L’ancien ministre analyse les manoeuvres des Etats-Unis pour diviser la France et la Russie
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Thierry Mariani, député UMP des Français de l’étranger : « Quelles que soient les condamnations internationales de l’Union européenne ou des Américains, la Crimée est revenue à sa situation normale, celle d’être rattachée à la Russie. »
Thierry Mariani est député UMP de la 11ème circonscription des Français établis hors de France, qui comprend notamment l’Ukraine et la Russie. Il est aussi un fin connaisseur de la situation géopolitique dans cette zone du monde. L’ancien ministre des Transports a accepté de répondre à nos questions. Un entretien passionnant dans lequel il démonte la manipulation des États-Unis et de l’Union européenne sur l’affaire ukrainienne.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment analysez-vous l’interprétation de la crise ukrainienne par les médias occidentaux ?
Thierry Mariani : Il faut revenir quelques années en arrière pour rétablir la vérité sur certains faits. Quelle était la situation à l’automne ? L’Ukraine avait un président démocratiquement élu et je dis bien : démocratiquement. Car tout le monde oublie que Viktor Ianoukovytch avait été élu aux élections présidentielles en battant Ioulia Tymochenko. Ces élections ont été validées par l’ensemble des observateurs internationaux, OSCE et Conseil de l’Europe compris. Le pays était en négociation avec l’Union européenne pour un accord de partenariat et, comme je l’avais écrit à l’époque, les propositions de l’Union européenne étaient ridicules : 680 millions d’euros environ pour l’Ukraine, tout en demandant un effort de modernisation gigantesque qui risquait de mettre une partie de son économie à plat. De l’autre côté, la Russie avait fait des propositions bien plus larges. Finalement, le président Ianoukovytch, reniant ses engagements passés, a décidé de ne pas signer l’accord avec l’Union européenne pour se rapprocher à nouveau de la Russie. C’est une promesse non tenue. On ne fait pas une révolution chaque fois qu’un chef d’État ne tient pas ses promesses : sinon, en France, nous serions en révolution permanente depuis deux ans ! On a vu ce mouvement sur la place Maïdan, que les communicants occidentaux ont immédiatement rebaptisée Maïdan Europe, qui n’a été ni plus ni moins qu’un coup d’État, et je pèse mes mots…
Même si c’est un coup d’État sympathique, même si ce qui s’est passé dans les dernières semaines était totalement inadmissible, à savoir des morts dans les manifestants, il ne faut pas oublier la réalité : c’était un coup d’État. En Ukraine, une élection présidentielle devait se tenir fin 2014 et le rôle de l’Europe, qui est quand même de préserver la démocratie, n’est pas d’encourager des manifestants, c’est surtout d’encourager ceux qui respectent la démocratie. Peut-être d’aider l’opposition pour la future élection présidentielle, mais pas de soutenir un coup d’État. Effectivement, à Kiev, on a un gouvernement illégal au sens du droit, révolutionnaire et reconnu au sens de nombreux pays, mais il fallait faire ce rappel historique. On oublie un peu trop souvent que l’ancien chef d’État, tout condamnable qu’il était, avait été élu démocratiquement. Aujourd’hui, on a un gouvernement qui n’a pas cherché la concorde, c’est le moins que l’on puisse dire… Quelle a été la première loi votée par ce gouvernement ? Le 22 février dernier, l’un des premiers textes a consisté à abolir le statut de langue régionale de la langue russe. En clair, c’était une véritable provocation devant tous ceux qui sont attachés à cette culture et qui se reconnaissent comme Russes. Après, les événements s’enchaînent… Quand on provoque les gens, les réactions sont prévisibles.
C’est ce qui s’est passé avec la demande de sécession de la Crimée, le référendum en Crimée a été largement gagné, et le rattachement de la Crimée à la Russie. Regardons l’histoire de la Crimée : la Crimée était ukrainienne depuis 1954 et Khrouchtchev l’avait rattachée administrativement à la République socialiste soviétique de l’Ukraine. Si la Crimée a été pendant 60 ans ukrainienne, elle a surtout été russe pendant quatre siècles ! Quelles que soient les condamnations internationales de l’Union européenne ou des Américains, la Crimée est revenue à sa situation normale, celle d’être rattachée à la Russie. Maintenant, soit l’on reconnaît ce fait, soit l’on continue à s’engager dans une escalade qui peut être absolument dangereuse. La prochaine étape, c’est l’élection présidentielle. On va s’apercevoir que l’égérie de l’Occident, montée en épingle et quasiment déifiée quand elle était en prison, dans un procès qui n’était pas normal, certes - toutes les conditions démocratiques n’étaient pas réunies, il faut quand même le dire - on va s’apercevoir que Ioulia Tymochenko n’a pas la popularité que l’on croit en Ukraine. Je suis prêt à prendre le pari qu’elle perdra l’élection présidentielle et que c’est Porochenko qui va gagner ! Le peuple ukrainien n’a pas oublié qu’elle a été Premier ministre et qu’elle a été corrompue et rejetée…
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