Revenir à la Nation.
LITTÉRATURE
Agrégé des Facultés de droit, diplômé de Sciences Po, professeur à Paris II, Jean-Louis Harouel est juriste, historien, sociologue et économiste. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, parmi lesquels des succès comme «La grande falsification : l’art contemporain» ou «Le vrai génie du christianisme». Le dernier livre de Jean-Louis Harouel nous invite à réfléchir sur le rôle de la nation. En effet, l’auteur part du constat que les Européens sont victimes d’un déni de nation : «Alors que le modèle de l’État-nation est dominant dans le monde, les peuples européens sont sommés d’y renoncer pour se dissoudre dans l’universel. Pourtant, chaque groupe humain a besoin d’un cadre correspondant à son identité, et dont la forme la plus adéquate est aujourd’hui l’État-nation». Jugée normale pour les États-Unis, la Chine ou l’Inde, «la fierté nationale est interdite à la France. Celle-ci, reniant son histoire et sa culture, devient un insipide Hexagoland à la dérive, noyée dans une calamiteuse Union européenne qui n’aime pas les Européens et ne veut pour identité collective qu’une ouverture inconditionnelle à l’autre». Jean-Louis Harouel prend l’exemple de petites nations fières de leur particularisme et résolues à le préserver, comme Israël ou la Suisse : «Cela montre que, pour un pays, mieux vaut être seul et déterminé plutôt que mêlé à un groupe confus et tyrannique qui le fait mourir à petit feu». C’est d’ailleurs un enseignement important de son livre : «Le sort qui est réservé aux nations n’est pas du tout le même selon les parties du monde auxquelles on se consacre. À travers le monde, on constate que le modèle de la nation ne s’est jamais aussi bien porté. Le modèle européen de l’État-nation s’est répandu à travers le monde et il y a actuellement beaucoup plus d’États-nations qu’il y en avait au moment de la création des Nations-Unies. Parallèlement, en Europe, on assiste à un véritable procès de la nation. Les hommes politiques nous expliquent que nous sommes entrés dans l’ère du post-national et des sociologues expliquent qu’il faut sortir, avec joie, de cette structure politique ringarde qu’est la nation. L’Union européenne a été construite en dehors de la volonté des peuples, qui n’ont jamais été consultés et, quand ils ont été consultés, ils ont dit non et on n’en a pas tenu compte !»
Jean-Louis Harouel rappelle aussi : «Les dirigeants démocrates-chrétiens ont construit l’Europe politique sans se préoccuper le moins du monde de l’opinion des peuples. Lorsqu’en 1964 une décision européenne de justice a décidé que les règles européennes s’appliqueraient aux juridictions des différents États, c’était une décision juridico technocratique. Je considère que les pays européens continuent d’exister sur les cartes de géographie, sur les documents officiels, mais ces pays sont en train de mourir de l’intérieur parce qu’on leur enlève progressivement, sur des décennies, ce qui est leur colonne vertébrale, c’est-à-dire la nation.» Dans ce contexte, Jean-Louis Harouel cite plusieurs exemples de nations fières comme la Suisse, les États-Unis, Israël ou l’Inde : «Les États-Unis sont non seulement fiers d’être une grande nation, mais ils se considèrent comme la nation. Dans le discours d’investiture du président Clinton, il a été dit que les États-Unis est la nation indispensable. Les autres pays du monde n’ont qu’à entrer dans le mondialisme, les États-Unis sont au-dessus».
Pour faire comprendre cette approche, il souligne que «les puritains qui se sont installés sur le sol du Nouveau Monde étaient persuadés qu’ils avaient fondé la nouvelle Jérusalem, la Jérusalem céleste sur la Terre. Les États-Unis fonctionnent toujours avec cette vieille idée de peuple élu, ils sont le peuple élu autoproclamé ! Au début des années 1900, le sénateur de l’Illinois déclarait même que les États-Unis étaient la nation élue par Dieu pour faire advenir sur la terre le paradis…»
Dans son analyse, l’auteur évoque également la citoyenneté en faisant une distinction entre la nationalité et la citoyenneté, comme c’est le cas en Israël : «Israël nous intéresse énormément, parce que les nations européennes se sont construites historiquement sur le modèle biblique. Les peuples européens étaient persuadés d’être le nouvel Israël, le nouveau peuple élu de Dieu, cela a été vrai des Français, des Allemands et des différents peuples européens… Quand on a institué le sacre du roi de France, on avait parfaitement l’intention de faire revivre le sacre des anciens rois de Judas. Le modèle national juif, tel qu’il figure dans la Bible, constitue historiquement la matrice intellectuelle des nations européennes. Par un étrange retour, l’État d’Israël s’est construit sur le modèle des nations européennes du XIXème siècle. Les sionistes qui ont pensé l’État d’Israël s’inscrivaient dans la logique du mouvement des nationalités du XIXème siècle, en particulier le fameux printemps des peuples de 1848, lors duquel les peuples n’ayant pas encore accédé au statut d’État-nation, comme les Polonais, voulaient un État-nation. Les sionistes ont voulu un État-nation pour les juifs».
Concrètement, «Israël est un État qui se veut un État juif depuis le départ. En Israël, il y a une seule citoyenneté mais, au sein de cette citoyenneté, il y a plusieurs nationalités. Par exemple, une personne née de mère juive sera un citoyen israélien de nationalité juive. Si l’on est né d’un père juif et d’une mère non juive, par exemple autrichienne, on sera un citoyen israélien de nationalité autrichienne. Si l’on appartient à la population arabe, on est un citoyen israélien de nationalité arabe. Il y a une citoyenneté et, dans cette citoyenneté, plusieurs nationalités».
Alors, face à la destruction des États européens, Jean-Louis Harouel nous invite à réfléchir à ce concept et, pourquoi pas, à prendre l’exemple d’Israël : «On pourrait concevoir qu’il y ait dans un État européen des populations qui soient descendantes de la vieille souche humaine de cet État et des populations d’origine étrangère, que l’on puisse décider d’admettre au niveau de la citoyenneté, mais qui garderaient leur nationalité. Elles auraient des droits au niveau de la citoyenneté. Si l’on décalquait le modèle israélien en France, par exemple, quelqu’un pourrait avoir la citoyenneté française et la nationalité algérienne… Mais évidemment cela ne correspond pas à notre tradition.» Autre sujet d’actualité propre à l’Europe : le développement des mouvements régionalistes. Pour Jean-Louis Harouel, il faut se méfier de cette tendance : «Le régionalisme a toutes mes sympathies, l’histoire de nos provinces est quelque chose de très important pour notre nation. Cependant, le régionalisme, tel qui se situe forcément aujourd’hui, se trouve dans une alliance objective de destruction des nations européennes par le projet mondialiste des États-Unis et de l’Union européenne. Les nations peuvent faire sécession, elles peuvent dire non à l’Europe politique si elles trouvent que les intérêts des nationaux sont trop bafoués, mais les entités régionales sont pieds et poings liés à la merci de l’Europe politique. J’estime que le régionalisme doit être repensé dans la perspective de ce projet mondialisateur de l’Union européenne et des États-Unis, qui sont quand même terriblement dangereux pour les Européens. Je crains que ces particularismes ne soient utilisés contre les nations, mais, le jour où le projet mondialiste aura gagné, je crains que ces particularismes ne soient à leur tour mis au pas !»
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