Le géant nippon des télécoms à l’assaut du marché français
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Olivier Micheli, directeur général de NTT Communications France :«C’est notre travail d’opérateur d’évangéliser les entreprises pour qu’elles se rendent compte qu’aujourd’hui, elles peuvent augmenter leur productivité en intégrant les outils de collaboration et la communication unifiée.»
La révolution de l’échange entre les individus est en route, la vidéoconférence et le partage des données se démocratise… C’est un événement dans le monde des télécommunications : le deuxième opérateur mondial, le japonais NTT, vient de finaliser l’acquisition de la société française Arkadin, numéro trois mondial du marché de la vidéoconférence, pour environ 350 millions d’euros. Olivier de Puymorin a créé Arkadin à Paris en 2001 et l’entreprise compte aujourd’hui 37 000 clients dans 32 pays. Cette annonce permet aussi de s’intéresser à la stratégie de développement international du géant nippon des télécommunications. NTT ne va pas se développer en lançant des offres ADSL ou en proposant de la téléphonie illimitée au grand public, mais avec des offres innovantes et pointues en matière de réseaux, d’hébergement et de communications unifiées. Olivier Micheli, directeur général de NTT Communications France, nous explique la stratégie de NTT en France.
L’Hebdo-Bourseplus : Je souhaite commencer cet entretien avec une question sur la stratégie d’implantation de NTT en France. Comme votre groupe est d’origine japonaise, vous êtes vraiment très loin, ce n’est pas la même culture et, lorsque vous avez décidé d’arriver sur le marché français, vous l’avez prudemment abordé du côté des professionnels. C’est une démarche totalement différente de celle des Italiens avec Télécom Italia ou des Allemands avec Deutsche Telekom : ils sont arrivés en allant sur le marché grand public et, finalement, cela n’a pas marché. En revanche, NTT s’est présenté sur un marché très professionnel et très technologique, et c’est ce qui vous permet de vous développer en France…
Olivier Micheli : C’est en partie vrai. Tout d’abord, il est important de rappeler que NTT à l’international existe seulement depuis 15 ans. Le groupe NTT n’a pas une expérience très importante de l’international. La société a été privatisée à la fin des années 90 et c’est en 1999 qu’elle a eu le droit de partir à l’international. C’est vrai que le groupe découvre un peu le monde, à la différence d’autres entreprises que vous avez mentionnées, qui sont à l’international depuis beaucoup plus longtemps. En termes de développement à l’international, le groupe a racheté une société américaine, Verio, juste avant l’éclatement de la bulle Internet et, malheureusement, cela a été plutôt un échec puisqu’ils l’ont payée très cher et quelques mois après cela ne valait plus grand-chose. En tout cas, ils auraient pu payer beaucoup moins cher cette acquisition à quelque mois d’intervalle. Cela a quelque peu freiné les ardeurs de NTT qui est resté un peu sclérosé pendant environ huit ans. Mais depuis 2008, le groupe s’est pris d’une frénésie d’acquisitions pour différentes bonnes raisons. La première raison, c’est que le marché japonais est saturé, c’est un peu comme en France où vous avez un certain nombre d’acteurs des télécommunications qui se partagent le marché japonais, mais il est très difficile maintenant d’avoir une croissance à deux chiffres au Japon. Le deuxième point est démographique. La population japonaise vieillit énormément et, dans les prochaines années, le nombre d’utilisateurs au Japon va être en décroissance. Le groupe NTT se doit d’aller à l’international, c’est une obligation. C’est pour cela que depuis 2008, le groupe commence à regarder différentes acquisitions sur l’ensemble des continents. Mais il avance prudemment. Enfin, vu du Japon, les deux pays où il faut investir en Europe, ce sont l’Angleterre et l’Allemagne. Malheureusement pour la France... C’est aussi vrai pour la Chine. Ces deux puissances très fortes en Asie Pacifique regardent tout d’abord l’Angleterre et l’Allemagne et ensuite, éventuellement, la France parce que l’on a un déficit d’image au Japon…
Notre image, c’est peut-être plus le luxe, le champagne et les parfums…
Effectivement, c’est le luxe, le champagne, le tourisme, l’art de vivre... Mais nous sommes un pays qui est assez peu lisible du Japon. C’est pour cela que je trouve très positive la démarche de François Hollande qui a lancé le pacte d’attractivité pour essayer de rendre notre pays plus attractif et vendre la marque France à l’international. Au niveau du groupe NTT, ils investissent essentiellement en Angleterre et, après, ils regardent la France. La bonne nouvelle, c’est que maintenant ils ont passé le pas et il y a beaucoup d’investissements en France. On va parler d’Arkadin, mais vous avez dû aussi lire dans les journaux que NextiraOne a été racheté par une de nos filiales qui s’appelle Dimension Data.
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