Petits Ponts et contre-pieds...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Vous aimez le football ? C’est le moment de réviser vos Coupes du Monde avec Alain Cayzac qui publie un livre très agréable à lire, «Petits ponts et contre-pieds», dans lequel il raconte des histoires insolites sur les 20 Coupes du Monde, avec les souvenirs de quelques grands témoins. L’ouvrage s’adresse aux passionnés de football, mais aussi à ceux qui le sont moins et qui ont tout simplement envie de maîtriser ce thème qui sera un sujet de conversation important cet été… Alain Cayzac a été le président du Paris Saint-Germain entre 2006 et 2008. Il est par ailleurs le cofondateur de la célèbre agence de publicité RSCG en tant que C, avec Bernard Roux (R), Jacques Séguéla (S) et Jean-Michel Goudard (G). Avant de parler du livre, nous avons demandé à Alain Cayzac de revenir sur sa célèbre phrase à propos de son passage au PSG : «C’était 95% d’emmerdes pour 5% de plaisir...» Il rappelle que le PSG, «c’était quand même concentré en deux ans ! J’y suis depuis trente ans, mais deux ans en tant que président, cela a été horriblement difficile parce qu’il y a eu des problèmes extra sportifs, parce qu’il y a eu la mort d’un supporter et parce que tout s’est mal emmanché... C’était une période extrêmement dure, où l’on a même frôlé la relégation. Beaucoup d’emmerdes et beaucoup de passion ! Si c’était à refaire, ma femme n’aime pas que je dise cela, mais je pense que je le referais quand même...»

Alain Cayzac raconte, dans «Petits ponts et contre-pieds», des histoires insolites sur les 20 Coupes du Monde qui ont été médiatisées. Mais peut-on encore glaner des éléments insolites sur de tels événements ? «Ce livre, ce sont les grandes histoires et les petites histoires de la Coupe du Monde. On a essayé de replacer ces Coupes du Monde dans le contexte sociétal, politique et économique de l’époque : comment se sont passées les Coupes du Monde au moment des dictatures et comment les dictateurs se sont servis de ces manifestations pour asseoir leur autorité. Les petites histoires, c’est un peu mon expérience. Cela fait quarante ans que je navigue dans ce milieu et j’ai eu la possibilité d’interviewer quarante grands témoins du football : Zidane, Platini, Deschamps, Fernandez.... Ce sont des gens qui m’ont dit des choses. Par exemple, Michel Hidalgo m’a raconté une tentative de kidnapping la veille du départ en Argentine. C’était en 1978, il y avait la dictature en Argentine et il a été kidnappé par des Argentins qui voulaient l’empêcher d’aller là-bas… J’ai fait ce livre avec un coauteur - je veux aussi lui rendre hommage - Guillaume Evin, qui est un journaliste très cultivé. À la fin des dix chapitres, il y a ce que j’ai appelé, c’est un jeu de mot, un «Cayzaco», où je donne mon point de vue un peu décalé sur le chapitre que le lecteur vient de lire. Par exemple, je m’engage en disant : «Moi aussi, je serais probablement resté dans le bus, si j’avais été joueur de foot de l’équipe de France». Ce ne sera pas très populaire, mais j’aurais été comme tout le monde... Je donne mon point de vue sur la vidéo dans le football, qui est un débat, et je suis personnellement plus du côté de Platini qui est contre la vidéo. J’essaie à chaque fois de donner quelques souvenirs. En 1954, j’avais 13 ans et j’allais avec mes parents en vacances en Suisse, c’était la finale de la Coupe du Monde à Berne. J’ai vécu pendant une semaine avec l’équipe allemande dans le même hôtel. J’ai cherché des autographes pendant une semaine. Ils ont battu la Hongrie en finale, ce qui était complètement imprévisible. J’attendais les joueurs à l’hôtel parce que j’avais sympathisé, en plus, je suis germanophile, et je me suis dit : «Ils vont faire la fête en arrivant…»

Ils sont arrivés, ils venaient de gagner la Coupe du Monde, mais ils sont montés comme des fusées dans leurs chambres avec une tête comme s’ils avaient perdu toute leur famille : tout simplement - on l’a su après - parce qu’ils étaient drogués... Alain Cayzac connaît évidemment tous les joueurs et, pour ce livre, il a voulu interroger quarante personnalités : «Première question : Quels sont vos trois flashs quand on vous dit Coupe du Monde ? Quels sont vos trois souvenirs marquants ? Deuxième question : Qui a été pour vous le Monsieur Coupe du Monde ? Quelle est la personne qui personnalise le mieux la Coupe du Monde ? Troisième question : Quelle a été la plus belle Coupe du Monde de l’histoire ?» Alors, est-ce qu’il y a une plus belle Coupe du Monde de l’histoire ? Alain Cayzac répond sans hésitation : «Oui, Pelé. Et la plus belle Coupe du Monde de l’histoire, c’est 1970... Alors, les plus jeunes vont dire Zidane et 1998… Mais vous avez parfois des défaites qui valent des victoires et j’ai un chapitre qui dit : «Seule la défaite est belle». La défaite de la France à Séville en 1982 a fait plus pour la gloire de l’équipe de France que certaines victoires. Cela a été extraordinaire. Vous le dites très bien, cela rassemble, et puis cela rassemble positivement les populations».

Évidemment, il y a aussi tout un chapitre sur Zidane. Pour Alain Cayzac : «C’est un héros, Zidane, et je dirais même que son geste l’a rendu héroïque. Même si c’est une faiblesse, le fait de donner un coup de boule l’a rendu humain. Quand on est sorti, puisque j’étais là-bas, j’ai dit : «Aujourd’hui, il est devenu un héros». D’abord, on ne sait pas ce qui s’est dit et puis la pression était partagée. Il y en a un qui a pris beaucoup de coups aussi et qui a merveilleusement réagi, c’est Aimé Jacquet. Là, on peut faire des analogies avec l’entreprise : il a su gérer son équipe comme un grand patron gère une entreprise, en aimant ses joueurs comme un chef d’entreprise doit aimer ses collaborateurs, ou comme un patron d’agence de pub doit aimer ses créatifs mais, en même temps, en ayant beaucoup d’autorité. Donc, c’était un très bon modèle».

Alain Cayzac nous fait partager sa passion pour le football : «Les moments d’émotion les plus forts, c’est incontestablement le football, parce que la conséquence est immédiate. Tout se joue en quelques secondes, c’est immédiat. J’adore ce manager anglais de Liverpool, Bill Shankly, qui disait : «Le football, ce n’est pas une question de vie ou de mort, c’est beaucoup plus important que cela». J’ai vécu des moments de joie intense parce que l’on avait marqué le but qui rendait cinq millions de sympathisants du PSG heureux ! Et j’ai vécu des moments de détresse totale, parce que l’on prenait le but qui rendait malheureux ces mêmes cinq millions de personnes.... Vous avez une responsabilité forte, c’est concentré dans le temps et il y a une émotion intense». La Coupe du Monde de football approche, c’est le bon moment pour se cultiver sur l’histoire du football et ces évènements qui marquent la planète.

«Petits ponts et contre-pieds» d’Alain Cayzac est publié aux Editions du Moment.

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