L’Homme libre
LITTÉRATURE
Jean-Jacques Bourdin est devenu le journaliste radio le plus populaire de France lorsqu’il a lancé sur RTL l’émission «Les auditeurs ont la parole». En 2000, un éphémère PDG de la station, Stéphane Duhamel, prend l’initiative de virer Philippe Bouvard et de supprimer «Les auditeurs ont la parole». Jean-Jacques Bourdin claque alors la porte. Le destin le met en relation avec Alain Weill, ancien bras droit de Jean-Paul Baudecroux à NRJ, qui est en train de lever des fonds pour racheter RMC, station qui subit un échec d’audience depuis des années… Alain Weill lance la nouvelle formule de RMC avec Jean-Jacques Bourdin et le succès est au rendez-vous. Jean-Jacques Bourdin est aimé des Français parce qu’il incarne une France de liberté, de bon sens et sans langue de bois.
Il vient de publier, avec les journalistes Anne Nivat (son épouse) et Patrick Mahé, un livre intitulé «L’Homme libre», dans lequel il revient sur son parcours et nous emmène dans les coulisses de ses rencontres avec des personnalités telles que François Hollande, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal et bien d’autres encore. Le choix du titre semblait évident car les auditeurs disent souvent : «Bourdin, il est libre !» Pour l’intéressé, «le choix était clair. Il était clair parce que cela fait maintenant plusieurs mois que l’on utilise ce qualificatif pour nos campagnes publicitaires à RMC. Il était clair aussi pour le titre parce qu’il résume ce qu’il y a dans ce livre. Je ne prétends pas être le seul homme libre, mais je prétends - et ce n’est d’ailleurs pas de la prétention - que je suis libre... Je me sens libre d’exercer mon métier comme je l’entends. Je suis maître de mes choix, de mes interviews, de mes sujets et de la hiérarchie parce que, dans le journalisme, il y a toujours une hiérarchie. Et puis, tous les auditeurs qui s’expriment sur la radio ont la possibilité de le faire librement, de dire ce qu’ils ont envie de dire et, surtout, de nous faire partager l’expérience qu’ils vivent».
Dans cette ouvrage, rédigé avec sincérité, il commence par souligner son attachement à sa région, les Cévennes : «Ce n’est pas innocent du tout et, dans ces pages, au début ou à la fin, j’exprime ce que je suis et ce en quoi je crois. Je crois en une forme de régionalisme. Mais dans le bon sens du mot. Je crois en une décentralisation car j’en ai assez, moi qui suis provincial de coeur, cévenol d’origine, du diktat parisien, du diktat économique, politique et surtout intellectuel. J’en ai assez que tout soit réglé par Paris. Oui, je suis un régionaliste, mais un régionaliste qui n’est pas fermé : un régionaliste ouvert. Un régionaliste qui pense que dans les régions, on fait beaucoup de choses - c’est peu apprécié, malheureusement - et qu’il faut le dire». Jean-Jacques Bourdin insiste sur son indépendance et son refus de nouer toute connivence avec les politiques pour ne pas tomber dans la société de connivence : «J’ai été souvent approché par des conseillers d’hommes politiques, quel que soit leur bord, d’ailleurs, qui souhaitaient que j’aille déjeuner parce que, quand le conseiller arrive à décrocher pour son patron un déjeuner avec un journaliste reconnu, le communicant est évidemment valorisé... Je n’ai jamais accepté cela, pour une raison très claire : je ne suis pas journaliste politique, je n’ai donc pas besoin de côtoyer les hommes politiques pour recueillir des informations qui pourraient nourrir un commentaire ou une analyse. Je suis interviewer politique. Quand on est interviewer politique, on doit garder ses distances. Garder ses distances, cela permet de poser des questions auxquelles l’invité politique ne s’attend pas. Si j’allais déjeuner ou dîner avec des responsables politiques, je perdrais évidemment cette liberté dans le choix de mes questions. Donc, j’ai choisi ce comportement. Cette façon de faire m’appartient. Je ne dis pas que ce soit la meilleure, mais c’est la mienne».
Le résultat de cette indépendance éditoriale est au rendez-vous puisque RMC continue de progresser : «En l’espace de douze ans, on a multiplié les audiences d’une manière incroyable : de 1,8 point à plus de 8 points aujourd’hui ! Une radio qui est en progression constante, ce qui est une histoire inouïe dans le monde de la radio. Et puis, on a créé BFMTV. L’aventure que je vis au niveau entrepreneurial est absolument extraordinaire. Non seulement je peux exercer mon métier comme je l’entends, librement, mais en plus je suis dans un groupe totalement indépendant qui n’a aucun rapport avec l’État, parce que, s’il y a quelque chose qui m’exaspère - je le dis aussi dans le livre - c’est que beaucoup de grands médias sont possédés par des groupes industriels qui travaillent avec l’État. Je ne trouve pas cela très bien. Aux États-Unis, par exemple, c’est absolument impossible. Ce rapport me semble malsain».
Jean-Jacques Bourdin porte un regard sévère sur la classe politique : «Un homme politique qui est élu a été choisi pour servir et non pas pour utiliser le citoyen. Ce que je crains, aujourd’hui, c’est que cela manque un peu de tenue. La classe politique manque de tenue et de rigueur. De rigueur, de tenue et surtout d’honnêteté intellectuelle dans ses choix. On n’a plus le droit, aujourd’hui, avec la multiplication des médias, d’affirmer ce que l’on ne fera pas et de ne pas faire ce que l’on a dit. D’abord, cela ne passe plus et les gens en ont assez de cela». Le journaliste connaît bien les Français, il écoute en permanence leurs préoccupations, et il note qu’ils sont évidemment davantage préoccupés par la situation économique : «Effectivement, je ressens moins de futilité à travers les témoignages et plus de préoccupations, mais c’est le reflet de la situation dans laquelle se trouve la France. Il y a une inquiétude, le monde est inquiet, mais cela ne veut pas dire que je ne vive pas de très bons moments, parfois des moments d’optimisme, de solidarité, de fraîcheur…»
Dans son livre, Jean-Jacques Bourdin revient, dans son livre, sur sa fameuse question «politiquement concrète» : «C’était une question que j’appelais la question politiquement concrète et que je posais toujours à la fin de mon interview. C’était une question en rapport avec l’espace dans lequel évoluait mon invité : par exemple, j’ai demandé le prix du timbre à Christian Estrosi…» Il regrette que les politiques prétendent tout savoir et n’acceptent pas de reconnaître qu’ils se trompent : «Ce qui est grave, c’est qu’il n’accepte pas de dire : « Je ne sais pas ». Je pense qu’un homme politique ne peut pas tout savoir, donc autant dire la vérité. Cette façon de ne pas vouloir dire que l’on ne sait pas, d’éviter la sincérité... On ne sait pas tout, ni les uns, ni les autres. Mais, cela dit, cette question a fait tellement de « buzz » sur les réseaux sociaux, que j’ai décidé de l’arrêter...»
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