François Hollande, Dieu et la République...
LITTÉRATURE
C’est une enquête passionnante que vient de publier Samuel Pruvot, rédacteur en chef à l’hebdomadaire Famille chrétienne, sur le divorce entre François Hollande et non seulement le catholicisme, mais les trois religions monothéistes… Son livre « François Hollande, Dieu et la République » a été publié l’an dernier, or il n’a jamais été autant médiatisé qu’actuellement, notamment en raison du débat sur la théorie du genre et à la suite de la visite de François Hollande au Vatican. C’est en effet ce qui aura marqué le début du quinquennat de François Hollande : les critiques de son gouvernement à l’encontre du catholicisme, la Manif pour tous, le débat sur la fin de vie et maintenant la polémique sur la théorie du genre. Jamais la place des valeurs portées par la religion dans notre société n’avait suscité autant de polémiques sous la Vème République. Samuel Pruvot estime qu’il est important de savoir si un chef d’État a un rapport avec la spiritualité : «Quand on a un dirigeant, que l’on ait voté pour lui ou non, on a besoin d’avoir une traçabilité et de mieux le connaître. On peut toujours invoquer la vie privée, mais la difficulté de la vie privée d’un président de la République, c’est qu’il y a forcément une répercussion publique. Donc, savoir son rapport à Dieu, à la spiritualité, aux forces de l’esprit, je crois que c’est tout-à-fait important. Il y a aussi une raison de fond. Dans nos démocraties occidentales, il y a peu de marges de manœuvre, tout se joue sur le terrain économique et il est encore plus impératif de savoir si le dirigeant qui est à notre tête a une politique plus ou moins bas de plafond. C’est un peu dur de dire cela, mais une politique bas de plafond, c’est de croire que l’on en aurait fini avec la politique quand on aurait gagné un ou deux points de croissance… La politique, depuis que les Grecs l’ont inventée, c’est heureusement autre chose ! Il y a un horizon un peu plus vaste, cela va jusqu’au bonheur dans la cité. La question de la spiritualité se pose à nouveau parce qu’effectivement, le point de croissance ne suffit plus à faire le bonheur...»
On découvre dans son livre que François Hollande est un nouveau type de président : «François Hollande, on pourrait dire que c’est le décroyant. Ce mot est important, parce que ce n’est pas l’incroyant militant, mais le décroyant. Au départ, François Hollande et le catholicisme, c’était le même continent parce qu’il a reçu cette éducation de son père, de sa mère, et puis des Frères des écoles chrétiennes à Rouen. A l’âge de la préadolescence, voilà que les deux continents commencent à s’éloigner... Finalement, ce mouvement n’a eu de cesse de se poursuivre, tant et si bien qu’entre François Hollande et l’Église catholique, on a l’impression qu’aujourd’hui il y a un grand vide, ce qui ne l’aide peut-être pas à respecter lesdits catholiques. Mais dans sa vie politique, le catholicisme l’a rattrapé... Vous savez que dans la délégation qui a accompagné François Hollande au Vatican, il y avait Jean Pierre Mignard, son ami avocat, qui est classé catholique de gauche. Il y avait aussi Bernard Poignant qui est, lui aussi, classé proche des catholiques de gauche. C’est-à-dire que dans sa vie politique, même si François Hollande n’a eu de cesse d’ignorer, voire de jouer l’amnésie avec sa culture catholique, beaucoup de ses soutiens - je pense à Jacques Delors aussi - sont proches des milieux chrétiens. Cela permet également de tempérer ce jugement. C’est un peu le chewing-gum qui colle au bout des doigts du capitaine Haddock : il essaie de s’en séparer, mais en fait cela revient toujours à la charge, jusqu’à ces derniers jours où c’est quand même cocasse que ce soit François Hollande qui trouve nécessaire d’inviter le Pape en France...»
