Saint-Gobain : de la niaque à presque 350 ans.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

Saint-Gobain est un “survivant” plus que tricentenaire. Ministre de Louis XIV, et affairiste notoire (il a évincé Fouquet pour lui “prendre son business”), Jean-Baptiste Colbert a décidé de créer, de toutes pièces, une grande entreprise française de verrerie et de miroiterie, qu’il a établie pas loin de la forêt de Saint-Gobain, dans ce qui est aujourd’hui le département de l’Aine, c’est devenu la « Compagnie de Saint-Gobain ». Trois siècles et demi plus tard, l’entreprise est toujours debout, elle a pourtant connu des chocs importants, et elle est toujours fabricant de verrerie, même si les techniques ont sacrément évolué depuis la fabrication des miroirs de la galerie des Glaces de Versailles, sa vitrine historique. Saint-Gobain est à la fois un distributeur (numéro un européen dans la distribution de matériaux), qui possède un réseau de près de 4.500 points de vente avec notamment les enseignes PointP et Lapeyre en France, Johnston and Graham, Raab Karcher en Allemagne, Dahal en Scandinavie etTelhanorte au Brésil…

Le groupe fabrique également des produits de construction, notamment des ardoises asphaltées, des produits de façade, tout ce qui peut permettre l’isolation extérieure, la laine de verre, les mousses isolantes, les plafonds métalliques, des canalisations, des mortiers industriels, des matériaux en gypse. Dans le vitrage, son activité historique, l’entreprise est très connue pour le vitrage d’automobiles (marque Sekurit), le verre plat (le fameux vitrage classique), les verres de spécialités qui peuvent être antifeu, de protection nucléaire… ou tout simplement des verres très techniques, qui peuvent intégrer des cellules photovoltaïques. Bien sûr, Saint-Gobain, à partir de la laine de verre, a développé des activités d’isolation, mais cette isolation se fait aussi via des plaques de plâtre, une activité acquise il y a seulement quelques années, pour les cloisons intérieures, mais aussi des systèmes de matériaux mixés, utilisables en extérieur. 


De crise en crise, Saint-Gobain progresse et évolue.


Les matériaux de très haute performance (un dixième de l’activité de Saint-Gobain) sont des débouchés à forte marge, notamment dans les céramiques, et les produits abrasifs. Saint-Gobain avait connu une répercussion directe de la crise de 2008-2009 avec une baisse forte de son chiffre d’affaires, et un résultat opérationnel qui s’était effondré à 1,24 milliard d’euros sur l’exercice terminé le 31 décembre 2009. La reprise de l’activité a été progressive pour culminer à 43,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012, et 2 milliards de résultat opérationnel. Les variations monétaires et quelques cessions, car l’entreprise a eu à cœur de se désendetter, ont entraîné le retrait à 42 milliards d’euros du chiffre d’affaires en 2013, le résultat opérationnel étant resté presque stable à 1,89 milliard. Il est trop tôt pour savoir ce que sera l’exercice 2014 , mais le premier trimestre a été de bon aloi. La croissance interne a été significative, quelques acquisitions sont également intervenues, ce qui a porté le chiffre d’affaires du premier trimestre à 9,874 milliards d’euros, une croissance de plus 6,8 % à structure et taux de change comparables. L’effet de change a été négatif et a entraîné un recul de 3,7 %, surtout dans les pôles industriels, avec la baisse des monnaies face à un euro trop fort, principalement en Amérique latine ou aux Etats-Unis et en Scandinavie. La progression des volumes (plus 5,6 %) a été impactée positivement parce que la base de comparaison était favorable à Saint-Gobain, les conditions météorologiques en Europe ont été bien meilleures au premier trimestre de 2014 que celles qui furent constatées au premier trimestre 2013. Du coup, il ne faut pas s’attendre à une croissance annuelle à structure et taux de change comparables de l’ordre de 6,5 à 7 % sur l’ensemble de l’année, je mise davantage sur plus 3 à plus 4 %. Ce qui est beaucoup plus intéressant à noter, c’est que le groupe Saint-Gobain, qui est souvent leader sur ces marchés, est capable de « tenir ses prix ». Dans un contexte de très faible inflation des coûts de matières premières et de l’énergie (en réel, on a même constaté plutôt un recul), qu’il y ait un effet prix de plus 1,2 % pour le groupe Saint-Gobain est porteur de marges fortement améliorées sur l’ensemble de l’année 2014. Saint-Gobain est un peu comme Michelin, il a rattrapé la hausse des matières premières lorsqu’elles ont monté, et, lorsqu’elles ne montent plus ou lorsqu’elles reculent, il y a un effet de cliquet, les concurrents ne sont pas suffisamment solides pour lancer une guerre des prix, ce qui permet à Saint-Gobain de tenir ses tarifs, donc de remonter ses marges.


Un seul objectif : la marge opérationnelle.

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