Miser (vraiment) sur la transition écologique.
LITTÉRATURE
La transition écologique est souvent perçue comme contraignante et il est nécessaire de sortir de cette idée reçue. À travers de nombreux exemples, Alain Grandjean et Hélène Le Teno nous expliquent que cette évolution inéluctable peut être aussi ludique, passionnante intellectuellement et qu’elle constitue surtout une opportunité économique. C’est sous un aspect positif qu’ils plaident pour une migration heureuse dans cet ouvrage publié aux Éditions de l’Atelier et intitulé «Miser (vraiment) sur la transition écologique».
Hélène Le Teno a travaillé en Chine pour un groupe pétrolier dans sa branche de conseil international, puis dans la finance, avant de rejoindre le cabinet Carbone 4, dirigé par Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, pour mettre son énergie à éclairer et transformer les acteurs du secteur public et privé. Son premier message est celui de l’optimisme : «La contrainte, c’est la perception la plus courante que l’on a de l’écologie, avec la nécessité de trier ses déchets, par exemple. Notre propos, c’est l’inverse : nous sommes dans une époque de crise économique, où le taux de chômage continue de monter et où l’on manque de perspectives. Or, faire ensemble la transition écologique, c’est se mettre à faire des projets nouveaux, créateurs d’emplois et créateurs de sens sur tous les territoires, que ce soit dans nos villes ou dans nos campagnes».
Hélène Le Téno estime par ailleurs que la crise économique peut être une période de chance pour réaliser cette transition : «Dans quelle situation est-il plus facile de faire évoluer un système ? Quand on est sur le point de perdre son emploi, on n’a pas forcément envie de prendre des risques. Mais, une fois que l’on a perdu cet emploi, que fait-on ? On voit aujourd’hui que ce sont les territoires les plus fragilisés, certaines régions du Nord-Pas-de-Calais ou d’autres anciens bassins industriels, qui se tournent spontanément vers la transition écologique, parce qu’il n’y a plus d’autre choix. Malheureusement, il faut attendre qu’il y ait un peu trop de casse sociale, de fermetures d’entreprises et de licenciements pour se poser ce genre de questions. Notre propos est de dire que l’on a intérêt à anticiper. Ne pas forcément s’arc-bouter sur l’ensemble de nos avantages acquis et se remettre en question. Si un certain nombre de projets nouveaux, notamment d’investissements dans des entreprises locales, ont déjà du sens dans certaines régions, cela peut donc être possible partout en France».
L’ouvrage démontre aussi que cette transition écologique passe par un changement de comportement, comme par exemple privilégier l’achat de produits de proximité, notamment dans des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Finalement, il est beaucoup plus agréable d’aller à la ferme que dans un hypermarché !
Pour Hélène Le Teno, «l’essentiel des personnes n’ont pas envie de contraintes supplémentaires aujourd’hui. Elles ont envie de pratiquer des activités gratifiantes. Quand on va à la campagne, on peut décider d’acheter l’essentiel de ses produits, non pas au supermarché toutes les semaines, mais dans des circuits de proximité. On peut choisir de passer plus de temps dans des activités récréatives et culturelles, plutôt que dans de la consommation. Quand on a un peu d’épargne disponible, est-ce que cette épargne doit être mise dans de la pierre ou sur un livret bancaire ordinaire, ou dans des projets auxquels on croit pour financer les entreprises de demain et les emplois des jeunes générations de demain sur notre territoire ? Il y a un courant important autour de la finance participative locale que l’on voit émerger dans de nombreuses régions de France. Par exemple, mettre son argent dans un projet de coopérative ou de toitures solaires pour l’école de ses enfants… Si l’on ne fait pas cela et si l’on se contente de mettre son argent dans un endroit indéterminé, on ne peut que s’étonner et se désoler des conséquences collectives de tels actes».
Pourtant, les médias ne donnent pas l’exemple et, dans les émissions de télé-réalité, notamment, on assiste toujours à l’apologie d’une société dépensière et futile. Hélène Le Teno reconnaît que c’est un problème : «Toute personne a envie de participer collectivement aux distractions habituelles et de consommer la même chose que ses voisins. C’est quelque chose que l’on observe partout. Simplement, il faut prendre un peu de temps pour se questionner. En faisant cela, quel avenir j’offre à mes enfants ? En faisant cela, à quoi va ressembler ma région demain ou après-demain ? Ce temps de réflexion est complètement capté par la télévision et la consommation. Le temps de loisirs que l’on appelle non-marchand, pour des activités collectives avec des amis, qui ne soient pas de la consommation, comme le bricolage ou la jardinage, est toujours de plus en plus petit. On a l’impression que l’on travaille moins avec les 35 heures mais, en réalité, le temps qui nous reste, on le passe à consommer et c’est bien dommage. L’avenir, c’est le vivre ensemble et faire ensemble des projets sur notre territoire avec nos proches et nos amis qui vont nous apporter des emplois et de la satisfaction pour demain».
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