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Marché de l’art : des fantasmes et parfois des pépites.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!
Grosso modo, le marché de l’art mondial pèse 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires (estimation 2013). Comme l’a très justement signalé une récente livraison de la revue mensuelle “Au Fait” (7,90 € en kiosques, une publication 100% sans publicité), c’est peut-être trois fois plus que le marché des gadgets sexuels, mais c’est mille fois moins que le volume des transactions sur l’ensemble des marchés financiers, obligations et actions tout confondus. En revanche, le marché de l’art fait rêver, il fait même fantasmer, et il y a, dans l’ancien comme dans le moderne, beaucoup de spéculations, parfois même débridées. Très récemment, aux Etats-Unis, dans une brocante ordinaire, quelqu’un a acheté, pour 10.000 dollars, un œuf en or… il s’est avéré que c’était un « Chopin » extraordinaire puisqu’il s’agissait d’une œuvre rarissime, faite par le joaillier Fabergé, pour le Tsar de Russie, qui l’avait offert à une de ses tantes… Cet œuf, lorsqu’il passera en vente aux enchères, trouvera un acquéreur milliardaire pour 35 à 40 millions de dollars, soit une plus-value colossale pour l’heureux acheteur, qui pensait exclusivement à la valeur de l’or de cet œuf… qu’il songea un moment à faire fondre… horresco referens.
L’art d’occasion, à deux pas de chez vous.
Outre le marché de l’art, il y a le marché de l’objet ancien, ce que l’on appelle des brocantes, des vide-greniers, c’est un marché florissant, qui fait le bonheur de sites internationaux comme eBay, ou encore comme leboncoin.fr, une réussite formidable, où l’on peut trouver tout… du vrai comme du faux, sur une vaste échelle de valeur, de 1 euro jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Lorsqu’une vente se conclut par des enchères importantes, parfois extravagantes, on en parle beaucoup, c’est donc la promotion du marché de l’art, c’est la promotion du rêve, un peu comme Hollywood. En réalité, plus d’une vente aux enchères sur deux concerne des pièces inférieures à 1.000 euros, neuf ventes sur dix se concluent en dessous de 5.000 euros, il faut savoir également que la plupart des objets d’art qui sont commercialisés le sont à l’occasion de « brocantes », à des tarifs qui peuvent parfois être inférieurs à 10 euros, et pas obligatoirement du mauvais art. C’est un marché non régulé. A la Bourse, non seulement le délit d’initié est réprimandé, mais, par ailleurs, avec des structures aussi défaillantes que l’AMF, on est sûr de se faire voler par les puissants… alors que l’Autorité des marchés financiers veille à ce que l’information libre ne circule pas, en matraquant les rares informateurs de qualité, dont votre serviteur.
Le délit d’initié est une vertu sur le marché de l’art. Si l’on s’y connaît, si l’on est capable de discerner une œuvre perdue, oubliée, dissimulée il y a quelques décennies dans un grenier… sous sa couche de crasse, on peut faire des affaires extraordinaires. Le marché de l’art est un monde complexe, un écosystème, qui comprend des artistes, des collectionneurs, mais qui emploie également beaucoup de petits métiers, dont des restaurateurs (tableaux, sculptures, mobilier…), des journalistes spécialisés, des conservateurs de musées, plusieurs centaines de milliers de personnes vivent de l’art dans le monde, les artistes pas toujours très bien, certains artistes au-delà du raisonnable, et, tout cela, forme quand même un marché significatif, comptant pour plusieurs dizaines de milliers d’emplois sur la seule France, terre de prospérité des artistes naguère, un désert contemporain aujourd’hui.
L’art contemporain : une affaire de blanchiment non régulé.