L’entreprise la plus innovante dans la compression vidéo arrive en bourse
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Michel Artières, PDG d’Ateme : « Nous sommes en avance sur les autres sur HEVC et nous sommes prêts avant nos concurrents. »
Eligible au PEA-PME, Ateme souhaite lever de 9 à 14,5 millions d’euros. Ce fournisseur des chaînes de télévision et des opérateurs en solutions de compression vidéo entend saisir l’opportunité de croissance que représente l’arrivée de la norme HEVC, un nouveau standard qui doit « rebattre les cartes » du marché. L’éditeur de logiciels Ateme est une PME francilienne qui conçoit et commercialise des équipements et des logiciels de compression etdécompression vidéo pour les créateurs et diffuseurs de contenus vidéo. L’entreprise est en pointe dans le monde dans ce secteur de la compression vidéo. Par exemple, Ateme est la seule société qui dispose aujourd’hui de produits HEVC commercialisés, alors que ses concurrents en sont encore au stade des démonstrations. Cette forte croissance attendue permet à son dirigeant d’anticiper une rentabilité opérationnelle attendue à deux chiffres d’ici à 2018. Pour ce faire, Ateme compte améliorer sa marge brute grâce à la part croissante des solutions 100% logicielles dans l’activité et mieux absorber ses coûts fixes. En 2013, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 20,6 millions d’euros (dont 89% à l’international), en croissance de 15% pour une perte nette de 1,6 million d’euros à mettre en regard de la hausse des frais de R&D liés au développement du standard HEVC et des dépenses commerciales et marketing pour préparer la croissance future. L’augmentation de capital de 9 à 14,5 millions d’euros envisagée dans le cadre de l’introduction sur le Compartiment C d’Euronext doit permettre à la société de financer son activité au cours des prochaines années, de renforcer ses équipes de développement logiciel et son staff commercial et marketing. Michel Artières, PDG d’Ateme, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Il existe plusieurs formats de compression vidéo, le MPEG-4 est un format de compression, de la même manière que dans la musique nous connaissons tous le MP3. Ce format est libre de droits et on le retrouve chez tous les utilisateurs. Votre métier consiste à proposer des solutions d’encodage performantes. Comment peut-on être performant dans ce domaine alors que le format est déjà standardisé ?
Michel Artières : C’est un point essentiel qu’il faut comprendre et c’est la première chose que j’explique aux investisseurs que nous rencontrons. Effectivement, le MPEG-4 est le standard, il n’est pas tout à fait libre de droits, mais pratiquement, et c’est effectivement le standard qui a remplacé le MPEG-2 dans la diffusion audiovisuelle. Aujourd’hui, les deux formats sont utilisés. Par exemple, les chaînes de la TNT en HD sont codées en MPEG-4, alors que les chaînes en définition standard sont encore codées en MPEG-2. Néanmoins, dans le monde entier, le MPEG-4 a quasiment fini de remplacer le MPEG-2. Pour répondre à votre question, un standard comme le MPEG-4 est là pour garantir que ce qui va être encodé, donc compressé par Ateme, pourra être décodé par toutes les boxs et toutes les tablettes du monde. Un standard, c’est d’abord la garantie de l’interopérabilité. Mais le standard ne définit pas la manière d’encoder et on peut être complètement innovant au niveau de la compression. Le standard définit la syntaxe de ce que peut être un flux MPEG-4 et il normalise la manière de fonctionner du décodeur. Il décrit très précisément comment le décodeur devra interpréter chaque élément de la syntaxe d’un flux MPEG-4 pour reconstruire la vidéo. Donc, ce qui est normatif, c’est le décodeur, mais pas l’encodeur.
Donc, tous les décodeurs sont programmés à l’identique et c’est la source qui est différente…
On peut effectivement être innovant au niveau de la compression, mais on ne peut absolument pas se différencier au niveau du décodeur. À partir d’un flux donné, deux décodeurs affichent exactement la même chose. Un encodeur basique va traiter toutes les zones de l’image de la même manière. On sait, dans le domaine de la compression vidéo, qu’il faut utiliser les redondances spatiales et temporelles pour transmettre moins d’informations. Par exemple, dans le cas d’un objet en mouvement dans une vidéo, il y a plus d’informations. L’encodeur est intelligent, il reconnaît les objets qui bougent et, au lieu de les redessiner à chaque fois, il indique dans le flux encodé que l’objet qui se trouve à tel endroit dans telle image est identique à celui que l’on pouvait voir à tel autre endroit… Tout cela permet de gagner du débit et de conserver un débit disponible pour mieux décrire les nouveaux objets qui arrivent dans la vidéo. Pour faire un bon logiciel de compression vidéo, il faut savoir bien exploiter les redondances spatiales et temporelles et bien retrouver les objets. Cela met en œuvre des algorithmes de trajectographies qui sont assez complexes. L’encodeur d’ATEME est le fruit d’une technologie très optimisée, puisque nous avons plus de 100 années hommes de recherche dans ce domaine. Si vous regardez BFM TV ou un match de football, il y a des incrustations vidéo, il faut que ces incrustations restent très visibles, même lorsque l’utilisateur regarde la vidéo sur un petit écran, comme sur son iPhone. Le logiciel va donc donner plus de débit à ces incrustations, pour qu’elles restent lisibles, au détriment d’un arrière-plan qui peut être moins intéressant. Le logiciel de compression vidéo d’ATEME fait plus de 100 000 lignes alors que vous pouvez avoir un encodeur MPEG-4 qui n’a que 5000 lignes de code. Nous avons donc des algorithmes spécifiques pour traiter des situations très particulières.
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