Municipales 2014 - 18 propositions
LITTÉRATURE
François Billot de Lochner, président de la Fondation de service politique et du Collectif France audace, publie 18 propositions pour les candidats aux municipales. Le livre s’adresse à tous les candidats avec un catalogue de propositions sur le savoir-vivre ensemble, les rythmes scolaires, l’aide à l’emploi, la solidarité, le soutien civil ou la démocratie locale… Alors pourquoi un livre de propositions à des candidats qui, logiquement s’ils sont candidats, ont déjà leurs propositions ? : «A priori, ils ont déjà leurs propositions, mais, quand on regarde très précisément ce que proposent les maires, notamment dans les réunions publiques, on est très souvent dans des logiques comme le ramassage des ordures, le carrefour qu’il faut modifier ou les trois arbres qu’il faut planter sur la place centrale... On oublie l’essentiel, le bien commun, le bien de tous, parce que finalement la commune, c’est le premier lieu de vie des familles et c’est donc un lieu fondamental pour l’épanouissement de l’individu. La notion de bien commun démarre au niveau des municipalités. Or, les maires considèrent qu’ils sont simplement des gestionnaires, ils gèrent le patrimoine immobilier ou ils gèrent les comptes… Mais c’est beaucoup plus que cela. En fait, le maire est un acteur fondamental du bien commun. Le maire a un rôle considérable et il peut agir sur beaucoup plus de registres que ce qu’il fait aujourd’hui».
Mais les maires ne sont-ils pas entraînés dans une spirale infernale ? Peut-être que, par vocation, ils s’intéressent au bien commun. Mais, dès qu’ils se retrouvent dans des réunions de quartiers, c’est la population qui ne s’intéresse plus au bien commun et qui les interroge en fonction de considérations très personnelles comme le trou dans le trottoir ou le ramassage des ordures… François Billot de Lochner souligne que cet ouvrage permet justement aux élus de prendre de la hauteur : «C’est pour cela que j’ai une grande admiration pour les maires parce qu’ils doivent s’occuper du trou qui est dans le trottoir, et qui gêne effectivement tout le monde, qui peut faire que le maire aille en prison s’il y a un gros accident, et le maire a aussi la capacité de « décoller en hélicoptère » et de « survoler » tout cela pour se mettre au niveau du bien commun général. C’est toute la différence entre un ministre qui va planer à 10 000 lieux au-dessus des problèmes concrets et qui va vivre dans sa bulle en faisant une réglementation, des décrets et des lois complètement déconnectés de la réalité. Le maire, tout ce qu’il fait, c’est connecté à la réalité quotidienne pour le bien des gens.»
Par exemple, les maires sont en première ligne sur la question des incivilités : «Par exemple, il y a des mesures sur la protection de l’environnement quotidien. Si vous interrogez les gens, ils vont dire : « Il y a quand même beaucoup d’incivilités dans les rues. Maintenant, on crache partout…» On voit bien que l’incivilité se développe. Alors, on va taguer, on va casser un peu, on va jeter une bouteille… Il y a plein d’actes d’incivilités. C’est la mobylette qui n’a pas son pot d’échappement et qui va tourner sur la place centrale pendant toute une soirée… Ces sujets, dans les réunions, les maires n’en parlent pas. Pourquoi ? Parce que finalement, ils n’ont pas envie. Il est plus facile de parler effectivement de la rénovation d’un bâtiment ou de la salle de sport. Il y a des tas de sujets où les maires se brident d’eux-mêmes. Or, il y a des moyens pour diminuer les incivilités. Il y a la police municipale qui peut agir». Finalement, «le but de ces propositions, c’est de mettre des coups de projecteur sur toute une série de choses».
Autre exemple, sur les personnes âgées : «Il y a beaucoup de communes où il ne se passe pas grand-chose. Les maires répondent : «Oui, mais vous ne vous rendez pas compte, c’est horriblement coûteux d’avoir des employés municipaux qui s’occupent des personnes âgées». Mais on ne demande pas aux maires d’embaucher des employés municipaux pour s’occuper des personnes âgées. On leur demande de créer un monde associatif bénévole extrêmement puissant qui quadrille la commune et qui s’occupe des personnes complètement isolées. Mais c’est un travail qui est souvent ingrat parce que cela consiste effectivement à aller à la pêche au bénévole, ce qui n’est pas facile aujourd’hui».
François Billot de Lochner évoque également la situation des médecins en zone rurale : «Les maisons médicales, elles peuvent être cofinancées. Les médecins peuvent se réunir, car les médecins ont aujourd’hui très peur de se trouver isolés. Il faut peut être, au niveau des étudiants en médecine, lorsqu’ils auront leurs diplômes, les obliger pendant quelques années de travailler dans des communes où le désert médical est patent. Mais c’est aux maires de faire le siège de l’État pour que des bonnes décisions soient prises dans ce sens». Faire appel à des médecins étrangers ? François Billot de Lochner cite dans son livre le cas d’un cabinet spécialisé dans le recrutement de médecins étrangers : «Le cabinet Revitalis a recruté 80 médecins étrangers pour des communes rurales, dont 50 médecins Roumains en quelques années... Je trouve que c’est un scandale parce qu’en Roumanie il y a un besoin de médecins absolument incroyable. Ces médecins roumains ont coûté à la communauté roumaine une fortune !»
Il ne faut pas oublier que François Billot de Lochner est l’un des fondateurs de la Manif pour Tous et il n’est pas surprenant de le voir aborder la question de l’objection de conscience : «L’objection de conscience, c’est un droit constitutionnel et ne pas faire jouer son objection de conscience dans certains cas peut vous amener en prison ! Par exemple, si je suis policier et mon supérieur me dit : «Tuez la personne qui est dans la rue». Si je tue la personne qui est dans la rue, je vais en prison évidemment, mais, si je fais jouer mon objection de conscience, le supérieur ne peut rien dire». Mais quel rapport avec la loi Taubira ? «On est absolument dans ce cadre puisque la ministre Taubira a annoncé elle-même que c’était un changement de civilisation majeure. On est dans quelque chose de fondamental et on est exactement dans le champ de l’objection de conscience. Le maire peut parfaitement dire : «Ce changement fondamental de civilisation, cela ne correspond pas à mes valeurs et à mes critères». Il ajoute : «Je conseille fortement aux maires qui veulent faire jouer leur objection de conscience de le dire très clairement. Le Code des collectivités territoriales donne une clé à travers le fameux article L 2122.34. Il y a une situation très simple, c’est de saisir le Préfet et lui demander de faire lui-même le mariage. Cela, c’est prévu par le Code des collectivités territoriales».
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