Lettre ouverte à ceux qui nous prennent pour des c...
LITTÉRATURE
Marc Pierre Stehlin est avocat au barreau de Paris et de New York, et il dirige un cabinet d’avocats d’affaires à Paris. Il est également vice-président de la Fondation Concorde (cercle qui réunit universitaires, experts et responsables d’entreprises) et vice-président de l’ONG Care France. Il publie «Lettre ouverte à ceux qui nous prennent pour des c… », un ouvrage sans langue de bois dans lequel il dénonce une classe politique totalement déconnectée des réalités et qui commet des erreurs depuis une trentaine d’années dans notre pays : «Le livre part d’un constat : depuis 1974, notre pays n’évolue plus. Il y a eu des grands projets qui ont été lancés par le Général de Gaulle, puis par Georges Pompidou, et qui ont continué à poursuivre leurs effets après 1974... Mais en réalité, à partir de 1974, il y a une technostructure qui s’est mise en place au niveau de l’administration. Ce qui était normal, puisque l’on forme des personnes pour tenir les hautes fonctions administratives. Mais, au fur et à mesure du temps, cette haute fonction administrative s’est impliquée dans la politique puis, à la faveur des privatisations, a pris en main un certain nombre de leviers économiques».
Dans ce livre, l’auteur décrit une forme de «monarchie républicaine» qui a pris en main l’ensemble de l’administration, le politique et l’économique. Il souligne : «En dessous du mille-feuille, il y a les représentations syndicales. On s’aperçoit aujourd’hui que ces groupes ne représentent plus grand monde aujourd’hui». Il déplore «un jeu de ping-pong entre ces organismes représentatifs et cette monarchie républicaine. Ils ont l’air de se battre, mais en réalité, ce sont des concessions réciproques pour que les choses évoluent peu. Finalement, c’est nous les citoyens qui nous retrouvons au milieu de ce mille-feuille, sans que les choses évoluent». Marc Pierre Stehlin plaide pour «une fiscalité plus adaptée au monde d’aujourd’hui et plus compétitive par rapport à ce que font d’autres pays, des normes administratives qui ne soient pas d’une complexité totale et qui soient au moins interprétées de la même manière dans chaque département, ce qui n’est pas toujours le cas... Il faut aussi modifier de manière importante et c’est aussi le thème et la trame du livre, le comportement des citoyens entre eux, le comportement des acteurs économiques entre eux et transformer un pays qui est dans un mode négatif dans un mode positif».
Marc Pierre Stehlin prend l’exemple de l’école : «En France, quand un élève répond de travers à une question, généralement le professeur va ironiser, l’ensemble de la classe va ricaner et le pauvre élève sera mis au ban de la classe... Dans des systèmes anglo-saxons, au lieu d’ironiser sur ce qui semble être une erreur de la part de l’élève, mais qui n’en est peut-être pas une - parce que c’est peut-être une réflexion tout-à-fait intelligente, qui n’est peut-être pas la réflexion du moment - le professeur va essayer de comprendre pourquoi il a répondu ce qu’il a répondu et l’ensemble de la classe va essayer également d’analyser la réponse. On va s’apercevoir, peut-être, que la réponse était à côté de la plaque, mais que le raisonnement était correct. Au lieu d’être négatif, on va positiver et apprendre».
Marc Pierre Stehlin est convaincu que les hommes politiques sont de bonne foi lorsqu’ils promettent qu’il n’y aura plus de SDF et de chômeurs : «Je pense qu’il n’y a pas un homme dans une démocratie, un homme politique de qualité, qui ne peut pas espérer que l’on crée des emplois dans notre pays, que les Français soient correctement logés, que les Français aient accès à l’éducation ou à la santé... Je pense que cela fait partie de notre ADN en France…» Si nous connaissons l’échec depuis presque 30 ans, c’est en raison du modèle français : «Nous n’avons pas encore choisi le modèle de société dans lequel nous voulions vivre. Alors, on est libéral par moments, interventionniste par moments, interventionniste libéral... C’est ce que je dénonce comme une espèce de forme de schizophrénie à la française. Il n’y a pas de vision à long terme. Tout est au coup par coup et, dès qu’il y a un problème sur tel ou tel sujet, on vote une nouvelle loi…» L’auteur ne manque pas de bonnes idées, ses propos sont empreints de bon sens et son livre est revigorant. Lorsqu’on l’interroge sur l’entreprise, il ne manie pas la langue de bois : «On a une classe politique qui ne comprend visiblement rien à la vie des affaires. C’est ce que je dénonce dans le livre. Une personne importante du Parti socialiste a dit des entreprises : «C’est un mal nécessaire»... Jacques Chirac, réunissant les préfets à l’Élysée peu de temps après sa première élection, leur a dit : «Vous serez jugés sur votre capacité à créer des emplois». On s’aperçoit qu’il y a, soit une défiance permanente vis-à-vis de l’entreprise privée, soit une incompréhension complète de ce qu’est l’entreprise. On le voit avec le démarrage de la première année du mandat du président Hollande où, finalement, on tape sur les entreprises et les entrepreneurs parce que, visiblement, on croit que les emplois aidés, les emplois de génération ou les emplois à venir sont des vrais emplois, en oubliant que ce sont quand même les entreprises privées qui créent des emplois». Pourtant, notre pays dispose de réels touts : «Il faut s’assurer d’une certaine stabilité, s’assurer que les lois ne vont pas changer dans six mois et, à ce moment-là, la confiance reviendra et les investisseurs et les entrepreneurs reprendront le chemin de la création d’emplois. Mais on ne dicte pas, on n’ordonne pas la création d’emplois».
Cet ouvrage illustre à la fois l’indignation de Marc Pierre Stehlin, mais aussi son espérance : «C’est un cri de colère et c’est aussi un cri d’espoir, parce que je considère que l’on a probablement le plus beau pays du monde. C’est terrible de voir ce pays gâcher toutes ces chances, avec toute la créativité que nous avons et un environnement exceptionnel. Comme beaucoup d’autres Français, cela me fait mal au cœur de voir mon pays dans cet état». Enfin, il lance aussi un appel au bon sens et à l’union nationale : «Je cite un homme que je respecte beaucoup : Bernard Esambert, qui était secrétaire général de l’Élysée sous Georges Pompidou. C’est un homme de réflexion et de bon sens qui appelle à une forme de gouvernement d’union nationale. A un moment donné, les modérés de droite et les modérés de gauche doivent être capables, sur des sujets de société fondamentaux pour notre pays et des sujets économiques fondamentaux pour notre pays, de trouver une entente. Les pays anglo-saxons arrivent à le faire». Un livre sincère, rédigé par un patriote, qui ne prend pas ses lecteurs pour des c…
«Lettre ouverte à ceux qui nous prennent pour des c…» de Marc Pierre Stehlin est publié aux Éditions Le Passeur.
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