L’année du phénix.
LITTÉRATURE
Le départ à la retraite est souvent présenté comme un moment de joie et de délivrance… En réalité, l’enquête menée par la journaliste Danièle Laufer dans son livre «L’année du phénix», indique que l’immersion dans cette nouvelle existence est parfois mal vécue : «Bousculé dans ses repères, le jeune retraité doit réinventer son couple, apprivoiser sa liberté et reprendre confiance en lui pour construire le reste de sa vie». Elle souligne que chaque année, 600 000 personnes quittent le monde du travail sans savoir ce qui les attend et, «heureux de cette liberté retrouvée, tombent parfois de haut». Danièle Laufer est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont «40 ans, la fin d’une adolescence ?», «50 ans ? Vous ne les faites pas» et «La danse du couple». Ainsi, le départ à la retraite serait un moment de crise : «Il n’est pas très simple de quitter un monde, ses collègues, et il n’est pas très simple de retrouver une liberté à laquelle on aspire, mais à laquelle on n’est pas forcément toujours préparé psychologiquement. Je fais une comparaison entre cette crise et la crise d’adolescence : de la même manière qu’un adolescent rêve de quitter la maison de ses parents pour voler de ses propres ailes, je pense que tous ces gens qui aspirent à la retraite ont à la fois très envie d’y aller, de retrouver leur liberté, mais ils ont aussi une petite angoisse parce qu’ils se demandent ce qui les attend après. L’idée de ce livre est venue parce que j’ai eu des amis qui partaient à la retraite et je ne comprenais pas pourquoi ils allaient aussi mal, alors que je pensais qu’ils avaient beaucoup de raisons d’être heureux. Je me suis aperçue que c’était une crise qui durait à peu près un an, qui passait par un certain nombre d’étapes et, au bout d’un an, les gens trouvaient leurs marques et leurs repères. Ils deviennent les free-lance de leur propre existence avec des repères, des projets et des désirs... Pourtant, tous les départs à la retraite ne se ressemblent pas. : «Je pense qu’il y a une confusion entre l’identité et l’identité sociale. Surtout pour cette génération de gens qui partent à la retraite en ce moment, car ce sont des gens qui ont vraiment cru au travail et pour qui ce qu’ils faisaient et ce qu’ils étaient se mélangeait un petit peu. Il y a des gens qui ont un certain prestige social et ce prestige disparaît le jour où ils sont retraités...»
En fait, «on ne change pas le jour où l’on part à la retraite : on part à la retraite comme on a toujours été et, ce que l’on n’a jamais fait pendant toute sa vie active, on ne se met pas forcément à le faire parce que l’on part à la retraite. C’est juste une nouvelle plage de vie qui s’ouvre et qu’il faut apprivoiser. Je parle de crise, plutôt que d’angoisse parce que je pense qu’il sort toujours quelque chose de positif d’une crise. Je me suis juste intéressée à cette première année, parce que c’est une année charnière. Après, tout le monde trouve ses marques. Ce livre m’a pris deux ans. J’ai pris des nouvelles des gens que j’ai rencontrés et, franchement, dans l’ensemble, ils vont plutôt bien. Il y en a même un qui a eu cette phrase extraordinaire : «Cela va beaucoup mieux. D’ailleurs, je ne suis plus retraité…» En fait, il avait retrouvé une activité professionnelle dont il avait vraiment besoin... Pour les gens qui arrêtent de travailler, retraité, c’est un mot qu’ils n’aiment pas. Ils n’aiment pas ce mot-là, parce que retraité, c’est être en retrait, c’est être vieux, c’est être hors de la société... Les gens qui, aujourd’hui, partent à la retraite sont des gens qui ne se sentent pas vieux, qui ont envie de continuer à participer à la marche du monde et qui n’ont surtout pas envie qu’on les traite comme des seniors. Ce n’est pas parce que l’on ne travaille plus que l’on est en retrait de la société».
Finalement, pour bien vivre son début de retraite, faut-il s’y préparer quelques années à l’avance, par exemple en envisageant de s’engager dans la vie municipale ? Danièle Laufer souligne : «Un rapport de France Bénévolat m’a éclairée sur un certain nombre de choses. Si vous n’avez jamais eu l’habitude de la vie municipale, ce n’est pas à 60 ans ou à 65 ans que vous allez y aller. De la même manière, si vous n’avez pas eu l’habitude du bénévolat, c’est la même chose. C’est un état d’esprit, un investissement et un engagement. Les gens qui font cela pour combler un vide sont assez déçus. Il y a aussi un problème qui est le problème de l’utilité sociale. Ils ont l’impression qu’ils ne servent à rien, qu’ils sont devenus complètement inutiles et ils ont besoin de se sentir utiles. Nous avons tous besoin de nous sentir utiles. Les gens qui ont milité ou qui ont un engagement citoyen associatif, continuent. Mais, si vous ne l’avez jamais fait, ce n’est pas évident ! Il n’est pas évident de commencer du jour au lendemain, parce que vous êtes obligé de commencer en bas de l’échelle. Vous n’allez pas devenir le président d’une association du jour au lendemain, il faut donc être prêt à supporter de ne pas être le caïd. Il faut avoir beaucoup de modestie !»
Finalement, il faudrait trouver un système de transition qui permette aux salariés de se désengager progressivement de leur vie professionnelle : «C’est la coupure brutale qui est très difficile à vivre pour les gens. Vous êtes dans un mouvement, vous vous levez tous les matins, puis, du jour au lendemain, il n’y a plus rien ! D’ailleurs, parmi les gens que j’ai rencontrés, ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont réussi à réduire progressivement leur activité, parce qu’ils étaient dans une entreprise qui avait conclu des accords de cessation progressive d’activité. Si vous ne travaillez plus que trois jours par semaine, vous avez deux jours pour commencer à réfléchir à ce que vous avez envie de faire d’autre ou simplement vous habituer à cette idée de ne plus être hyperactif. Quand on voit le nombre de gens qui font un burn out aujourd’hui - on parle de 3 millions de personnes - on constate à quel point les gens prennent leur travail à cœur. Donc, du jour au lendemain, arrêter quelque chose qui les a tenus pendant quarante ans et qui leur tient à cœur à ce point-là, c’est presque cruel et violent».
Ainsi, à quelques années de la retraite, il faudrait commencer à réfléchir et à organiser sa vie différemment : «Il y a des gens qui font des projets et qui, finalement, s’aperçoivent que ces projets ne sont pas forcément les bons. Ce qui est important, c’est de toujours avoir des projets. Peu importe que les projets soient bons ou non, ce qui est important, c’est de ne pas imaginer que parce que l’on s’arrête de travailler, la vie s’arrête…»
C’est un ouvrage passionnant, remarquablement bien documenté, qui doit être lu par tous ceux qui s’apprêtent à prendre leur retraite, et par les autres aussi…
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