Le journaliste poursuit : «C’est peut-être plus grave qu’on ne le pense, parce que la cassure est des deux côtés. Avec le Pape François, on a toutes les connexions possibles. Non seulement il y a sa bonhomie proverbiale, mais il y a son attention tout-à-fait légitime au sort des migrants, au sort non seulement des classes moyennes, mais des pauvres dans les pays du tiers-monde ou dans nos démocraties occidentales, et ce qui est étonnant, c’est que là-dessus François Hollande a de plus en plus de mal à être en phase. Il est même à la traîne et à la ramasse, tout simplement parce que son option social-démocrate l’éloigne de ces choses avec lesquelles il aurait pu être de plain-pied avec le Pape François, peut-être au temps d’un certain socialisme utopique. D’un autre côté aussi, la cassure est profonde parce que sur toutes les questions d’anthropologie, c’est-à-dire qui engagent l’idée que nous avons de l’homme, cela ne marche pas du tout, que ce soit le début de la vie, la fin de la vie ou alors des moments importants comme le mariage... Effectivement, la brouille est quasi totale entre ce qu’il y a dans la tête de François Hollande et ce que porte l’Église catholique». Cependant, il se montre plutôt optimiste : «On a l’impression que la brouille est totale et que la fracture est profonde. Pour tempérer cela, on peut faire remarquer que la politique a un côté simple et arithmétique et, en observateur, on doit déjà dire que François Hollande a pris acte qu’il y a un Pape et que ce Pape compte sur la planète : même le Time Magazine dit que c’est l’homme de l’année... Il y a des catholiques en France et, que cela lui fasse plaisir ou non, il doit faire avec. La politique, c’est un rapport de forces et le fait que les catholiques aient un certain nombre d’exigences - je ne parle pas juste des pratiquants, mais de ceux qui se sentent catholiques en France, ils sont relativement nombreux - implique que l’on doit faire avec leur conscience, leurs exigences et leur culture».
Or, un nouveau fait a marqué le début de l’année 2014 : la rupture entre le gouvernement et les musulmans de France. Certes, on savait que le courant ne passait plus avec les catholiques. Mais avec les musulmans c’est plus inattendu… En effet, ce sont les familles musulmanes qui ont été le plus en pointe dans les fameuses « journées de retrait de l’école » engagées à l’initiative de Farida Belghoul. François Hollande aurait-il déjà perdu l’électorat musulman, qui lui était pourtant acquis lors de l’élection présidentielle de 2012 ? Pour Samuel Pruvot : «C’est d’autant plus vrai qu’il faudrait rappeler que la population la plus homogène qui ait voté au second tour de la présidentielle en 2012 pour François Hollande, ce sont les citoyens musulmans. Ce n’est pas du tout nul sur le plan politique et arithmétique. Effectivement, François Hollande avait du mal à concevoir qu’il y ait des convergences de points de vue éthiques. Je reviens à l’épisode très important du mariage pour tous : même si ces jeunes musulmans de banlieue n’étaient pas nombreux, un certain nombre d’entre eux sont venus grossir les rangs des manifestants à titre d’éclaireurs. S’ils le faisaient, ce n’était pas au nom du Coran, c’était au nom d’une sorte d’éthique religieuse universelle et fondamentale qui estime que l’altérité homme-femme est un bien très précieux. Après s’être fâché avec les catholiques, il ne faudrait pas qu’en plus, François Hollande se fâche avec les musulmans en France ! Or, le fait de pratiquer une laïcité relativement intransigeante, fermée et froide, fait que cela finira par avoir des conséquences politiques. Si son attitude peut être comprise par certains bobos parisiens, elle ne l’est pas pour de jeunes musulmans et pour de jeunes catholiques qui sont quand même des citoyens à part entière. Et toute cette petite rivière forme à la fin un grand fleuve... Du point de vue politique, ce qui est intéressant, c’est que François Hollande est contraint et forcé de tenir compte du poids des religions dans la société française... »
« François Hollande, Dieu et la République » de Samuel Pruvot est publié aux Éditions Salvator.
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