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Un dispositif de vigilance citoyenne qui fonctionne efficacement
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Alain Thomas, maire de Dirac (Charente) : «Les gens sont finalement très responsables et ils ne dénoncent pas n’importe qui, n’importe comment…»
Après les services postaux, les médecins ou les commerces de proximité, les zones rurales connaissent des difficultés en matière de sécurité car les patrouilles de gendarmerie sont de moins en moins nombreuses. Il y a quelques mois, Alain Thomas, maire de Dirac, une commune de 1600 habitants située dans le département de la Charente, a mis en place une politique de vigilance, dite de «participation citoyenne». L’efficacité de cette mesure a permis de lutter contre la délinquance et les cambriolages. Alain Thomas vient d’être réélu au premier tour avec 54,75% des suffrages… Il nous explique comment il a été amené à lancer ce dispositif, qui commence à inspirer de nombreux élus ruraux dans toute la France.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment avez-vous eu l’idée de créer un dispositif de vigilance citoyenne dans votre commune ?
Alain Thomas : J’étais dans une situation où, en un peu plus de dix-huit mois, nous avons eu 36 cambriolages et nous constations que ces cambriolages allaient en augmentant. Il y a eu de nombreuses plaintes des habitants qui étaient très inquiets de voir ce taux de cambriolages monter à ce point, avec une gendarmerie de plus en plus absente car depuis la réforme de la gendarmerie, nous sommes rattachés à une gendarmerie qui est située à plus de 40 kilomètres de la commune. Donc, nous voyons moins les gendarmes sur le terrain car ils ont un territoire énorme à couvrir. À partir de là, nous avons réfléchi à ce que nous pourrions mettre en place et nous avons commencé à travailler sur le dispositif «Voisins vigilants» qui a été mis en place dans le sud de la France. Ce dispositif a une certaine définition et nous avons travaillé avec deux commandants de gendarmerie d’Angoulême. Nous avons moins de 1600 habitants à Dirac sur un territoire qui fait quand même 30 kilomètres carrés, donc c’est très étendu, avec des hameaux qui sont assez loin les uns des autres. Avec le commandant de gendarmerie, nous avons regardé en quoi consistait ce dispositif de voisins vigilants et je suis entré en contact avec des collègues maires pour leur demander ce qu’ils en pensaient. Très vite, on m’a dit que le dispositif était efficace, mais il y a un inconvénient majeur : en effet, on nomme un référent par secteur protégé et ce référent se transforme souvent en shérif du village...
Je n’ai évidemment pas voulu cela et nous avons travaillé sur le fait que la sécurité doit être l’affaire de tous. J’ai mis toute la commune sous ce dispositif, en sensibilisant les gens à travers des réunions publiques afin de leur expliquer que la sécurité est une question qui concerne tout le monde. À partir de là, il était du rôle de chacun de signaler tout comportement qui pouvait sembler anormal. Nous avons appelé notre dispositif, non pas «Voisins vigilants», mais «Participation citoyenne». Nous avons organisé des réunions publiques pour expliquer le dispositif à la population, avec le commandant de gendarmerie, et j’ai signé un contrat avec le préfet afin de définir certaines choses. Nous expliquons le fonctionnement du dispositif avec des panneaux qui ont été mis en place sur toute la commune, aux entrées et aux sorties du village, et nous définissons également les contacts, c’est-à-dire les personnes à contacter à la gendarmerie. Ce contrat précise aussi, lorsque les informations sont importantes, s’il n’y a pas de patrouille de gendarmerie dans le secteur, que c’est Angoulême qui doit intervenir. Par ailleurs, nous organisons une réunion annuelle avec la population afin de faire le point sur le fonctionnement du dispositif et, lors de ces réunions, la gendarmerie prodigue des bons conseils de comportement.
Quels conseils donneriez-vous à vos collègues maires qui souhaiteraient lancer une telle opération ?