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Pollution lumineuse : les petites communes s’engagent
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Bernard Grare, maire de La Capelle-lès-Boulogne (Pas-de-Calais) : «L’éclairage public représente généralement 30% du budget d’une commune.»
Les communes sont de plus en plus nombreuses à s’engager contre la pollution lumineuse. Dans le Pas-de-Calais, La Capelle-lès-Boulogne est la quatrième commune à être récompensée par l’ANPCEN (Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne) pour son travail sur l’éclairage public. En effet, il faut savoir qu’à La Capelle-lès-Boulogne, l’éclairage public s’éteint à 23 heures. Le maire, Bernard Grare, souhaiterait même lancer l’extinction dès 22 h 30. Par ailleurs, les aménagements sont également revus : «Nous faisons des efforts sur les nouveaux équipements lumineux. Nous installons des mâts plus courts et des lampadaires qui dirigent bien la lumière vers le sol, sans déperdition de faisceaux lumineux vers le ciel. Les ampoules utilisées aussi changent peu à peu : nous ne mettons plus de blanc, mais plus de jaune, car l’impact est moindre sur les insectes». Bernard Grare doit cependant faire preuve de pédagogie auprès de ses administrés pour leur expliquer le bien-fondé d’une telle mesure. Il répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Nos concitoyens ont-ils compris les enjeux liés à la pollution lumineuse, ou faut-il faire encore beaucoup de pédagogie ?
Bernard Grare : Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire... Hier encore, une conseillère municipale m’a dit : «Les voisins trouvent que 23 heures, c’est trop tôt !» Je ne désespère pas de faire comprendre aux gens tout ce que cela recouvre. D’abord, l’énergie lumineuse provient de l’électricité et il faut faire tourner les turbines électriques. Malheureusement, on fait encore fonctionner ces turbines au fioul et j’ai toujours dit à mes étudiants qu’il était stupide de brûler du pétrole car c’est une matière première extraordinaire. Ensuite, on pompe de l’oxygène et on rejette énormément de CO2. Tout cela est très compliqué. En plus, nous avons la chance, ou la malchance, je n’en sais rien, d’avoir un supermarché qui s’appelle Auchan à notre sortie. Ces gens recrutent des gardiens la nuit pour éviter des vols, mais ont-ils besoin d’éclairer les parkings mieux encore qu’en plein jour ? C’est stupide. J’ai la chance d’être dans une commune assez verdoyante, nous avons la forêt à notre porte, j’ai créé une trame verte pour que les piétons puissent traverser, non plus la route principale mais, parallèlement à cette route, ce que j’appelle une trame pour aller dans la forêt. Faut-il une forêt où il n’y ait plus d’animaux ? Je ne suis pas vraiment d’accord. Il faudra vraiment un peu de temps pour faire de la pédagogie et je compte vraiment réussir avec les fameux TAP, les Temps d’activités périscolaires. Si les concitoyens acceptent que l’on fasse cela, non pas en une demi-heure, parce que c’est stupide, mais au moins en une heure ou en une demi-journée, on pourra aller dans la forêt et voir la nature pour l’expliquer. On ne peut pas vivre sans la nature, puisque c’est la nature qui nous donne de l’oxygène. Je compte beaucoup sur les jeunes générations. Malheureusement, c’est un peu tard pour la mienne…
Vous êtes-vous renseigné sur les expériences qui ont lieu dans d’autres communes de France ?
Absolument, je me suis renseigné. Par ailleurs, nous avons la chance d’avoir un très bon club d’astronomie. Les jeunes de la commune et de la région font cela d’une manière très désintéressée. Ce sont des gens passionnants et je suis heureux de leur dire : On va laisser rentrer les gens chez eux mais, à 23 heures, on coupe tout et on découvre, près de la forêt, une nuit étoilée qui est absolument merveilleuse. Je pense que ce club est en train de prendre de plus en plus d’ampleur et, avec eux, nous allons arriver à convaincre nos concitoyens.