Le socialisme a tué l’Empire Romain
LITTÉRATURE
L’histoire se répète toujours : le libéralisme a conféré à Rome sa grandeur, tandis que le socialisme a eu pour effet la destruction de Rome… Le livre de Philippe Fabry est présenté comme un événement par les historiens et les économistes. Son titre est déjà très prometteur : « Rome : du libéralisme au socialisme. Leçon antique pour notre temps ». Ce jeune historien féru d’histoire romaine, ancien enseignant à l’université Toulouse 1 Capitole, signe l’un des ouvrages majeurs de cet été. Philippe Fabry s’est intéressé à l’angle économique et force est de constater des similitudes saisissantes avec l’époque actuelle. C’est sans doute pour cette raison que ce livre crée un séisme chez les historiens et les sociologues. Philippe Fabry rappelle que la cité de Rome s’est construite sous un modèle libéral, qui a permis l’avènement de l’Empire romain. Mais avec l’Empire, l’État a pris de plus en plus de poids, les impôts ont augmenté considérablement, les technocrates se sont emparés du pouvoir et le peuple s’est retrouvé asphyxié par la pression fiscale. Comment tout cela s’est-il terminé ? Le peuple s’est-il révolté ? Non. Lassé et oppressé, il a préféré baisser les bras et il a refusé de se défendre face aux barbares.
Grandeur et décadence, l’histoire se répète toujours... Il rappelle que Rome s’est construite sous un angle très libéral : « Au tout début de Rome, la naissance de la République, c’est la fin d’une monarchie, c’est-à-dire une monarchie qui est évacuée par le peuple romain pour des raisons de tyrannie. Le comportement du dernier roi était considéré comme insupportable par le peuple romain. Ces premiers Romains, un peu comme les Américains au XVIIIème siècle avec leur Guerre d’indépendance, décident de se débarrasser de cette monarchie qui était une monarchie étrangère, puisqu’il s’agissait des Étrusques, pour se proclamer en République. Une fois cette République, cette indépendance vis-à-vis de l’extérieur, proclamée, ils vont mettre en place à l’intérieur un certain nombre de textes et cela prend plusieurs décennies. C’est un processus social et politique assez long qui, finalement, vise à établir pour les citoyens romains des droits qui sont l’équivalent des Droits de l’homme et du citoyen qui ont été proclamés en Europe et aux États-Unis à la fin du XVIIIème siècle. C’est-à-dire le droit de propriété des individus, la liberté de se marier, la liberté de commercer... Tout ce qui permet aux individus de s’épanouir librement».
C’est donc la société libérale qui a fait l’attractivité de Rome : «Les gens qui vivent dans ce type de société libérale ont un véritable goût pour cette société et une véritable volonté de la défendre. Même au péril de leur vie... C’est ce qui forme l’image du citoyen soldat à Rome dans les premiers temps et ce qui explique aussi cette fameuse résistance de Rome, cette résilience par rapport aux grands défis, puisque Rome a failli disparaître une multitude de fois dans les tout premiers siècles de son existence, alors qu’elle n’était encore qu’une cité...». Cependant Rome, superpuissance, évolue avec une sorte d’État puissant. Une mutation progressive vers le socialisme et la création d’une technostructure romaine : «La transformation en Empire va amener de plus en plus la multiplication des fonctionnaires et des bureaucrates, qui n’auront, bien sûr, rien de commun avec ceux que l’on connaît aujourd’hui. On était quand même dans une économie de subsistance agricole. Mais, dans la structure, on a effectivement une bureaucratie très centralisée avec une hiérarchie très déterminée». Cette évolution se poursuit avec une pression fiscale qui devient de plus en plus étouffante pour la société : «Il est difficile de dire à quel moment la balance est tombée du mauvais côté. L’arrivée de l’Empire a été effectivement une césure, puisqu’il y a eu un basculement. Mais avec les grandes conquêtes