L’IDATE publie son rapport annuel sur le marché mondial des télécoms

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Didier Pouillot, directeur de l’unité Stratégie Télécoms à l’IDATE :« Les marchés mondiaux continuent d’être tirés par la dynamique des marchés émergents. »

L’IDATE est la société de référence mondiale dans le domaine des études sur les télécoms, les médias et l’Internet. Chaque année, son rapport sur l’état du secteur est largement relayé par les experts. L’IDATE, partenaire analyste du LTE World Summit 2014 qui s’est tenu du 23 au 25 juin 2014 à Amsterdam, a rendu publics les résultats de l’étude réalisée dans le cadre de son suivi «Telecom Players & Markets» : «Après le creux de 2009 et une croissance timide en 2010, le marché mondial a retrouvé depuis 2011 le chemin d’une croissance modérée. En 2013, elle s’établit à 2,4%. En phase de reprise, les marchés télécoms des pays avancés redémarrent lentement tandis que les économies en développement profitent toujours d’une forte dynamique en volume. Ce phénomène est l’illustration d’une industrie mature poussée par la démographie plus que par l’économie. Ainsi, en Afrique et au Moyen-Orient, la chute du PIB régional en 2009 (-6%) et son rebond en 2010 (+16%) n’ont eu que peu d’effets sur la croissance des services télécoms qui est restée très élevée, respectivement à +8% et +9% pour les deux années». Selon l’IDATE, «le nombre de clients mobiles dans le monde pourrait dépasser le cap des 8 milliards fin 2018 (+21% par rapport à fin 2013). Le nombre d’accès à l’Internet fixe continuera également de progresser (+18% entre 2013 et 2018, soit +3% par an en moyenne). Toutefois, le milliard d’accès ne devrait pas être atteint avant 2020». Didier Pouillot, directeur de l’unité Stratégie Télécoms à l’IDATE, commente pour nous  cette étude.


L’Hebdo-Bourseplus : Quelle est la photographie mondiale faite par l’IDATE sur le marché mondial des services télécoms ? Quels sont les éléments qui vous semblent les plus marquants ?


Didier Pouillot : Depuis deux à trois ans, nous sommes dans une situation où le marché des télécommunications au niveau mondial évolue à un rythme extrêmement modéré. Nous sommes passés d’une période de fort développement à la fin des années 90 - à cette époque, les télécoms progressaient plus rapidement que l’économie en général - à un rythme moins soutenu. Aujourd’hui, la progression des services télécoms est inférieure à celle du PIB courant. C’est la photographie en valeur. Cela ne veut pas dire que la photographie en volume n’est pas extrêmement forte, bien au contraire, puisque le trafic se développe fortement dans le monde entier. Derrière cette image globale, la photographie est extrêmement contrastée. Les marchés mondiaux continuent d’être tirés par la dynamique des marchés émergents, même si nous avons pu observer un ralentissement depuis cinq ou dix ans, car c’est en Afrique et en Asie que la croissance la plus forte est enregistrée, puisque nous sommes encore sur des rythmes de 7 à 9% par an. Quand on se concentre sur les marchés avancés, on observe un certain nombre de nuances, notamment lorsque l’on compare la dynamique sur le marché nord-américain et celle sur les marchés européens. Les marchés européens sont en panne depuis trois ou quatre ans et nous sommes même en dynamique négative en valeur sur l’ensemble de ces marchés. De l’autre côté, nous avons un marché nord-américain qui a réussi à continuer de progresser et qui a trouvé des relais de croissance à travers l’investissement dans les réseaux de nouvelle génération, la 4G ou le LTE pour le mobile, ou les réseaux fixes à très haut débit avec un ARPU (Average Revenue Per User), c’est-à-dire un niveau de dépense moyenne par utilisateur, très supérieur à ce que l’on peut observer en Europe. Pour vous donner une idée, l’ARPU avec les offres triple-play, qui intègrent la télévision payante aux États-Unis, se situe à plus de 100 euros par mois. Nous sommes donc très loin des chiffres que l’on peut observer de notre côté de l’Atlantique. Si vous regardez les offres en place aujourd’hui, on est autour de 40 à 70 euros maximum. C’est la même chose pour les mobiles. Le passage au LTE s’est produit un peu plus tôt aux États-Unis et cela permet aux opérateurs mobiles de développer des ARPU extrêmement élevés. Le différentiel est aujourd’hui extrêmement marqué de part et d’autre de l’Atlantique.


Ainsi, l’Afrique et l’Asie continuent de se développer en volume d’abonnés. L’effet volume a été atteint aux États-Unis, mais il y a une progression à travers la création de valeur. En revanche, en Europe, l’effet volume a été atteint, mais il y a une stagnation du revenu par abonné… Pourquoi nos opérateurs ont-ils plus de difficultés à développer leur ARPU ?

Il y a des aspects culturels. La dépense en télévision payante aux États-Unis est quelque chose de culturel. La télévision est apportée par le câble et les Américains ont l’habitude de payer pour avoir des programmes de bonne qualité.

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