprint s’est placé récemment sous le contrôle du japonais SoftBank, qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas une entreprise du secteur financier. Filiale à 80 % de SoftBank, Sprint pourrait être amené à fusionner avec le plus petit opérateur, T-Mobile, qui a acquis récemment un autre opérateur encore plus petit, MetroPCS.

La fusion entre T-Mobile et Sprint fera un géant de taille équivalente à AT & T et Verizon, le numéro 4, très loin derrière, s’appelle US Cellular, qui ne couvre que la moitié des Etats-Unis, en superficie, avec seulement 4 millions de clients et n’a pas la capacité financière pour développer un réseau national, ce qui est un gros handicap. Cerise sur ce gâteau fusionnel, AT & T et DirecTV, ont annoncé, mi-mai, un mariage à 48,5 milliards de dollars qui permettrait au numéro 2 américain des télécoms (derrière Verizon), de mettre la main sur le premier fournisseur de télévision par satellite du pays. Avec une telle acquisition, AT & T ferait grimper de 6 à 26 millions le nombre de personnes abonnées à son offre de télévision et d’Internet, ce qui apportera un puissant pouvoir de négociation vis-à-vis des sociétés de production. Pour AT & T, l’acquisition d’une entreprise de télévision par satellite peut permettre de libérer ses réseaux, à haut débit, pour y dégager de la capacité sans être obligé d’y investir lourdement, notamment dans la fibre optique, afin d’y récupérer des flux plus rémunérateurs que la diffusion des programmes télévisuels.


AT&T : un géant reconstitué en trente ans.

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