Comment réduire les dépenses de santé ? La sécurité sociale pour les soins essentiels, les assurances privées pour les soins de confort...

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Pierre Door, député UMP du Loiret : «On aurait pu arrêter l’aide médicale d’État, qui coûte 900 millions chaque année.»

Jean-Pierre Door est député UMP du Loiret, vice-président de la commission des affaires sociales et membre de la mission d’évaluation et de contrôle des lois definancement de la sécurité sociale. Il vient d’interpeller le premier ministre, Manuel Valls, sur les économies qu’il annonce pour le système de santé : 21 milliards d’euros sur trois ans. Réaction de Jean-Pierre Door : «Chiche ! Mais quelles baisses sont envisagées ? Des économies sur la médecine de ville ? Sur l’industrie pharmaceutique, déjà bien atteinte ? Sur l’hôpital public ? Le retour du jour de carence ? La remise en cause des 35 heures à l’hôpital ?» Jean-Pierre Door a également déposé une proposition de loi permettant aux médecins retraités de reprendre une activité partielle ou temporaire dans les zones rurales : «C’est l’objet de l’amendement que j’ai présenté à deux reprises à l’Assemblée nationale et que refuse la ministre de la Santé, donc la majorité socialiste. Il s’agit pourtant d’une solution rapide qui rendrait bien des services aux populations, que ce soit dans le cadre d’un cabinet médical ou d’une maison de santé. La seule condition pour rendre ce système immédiatement opérationnel réside dans l’exonération de la cotisation retraite pour ces praticiens déjà retraités qui n’auraient pas à cotiser à perte. En mettant en avant des mesures gouvernementales qui ne répondent pas à l’ampleur de la situation de la santé en France, je représenterai cet amendement devant la représentation nationale dès le mois de septembre» annonce le parlementaire. Jean-Pierre Door répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Comment réagissez-vous aux annonces du gouvernement et à sa volonté d’économiser sur trois ans 21 milliards sur la sécurité sociale ? Jean-Pierre Door : Le discours du premier ministre est très schizophrénique. D’abord, il fait le constat d’un échec : c’est un échec depuis deux ans sur le plan des dépenses publiques, des déficits, de l’absence de croissance et du dépassement des 3% ! Donc, il constate lui-même son échec. Ensuite, il propose des solutions que l’ancien gouvernement avait envisagées, puisque François Fillon avait proposé des pistes d’amélioration des dépenses, notamment dans le domaine social, que les socialistes avaient à l’époque critiquées. Aujourd’hui, ils reprennent cette idée et je suis donc tout-à-fait d’accord pour que l’on réduise les dépenses. Mais lesquelles ?


Il faut que nos concitoyens se rendent compte que l’augmentation des dépenses sociales n’est pas soutenable financièrement. Nous sommes à 700 milliards d’euros par an pour toute la protection sociale et cela représente plus de 30% du PIB, alors que les pays voisins, comme l’Allemagne ou l’Italie, sont à 25 ou 27% du PIB en matière de dépenses sociales. C’est un écart considérable car 5 points de PIB avec l’Allemagne, cela représente déjà 100 milliards ! Vous voyez bien qu’il y a des marges de manœuvre pour réduire l’ensemble des dépenses sociales. On ne peut pas dire qu’un pays comme l’Allemagne n’a pas de système de santé ou que les Allemands sont mal soignés ! Il y a quand même pas mal de choses à faire et il faut aller beaucoup plus loin que ce qui est proposé. Vous savez aussi que les dépenses sociales représentent au moins 80% des prélèvements obligatoires. C’est donc au détriment des ressources allouées aux autres fonctions régaliennes de l’État. Il y a des réductions à faire, y compris dans la protection sociale. Mais ce n’est pas les recettes dites «de poche» qu’il faut faire, c’est-à-dire diminuer les actes ici ou là ou générer telle ou telle économie ici ou là : il faut faire des réformes structurelles !


Ne risque-t-on pas une fracture, peut-être violente, entre une partie des Français qui paient de plus en plus cher pour leur protection sociale, surtout avec le RSI qui suscite beaucoup de polémiques, et une autre partie de la population qui profite du système ? On entend de plus en plus d’artisans et de commerçants dire qu’ils ne seraient pas mécontents de voir le système s’effondrer, afin de pouvoir s’assurer auprès d’une assurance privée en Angleterre ou dans d’autres pays européens...

Effectivement, c’est un discours que nous entendons dans nos permanences. Vous évoquez le RSI : c’est ahurissant et scandaleux, il y a un dysfonctionnement total du RSI et il faut impérativement réagir. Le RSI est mauvais ! Alors, dire qu’il faut tout casser pour aller vers l’assurance privée, j’en doute. Je crois que l’assurance-maladie est quelque chose de très important,. Il doit y avoir l’assurance-maladie obligatoire d’un côté et l’assurance complémentaire de l’autre. Il faut arriver à trouver le bon équilibre et impérativement savoir ce que l’on doit rembourser ou non. C’est ce que l’on appelle le panier de soins au niveau de l’assurance obligatoire. Ensuite, on peut laisser aux complémentaires et aux assurances privées les soins de confort et tous ceux qui ne sont pas nécessaires, obligatoires et fondamentaux. Il faut donc faire une distinction entre la solidarité nationale et ce qui est volontaire et individuel.

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