Axa : la grande interrogation de 2014 et 2015.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous reprenons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, conseils à l’appui. Bonne lecture !!!

L’année 2013 fut une excellente année pour AXA, qui n’a augmenté son chiffre d’affaires que de 2 %, à 91 milliards d’euros, mais a vu son résultat opérationnel fuser de plus 18 %, à 4,7 milliards d’euros, le résultat net, grâce à cette bonne performance opérationnelle et aussi à des plus-values dégagées de façon conséquente, augmentant pour sa part de 14 %. Avec 206 % de ratios de solvabilité, AXA fait plus envie que pitié, le grand groupe d’assurances va bien… mais n’est pas pour autant sans interrogations, on va le voir. AXA en est tout à fait conscient, et reste très prudent, n’ayant augmenté son dividende que de 9 centimes pour le faire passer de 0,72 à 0,81 euro, alors que la plupart des analystes s’attendaient à 0,85 au minimum, vraisemblablement 0,90, ce qui était tout à fait possible, vu le résultat net et les flux de trésorerie. Si AXA décide de ne distribuer qu’un peu plus de 40 % de son résultat distribuable, c’est tout simplement parce que le groupe veut renforcer ses fonds propres, et parfaire son désendettement, visant davantage 20 % de ratio entre dette nette sur fonds propres que les 24 % du 31 décembre 2013. Le gearing (nom de ce ratio en anglais), est important, car si le marché se retourne, AXA risque de se retrouver de nouveau dans la tempête. 


Une grande marque mondiale.


Le groupe AXA fait partie des leaders mondiaux dans le domaine de l’assurance dommages et, bien évidemment, des placements et des assurances vie. Avec 102 millions de clients dans le monde, c’est devenu, pour la cinquième année consécutive, la première marque mondiale dans le secteur, ce qui a un effet positif pour notamment le développement dans les pays émergeants. Le groupe s’est fait, au fil des ans, depuis 1982, par de nombreuses acquisitions, ce qui explique les importantes survaleurs qui existent encore à son bilan actuel. Cette politique d’acquisitions a été arrêtée depuis qu’Henri de Castries est devenu PDG, l’entreprise privilégie la croissance interne à la croissance externe, notamment en attirant des partenaires, les courtiers, les gestionnaires de clientèle. La très bonne tenue des marchés financiers a permis d’extérioriser un nombre important de plus-values en 2013, ce ne sera pas obligatoirement le cas dans toutes les années futures. En effet, lorsqu’une plus-value est extériorisée, ce n’est pas un résultat répétable. Au fur et à mesure des années, lorsque l’on consomme le stock de plus-values latentes, il faut être habile dans ses investissements pour le reconstituer, le groupe AXA fait attention, surtout actuellement, à ne pas prendre d’investissements trop pesants concernant des produits à risque, comme notamment les emprunts d’Etat de la France, sur lesquels il a pris de très grosses couvertures, qui ont pesé de façon négative sur l’ensemble de l’année 2013. Il faut savoir la spécificité du marché de l’assurance, on est dans ce métier, dans l’encaissement d’abord, avec une prime qui entre dans le chiffre d’affaires, puis, si sinistre il y a, il convient d’effectuer des débours, souvent plusieurs années après. Du coup, l’argent mis en réserve est placé, et il faut, de ces placements, récupérer au minimum le capital et, si possible, des plus-values. La remontée des marchés financiers a pu permettre à AXA de transférer progressivement une partie de son activité du fonds général vers les produits de prévoyance et de santé, mais aussi vers les produits en unités de compte, qui sont investis sur les marchés financiers. Ce sont des endroits où les commissions sont plus grasses, ceci dit, lors de chaque mouvement important des Bourses, il y a un retrait de la clientèle, tel l’escargot qui rentre dans sa coquille. Du coup, il y a des dangers, pour les années à venir, liés à cette modification du style d’activités.


Le délicat pari des pays émergeants.

Dans l’assurance, surtout sur l’assurance dommages, le chiffre d’affaires est facile à faire, mais le résultat plus délicat. Il convient donc d’être sélectif en ce qui concerne la prise des risques, qu’il s’agisse des clients (entreprises, particuliers…) ou des zones géographiques, avec notamment des transformations importantes telles que la montée des risques climatiques, les tempêtes et autres vagues centennales pouvant apporter des modifications significatives des dommages à régler, pour les primes qui ont été encaissées, quelques années auparavant. AXA prend des risques également lorsqu’il s’oriente vers les marchés en forte croissance, dits émergeants, qui ont des risques moins maîtrisés, mais qui offrent des perspectives qui sont un peu le miroir aux alouettes, vu que la concurrence y est moins forte. Provisoirement, les marges au Brésil, dans les autres pays d’Amérique latine, en Afrique, en Asie… sont meilleures que les marges en Amérique du Nord ou les marges européennes. Suivant la mode des autres assureurs, le groupe AXA a vendu beaucoup d’actifs dans les pays murs depuis quatre ou cinq ans, réinvestissant l’argent récupéré, au moins en partie, dans des marchés à plus forte croissance. Le groupe a notamment fait le pari d’investir dans le chinois Tian Ping, ce qui lui donne une place de premier assureur international sur ce vaste marché, mais, bien évidemment, dans une contrainte qui reste forte, vu que la Chine reste une dictature communiste. Beaucoup plus discrètement, mais, de mon avis, de manière plus solide, le groupe a investi en Colombie, en 2013, en achetant Colpatria, c’est un marché de presque 50 millions d’habitants, en croissance forte depuis une dizaine d’années, qui va très bientôt dépasser le stade de « en voie de développement », pour entrer dans le club fermé des pays « développés ». AXA n’est que numéro 4 sur le marché colombien, du fait de cette acquisition, mais c’est un marché qui a un vrai potentiel, on ne le regarde pas trop, mais dans les comptes de Casino, distributeur ­perçu comme essentiellement brésilien, la Colombie est un très gros apporteur de marges, à travers la filiale Exito. Le groupe AXA est une jeune entreprise, constituée de l’addition de vieilles entreprises, parfois même de très vieilles entreprises, avec beaucoup de redondance. Du coup, tailler dans les coûts a toujours été un objectif fort, du temps de l’ancien PDG, Claude Bébear, ou de l’actuel.

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