Malaise de l’Occident : Vers une révolution conservatrice ?
LITTÉRATURE
Paul-François Paoli est journaliste, écrivain et chroniqueur au «Figaro Littéraire». Il a déjà notamment publié, il y a quelques années, «La France sans identité : Pourquoi la République ne s’aime plus», puis «Pour en finir avec l’idéologie antiraciste» qui a été un grand succès de librairie. Ainsi, le titre de son dernier ouvrage, «Malaise de l’Occident : Vers une révolution conservatrice ?», n’est pas vraiment surprenant puisque, après avoir exposé les problèmes et les difficultés de notre société, il nous propose son remède : celui de la révolution conservatrice. Paul-François Paoli explique que la publication de son livre est intervenue la veille des élections municipales : «Je pensais qu’il passerait totalement inaperçu, parce que les médias se sont focalisés sur les élections. Mais en fait, le contraire s’est produit et j’ai eu beaucoup de presse». D’ailleurs, cet ouvrage a même fait la une du quotidien italien «Il Foglio». L’auteur est convaincu qu’il se produit aujourd’hui «un changement de configuration, un changement de paradigme, c’est-à-dire que les valeurs de la gauche, qui étaient hégémoniques, qui étaient dominantes en France depuis 1945, sont en train de devenir minoritaires…» Un bouleversement est en train de se dérouler : la gauche perd progressivement ses intellectuels.
En effet, «elle est dans une très mauvaise posture. Les intellectuels sont en train d’abandonner la gauche. Aujourd’hui, il est assez amusant de voir que parmi les gens qui vont boycotter les villes qui sont tombées dans l’escarcelle du Front national, il n’y a que des gens du show-business qui représentent la déchéance intellectuelle de la gauche. C’est Mimie Mathy et Patrick Bruel qui vont défendre les valeurs républicaines ! On se dit que c’est amusant et cruel. C’est cruel pour la gauche parce que, s’il n’y a plus que Mimie Mathy et Patrick Bruel pour défendre les valeurs de la gauche, cela veut dire que la gauche est dans une très mauvaise situation. Et je pense que cette situation va durer. C’est une situation historique, c’est un renversement, c’est un changement de paradigme et, pour la première fois en France depuis 1945, la gauche est en train de perdre le pouvoir intellectuel». Paul-François Paoli évoque une «révolution conservatrice», mais que signifie vraiment ce terme ?
«En fait, ce serait une troisième révolution conservatrice qui partirait d’une intuition : c’est l’idée que les peuples refusent une certaine conception du progrès, d’un progrès normatif qui leur est imposé d’en haut. On l’a vu en particulier avec l’immense succès de la manifestation contre le Mariage pour tous, qui a été une surprise pour tous les partis et tous les médias. C’était une sorte d’insurrection bon enfant et pacifique contre une vision normative de la société, une vision paritariste, une vision unisexe de la société…» Paul-François Paoli se montre optimiste car il estime que «les gens sentent qu’il y a un effondrement de la classe politique, au sens où il y a une insuffisance chronique dans la perspective depuis longtemps». Mais, poursuit-il, «il ne faut pas non plus accabler les hommes politiques, ni les politiciens. D’une certaine manière, ils sont le reflet d’un pays qui, sur le plan de la culture, sur le plan de la créativité intellectuelle, est peut-être un pays qui est beaucoup moins puissant, qu’il y a 20 ou 30 ans. Le déclin de la France n’est pas seulement économique, il n’est pas seulement géopolitique, il est aussi malheureusement intellectuel. Ce déclin s’exprime à travers la précarité intellectuelle de nos enfants, des adolescents qui n’ont aucun repère et dont la culture historique est très pauvre. Je pense que c’est l’ un des points qui est récurrent dans tous mes livres. Le mode de vie consumériste fondé sur la consommation de masse a appauvri ce pays. Il l’a appauvri culturellement et symboliquement». En 1999, Paul-François Paoli avait publié un livre intitulé «Comment peut-on être de droite ?»
Or, aujourd’hui, il apporte la démonstration que l’on ne peut plus être de gauche... Malgré cela, l’UMP n’est pas prête intellectuellement à reprendre le pouvoir. Paul-François Paoli reconnaît qu’il y a un problème avec les mouvement politiques : «L’UMP, c’est un parti qui s’est prétendu de droite, ou de centre droit, mais qui a toujours été dominé par la gauche. Les gens de l’UMP n’ont aucune pensée autonome. A part Henri Guaino, qui est véritablement une figure et quelqu’un qui a un statut intellectuel, ils n’ont pas de pensée. On leur demande ce qu’ils pensent sur l’Europe, ils sont incapables de nous le dire... Des gens comme Laurent Wauquiez ou Bruno Le Maire sont des gens très brillants, ce n’est pas la question, mais être brillant et avoir une pensée, c’est une chose différente. Avoir une pensée, c’est avoir une vision politique cohérente et un projet cohérent. Madame Kosciusko-Morizet est très brillante, mais elle ne nous dit pas où il faut aller et comment…»
Cette absence de pensée s’explique par la formation des élites : «Pompidou avait une pensée, Mitterrand avait une pensée, sans parler, bien sûr, du Général de Gaulle... Mais ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande n’ont la moindre pensée. Avoir une pensée, cela veut dire avoir une conception globale. Or, ils ne l’ont pas. Ils sont dans la survie politique et ils font des coups plus ou moins assez forts. Ces gens sont la chance de la gauche. La gauche ne survit que grâce à ce désordre de pensée». Ainsi, on devine que l’homme providentiel tant espéré ne peut être que celui qui saura rompre avec le système, «mais pour cela, il faut avoir la carrure». Cet ouvrage est passionnant car il permet de revenir sur le mal profond dont souffre notre pays, un fléau résultant de plusieurs ruptures et dépassant de loin la «fracture sociale» dénoncée par Jacques Chirac en son temps. Les grandes manifestations contre le Mariage pour tous ont témoigné du fossé existant entre une France affiliée à une certaine vision «naturaliste» de la famille, et le monde parisien. Paul-François Paoli évoque aussi cette question «violente» de l’identité de la France et de la République en revenant sur l’influence de la culture jacobine, mais également des idéaux du Grand Orient de France «auxquels moult ministres socialistes sont affiliés».
En conclusion, «à l’heure où émergent ces grands blocs que constituent l’Inde et la Chine et où se radicalise l’Islam, il semble vain de se nourrir d’illusions sur le rôle, par définition universel, de la France dont l’influence, désormais scellée par l’entreprise européenne, s’est amoindrie depuis la fin de l’Empire colonial. Alors, quelle révolution s’impose-t-elle, sinon celle qu’on appellera conservatrice ?»
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