Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Simone Wapler est journaliste et écrivain. Elle a publié des succès de librairie comme «Pourquoi la France va faire faillite» ou «Comment l’État va faire main basse sur votre argent». Son dernier livre est une opportune déclinaison réactualisée de ses précédents ouvrages. Il est intitulé : «Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?». Elle invite ses lecteurs à se montrer très prudents dans le choix d’une banque et, surtout, à répartir leur patrimoine entre plusieurs établissements : «Il faut que le public sache que les banques ne se prêtent pas entre elles, c’est ce que l’on appelle le marché interbancaire, et le marché interbancaire n’est jamais revenu à son niveau d’avant crise. Donc, si les banques ne se prêtent pas entre elles, c’est qu’elles se méfient. Or, vous, quand vous laissez un dépôt dans votre banque, vous faites un prêt à votre banque. Donc, il faut quand même vous méfier aussi».

Évidemment, ce livre sort en plein débat sur la situation de BNP Paribas aux États-Unis : «Tout cela vous montre bien que le problème des banques n’est pas du tout réglé en Europe. En plus, il y a quelque chose qui a changé la donne, c’est ce qui s’est passé à Chypre. Dans mon livre, «Comment l’Etat va faire main basse sur votre argent», j’évoquais déjà qu’il y avait une possibilité de prendre directement dans les dépôts des gens, en cas de grave crise bancaire. Cela s’est fait à Chypre. Tout le monde a dit : «Oui, mais les dépôts bancaires en dessous de 100 000 euros ont été garantis…» Il faut quand même savoir deux choses. D’abord, si vous venez de vendre votre maison, vous êtes quand même malheureux. Ensuite, pour garantir les 100 000 euros, il a fallu que l’Union européenne mette 10 milliards d’euros sur la table ! Donc, on voit bien que pour un pays plus gros, il faudra mettre des centaines de milliards d’euros que personne n’a !» Simone Wapler rappelle que l’idée d’un tel prélèvement continue de faire son chemin : «C’est la taxe Lagarde, préconisée par le FMI, qui serait en fait une espèce de super ISF. Le FMI a évoqué 10% sur l’épargne liquide, les comptes courants, les livrets, etc. Pourquoi ? Pour revenir au niveau d’endettement public qui prévalait avant crise». Lorsque cette affaire se produira, évidemment, personne ne sera averti à l’avance : «Tout le monde sait que cela se passera comme à Chypre : un vendredi, les banques fermeront normalement, elles rouvriront un peu plus tard et les gens recevront leurs nouveaux relevés de banque où il y aura évidemment 10% de moins».

Pour contrer ce risque, Simone Wapler donne quelques conseils : «Alors, on ne va pas revenir avec des espèces sous son matelas ! Déjà, il y a des précautions à prendre. Il y a la règle classique de fractionnement des dépôts. Il faut bien choisir ses banques». Ensuite, on le voit avec les résultats des élections européennes, on n’est pas à l’abri d’un éclatement de l’euro : «Or, il y a quand même des choses bien dans la Communauté européenne, notamment tout citoyen européen peut ouvrir un compte dans une banque de l’Union européenne : je n’ai pas dit la zone euro, mais l’Union européenne. Il y a des pays qui sont hors zone euro, comme la Norvège, qui ont un système bancaire à peu près sain et les Norvégiens ne sont pas criblés de dettes». Par ailleurs, elle suggère aussi de débancariser son épargne : «Par exemple, avec des actions d’entreprises au nominatif pur, vous n’êtes pas dans le circuit bancaire». Simone Wapler rappelle que ce braquage sur l’épargne s’est aussi déroulé en Pologne : «Il y a eu une attaque des marchés sur la dette polonaise et le gouvernement polonais, pour ne pas terminer comme le Portugal ou l’Espagne, a dit aux gens qui avaient des assurances-vie : «Ecoutez, si cela vous ne dérange pas, on vous la prend…» Les gens se sont vus convertir leur assurance-vie en points de retraite du système public. C’est comme si l’on vous disait : «Votre assurance vie n’existe plus, mais vous avez des points de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse !» En revanche, ils n’ont pas touché aux contrats qui étaient en actions. Ils n’ont touché qu’aux contrats qui étaient en obligations. Donc, cela aussi, cela donne à réfléchir». Évidemment, les grands médias ont occulté ce qui s’est passé en Pologne : «Il y a eu juste une dépêche de Bloomberg en anglais qui n’a pas été relayée. Mais les vendeurs d’assurances vie en Pologne, ce sont quand même des filiales d’Axa ou d’Aviva qui n’avaient pas tellement intérêt à ce que l’on en parle… En effet, ils se sont fait détrousser l’argent de leurs assurés !»

Au final, Simone Wapler plaide pour le développement de l’actionnariat individuel : «On comprend bien que le placement le plus sécurisé, c’est l’actionnariat, même si c’est un placement dit incertain, parce que l’on donne sa confiance à la viabilité et à la performance de l’entreprise, mais cela c’est un autre débat ! Pourtant, c’est le type de placement qui a le plus chuté en France au cours de ces dernières années et qui est le plus impopulaire.» On aura donc compris que l’investissement au nominatif dans une entreprise reste un moyen efficace d’échapper au «braquage» de son argent par l’État… Un livre passionnant, qui permet de mieux comprendre les rouages complexes du système bancaire et ses fragilités…

«Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?» de Simone Wapler est publié aux Editions Ixelles.

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