Qui suis-je pour juger ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

On ne présente plus Frigide Barjot, star des médias l’année dernière, puisque la fondatrice de la Manif pour tous est à l’origine des immenses manifestations organisées contre la loi Taubira. Frigide Barjot révèle les dessous de la Manif pour tous dans son dernier livre et elle explique pourquoi la frange la plus à droite de la Manif pour tous a voulu la faire taire… Frigide Barjot poursuit son combat, prise en tenaille entre une partie de la communauté gay qui n’accepte pas son engagement alors qu’elle se présente toujours comme «gay friendly», et une aile droite qui conteste son action pour soutenir l’union civile homosexuelle. Frigide Barjot anime son nouveau mouvement, L’avenir pour tous. Elle dénonce d’abord la récupération et la radicalisation du mouvement : «Ma pauvre personne était bien visée, bien menacée, mes enfants aussi... Vous savez, quand vous recevez des sms comme « Si tu parles d’union civile des homosexuels, le sang de tes enfants coulera», effectivement, on n’y va pas... En revanche, je n’ai jamais changé de ligne : les personnes de même sexe ont le droit d’être unies comme n’importe quel couple et toute la problématique, c’est l’enfant. En effet, j’estime que quand on a ouvert des droits aux personnes de même sexe qui ont décidé de passer leur vie ensemble, on ne peut pas leur enlever les droits qu’on leur a donnés. En revanche, il y a dans cette loi des enfants qui sont concernés aussi et, au-delà même des enfants, cette loi change la filiation humaine pour toute l’humanité. Cette loi Taubira dit qu’un enfant naît de deux hommes ou de deux femmes. C’est parce que j’ai affirmé le 23 avril de l’année dernière que c’est parce que l’on garderait ces droits d’union des personnes de même sexe que l’on arriverait à reprendre la filiation et à la constitutionnaliser, pour que l’on ne touche plus à cette altérité homme femme, que je me suis fait, comment dire, débarquer du mouvement de la Manif pour tous... C’est pourquoi, aujourd’hui, je continue à travers l’Avenir pour tous qui a vocation à se rassembler avec la Manif pour tous dans le Mouvement pour tous. Il y a deux branches, il y a deux façons de voir les choses, mais il n’y en a qu’une pour réussir à revenir à la filiation homme femme».

Pourtant, la position de Frigide Barjot est complexe car elle est critiquée par une partie de la communauté gay qui reste sur des clichés Manif pour tous, alors qu’elle est également contestée par son aile droite : «C’est vrai. Je suis au mauvais endroit, mais à l’endroit de la vérité. Que les homos aient cette image de moi, c’est le problème des médias qui ont fait cette image, car ils se sont bien déchaînés contre moi,. Mais la vérité finit par surgir ! Cette loi, sous un emballage égalitaire, dit effectivement qu’il n’y a pas de différence. Les personnes homosexuelles n’ont pas choisi d’aimer le même sexe. 5% de la population, depuis la nuit des temps, à peu près, va vers son propre genre. Cette loi leur a donné le droit de pouvoir hériter les uns des autres et de montrer à la société qu’ils vivent ensemble. Tout cela n’a jamais été contesté. Vous savez, quand on lève un mouvement avec des personnes homosexuelles, ce n’est pas pour leur contester leurs droits et ce n’est pas pour les mettre au pilori d’une communauté qui les prendrait pour des traîtres ! Mais ce qui est certain, c’est que cette loi va trop loin en permettant encore une fois de changer une filiation biologique en filiation juridique. C’est un mensonge : c’est-à-dire que des enfants ont aujourd’hui un état civil sur lequel il est marqué que la petite Marie est née de Jean-Pierre et de Roger, donc on reporte cette aberration sur les homosexuels et on dit d’eux : «Ils sont allés trop loin…»

Donc, cela lève un sentiment un peu diffus, parce qu’il n’y a pas assez d’explications… Quand vous vivez dans une communauté - je pense par exemple à mes amis catholiques - effectivement, voir des homosexuels, c’est comme si on leur montrait des Martiens… Mais c’est comme tout, vous apprenez à vivre avec les gens, vous ne voyez pas qu’il soit impossible de partager dans la société des moments de vie, des droits... On avait quand même monté, et je continue de le faire à l’Avenir pour tous, un mouvement qui lutte contre l’homophobie». Cet ouvrage permet aussi de découvrir une Frigide Barjot qui tranche avec la représentation caricaturale médiatique : «Mon livre précédent s’appelle «Confessions d’une catho branchée » et c’était aussi spectaculaire de découvrir que l’on pouvait aller en boîte de nuit, faire de la télé avec Laurent Ruquier et aller à l’église.... Et dire que le sens d’une vie était révélé par l’amour de Dieu... Et puis, là, j’ai mis en pratique le fait de dire à la société que Dieu existe et qu’il nous a faits libres d’adhérer à lui, mais il a aussi fait tout un monde et une humanité qui n’est pas, et qui ne peut pas être elle-même, son propre créateur. C’est l’engagement pour dire que l’on ne changera pas cette filiation. Là, cela a effectivement provoqué une rupture avec la vie d’avant de la catho branchée. Elle est devenue républicaine et elle s’est «tapé», si je puis dire, effectivement une aile droite de gens qui refusent d’accepter que deux personnes de même sexe s’aiment et, de l’autre côté, une partie de la gauche, qui a voulu pousser ce mouvement de société trop loin».

Pourtant, les médias n’ont pas fait preuve de complaisance à son égard : «Parce que j’ai dérogé... Si j’étais à la télé, j’aurais dû être absolument pour cette loi, j’aurais dû dire que c’était mal de la contester... J’ai essayé d’expliquer pourquoi elle n’était pas bien et nous nous sommes tous rendu compte que nous rejoignions une majorité considérable de Français. A partir de ce moment-là, les médias, plutôt que de dire la vérité - c’est-à-dire que les Français étaient d’accord pour l’union, mais pas pour l’adoption - eh bien, ils ont préféré jeter l’anathème sur la représentante folle et barjo de ce mouvement, aidés d’ailleurs en cela par toute une partie de la droite extrême qui a été très contente aussi de me mettre à la poubelle. Mais vous voyez, je ne suis pas à la poubelle, loin de là !»

«Qui suis-je pour juger ?» de Frigide Barjot est publié aux Éditions Salvator.

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