qui ont eu lieu au IIIème siècle, il y a eu à Rome un afflux d’esclaves et de terres, puisque Rome annexait beaucoup de terres en conquérante. Ces terres étaient gérées par les sénateurs. Les sénateurs, de manière totalement illégale, se sont permis assez massivement de s’attribuer ces terres et de les faire exploiter par la main-d’œuvre des esclaves qui arrivaient sur le marché et qu’ils pouvaient acheter à très bas prix. Ces terres étaient normalement la propriété de l’État, mais les sénateurs, qui étaient en charge de l’appareil, utilisaient leur pouvoir politique justement pour se distribuer les terres. Ils récupéraient ces biens qui étaient issus d’une sorte de pillage d’État pour se les distribuer. Cela a eu une conséquence terrible puisque cela faisait une sorte de dumping de la production agricole qui a tout bonnement ruiné une grande partie des classes paysannes romaines et les a transformées en une sorte de prolétariat : des gens qui n’avaient plus les moyens de vivre et qui ont été obligés de réclamer de plus en plus leur subsistance à l’État romain. Vous voyez une première utilisation nocive de l’État par les élites, une sorte de socialisme par le haut, qui a entraîné des revendications sociales ou social-démocrates qui sont venues du bas. Ces deux formes de revendications sont liées dans ce que l’on peut appeler une sorte de fascisme impérial, c’est-à-dire une idée qu’il fallait organiser toute la société pour la paix sociale, parce que ces combats pour la richesse entre le haut et le bas avaient débouché sur la terrible guerre civile du Ier siècle avant Jésus-Christ».
Nous en arrivons à l’actualité. On parle souvent de la révolte fiscale et certains disent : «On n’en peut plus, les petites entreprises sont en train de mourir». Une expression revient souvent : «Cela va exploser...» Mais l’histoire de Rome montre que cela n’a pas explosé. La décadence est apparue en raison de la lassitude et du découragement : «Tout le monde a accepté ce lent déclin avec d’autant plus de facilité qu’à l’époque il y avait d’extraordinaires propagandistes, dont le premier empereur qui était Auguste et qui a réussi à faire croire que ce n’était pas un déclin, mais qu’au contraire on avait sauvé la République ! On a sauvé la liberté, on a sauvé la République ! Sauf que l’Italie s’est appauvrie. Pour survivre économiquement, elle a dû compter uniquement sur ce qui était en fait un pillage institutionnel des provinces, sauf que l’on n’ose pas parler de pillage parce que c’étaient des impôts. Plus ce décrochage a été important, plus les provinces ont eu du mal à assumer les services et les dépenses énormes. Donc, quand Rome a eu des gros problèmes économiques, il y a eu des répercussions chez les peuples germains, en particulier, qui ont commencé à s’agiter. De même que l’on voit aujourd’hui des masses d’immigrés affluer à Lampedusa, les Romains les ont vu arriver sur les Alpes, à Andrinople et en Gaule…»
L’histoire se termine brutalement : «Les Gaulois, les Égyptiens, les Syriens, les Grecs et les Espagnols, tous ont toujours continué de travailler et de payer Rome. Quand tous ces gens ont vu arriver des Vandales ou des Wisigoths, ils ont laissé faire… A Thessalonique, en 390, il y a un empereur qui utilise même les envahisseurs wisigoths pour massacrer la population de Thessalonique qui, justement, s’était soulevée parce qu’elle ne voulait plus payer d’impôts ! A partir de là, les gens se sont dit : «Si l’Empire utilise les barbares pour nous massacrer, autant que l’on s’entende directement avec les barbares pour qu’ils nous protègent de l’Empire et que l’on paie moins d’impôts». C’est comme cela que l’on est arrivé, petit à petit, dans le Moyen Âge, parce qu’en fait les gens ne voulaient plus de l’Empire romain... »
Evidemment, face à cette démonstration, difficile de dire autre chose… L’avenir s’annonce terrible.
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