⟵ Retour
Saint-Gobain : le sérieux paie.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!
Lorsque l’on a pris connaissance des comptes semestriels des comptes 2013 pour le groupe Saint-Gobain, on a pu être étonné par le recul de la marge opérationnelle, les fortes difficultés qu’il pouvait y avoir, sur ce spécialiste des matériaux et de la distribution pour le bâtiment, l’automobile… les vitrages. Au deuxième semestre, tout a changé… et du coup, sur l’ensemble de l’année, le chiffre d’affaires a été stable, l’entreprise a réussi à récupérer une marge significative, une capacité d’autofinancement libre très importante, une réduction de son endettement… tout cela permettant de distribuer un dividende stable. Saint-Gobain est une entreprise plus que tricentenaire.
Tout le monde sait que le groupe a été créé à l’initiative de Jean-Baptiste Colbert, notamment pour éviter d’avoir à importer des miroirs et des glaces, de l’étranger, récupérant du savoir-faire par l’achat de compétences, la matière première étant récupérée dans le sol français, l’entreprise prit le nom de la forêt deSaint-Gobain, où furent installées les premières usines, parce qu’il y avait là-bas des sables de silice de très bonne qualité et, bien évidemment, suffisamment de bois pour avoir l’énergie nécessaire, car la fusion du sable de silice, pour créer des miroirs et des vitres, nécessitait beaucoup de charbons de bois, donc la forêt de Saint-Gobain s’est imposée. Saint-Gobain est à l’origine des glaces de la fameuse galerie des Glaces du château de Versailles, mais le groupe a changé plusieurs fois de vie, depuis, même s’il est resté dans le vitrage, notamment pour les bureaux, les doubles vitrages des fenêtres que vous achetez (Lapeyre…), ou encore les vitres ou toits vitrés de vos automobiles (souvent signés discrètement par le sigle de Saint-Gobain).
Trois siècles et demi de cahots divers.
Le groupe a fusionné dans son histoire avec la société de Pont-à-Mousson, ce qui lui a donné l’accès à la technologie de la fonte ductile, et il y a régulièrement, un peu partout dans les rues de France, des plaques portant le nom de Saint-Gobain. Au début des années 1980, l’entreprise a cherché une plus grande diversification, sous l’emprise d’un directeur général qui a loupé quasiment tout ce qu’il a touché dans sa vie, M. Alain Minc. Saint-Gobain a été un temps le propriétaire des machines Bull, cette incursion dans l’informatique n’a pas été une réussite, d’autres incursions ont été plus brillantes. A travers son activité vitrage, Saint-Gobain est donc présent dans la construction, marché qui n’est difficile qu’en Europe (stabilisation des produits de base, baisse des volumes), alors qu’il connaît une forte croissance en Asie et dans les pays émergeants, là où on construit encore beaucoup de grands immeubles, qui ont besoin de verres techniques, modernes, isolants et parfois même utilisant leur surface exposée au soleil pour produire de l’énergie. En ce qui concerne les ventes de vitrages automobiles, si elles restent en forte expansion en Asie, comme dans d’autres pays émergeants, elles ont baissé au premier semestre en Europe occidentale, et se sont stabilisées au second semestre. L’entreprise a su développer ses marges dans le vitrage de 1,5 % au premier semestre de l’exercice 2013 à 4 % du chiffre d’affaires au second semestre. Il faut savoir que dans ce métier, il y a énormément de coûts fixes, lorsque l’on absorbe les coûts par de plus gros volumes, la marge revient. En ce qui concerne les matériaux à haute performance, dont les céramiques, les abrasifs, les plastiques et des solutions textiles, la croissance n’a pas été au rendez-vous de l’exercice 2013. Le chiffre d’affaires a baissé de 2,6 %, même si, là encore, il y a eu une amélioration significative au second semestre, et une bonne performance en Asie et dans les pays émergeants.
L’Asie porteuse de profits.