J’ai pour la France une étrange passion...
LITTÉRATURE
Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste, il a notamment collaboré pour France Soir, L’Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe… Aujourd’hui, il fait l’actualité avec deux livres «J’ai pour la France une étrange passion» et «Le gauchisme, maladie sénile du communisme». Ces deux titres résument assez bien son état d’esprit et son positionnement idéologique : il aime la France et il n’aime pas le gauchisme… Un gauchisme qui, parfois, frise avec l’antisémitisme que l’auteur a dénoncé dans un précédent livre : «L’antisémitisme peut-il être de gauche ?».
Pourquoi cette interrogation ? «Vous imaginez bien qu’il s’agit d’un raccourci et que ce n’est pas la gauche. Il s’agit d’une aile violemment radicale et violemment sénile, pour reprendre le titre d’un autre livre, qui n’est pas antisémite, mais violemment antisioniste. Le gauchisme vieillissant et grabataire en a fini par dé:tester les juifs par amour des arabes… Alors qu’à l’extrême droite, on en trouve aussi, il y a des vrais antisémites de tradition mais, pour eux, c’est le contraire, ils en finissent par aimer les arabes par détestation des juifs. Les cartes sont les mêmes. Manuel Valls et les autres, ceux qui d’une certaine façon ont essayé de faire la peau à Dieudonné, c’est la gauche classique et traditionnelle. Regardez qui va dans les spectacles de Dieudonné : c’est limpide, une grande partie de ses fans sont issus de ce que l’on appelle les quartiers sensibles, ce n’est pas ma terminologie, et il y en a une partie qui vient aussi de l’extrême gauche par haine du sionisme. Mais leur haine est tellement forte qu’ils en arrivent à confondre les juifs et le sionisme, tout en se défendant de tout antisémitisme puisque, bien sûr, ils sont antifascistes, antiracistes, etc. Ils ont besoin de se défendre parce qu’ils pensent relever d’une vieille tradition de la gauche qui a toujours été philosémite, affaire Dreyfus, etc. C’est ce que l’on appelle un cache-sexe. En réalité, je ne dirais pas qu’ils sont antisémites, le terme ne veut plus dire grand-chose. Ils sont juste violemment antisionistes et, comme la plupart des juifs passent à leurs yeux pour être sionistes, alors ils n’aiment plus les juifs…»
Finalement, peut-on faire un parallèle avec le rapport de Terra Nova qui expliquait aux dirigeants du Parti socialiste qu’il fallait cultiver de bonnes relations avec l’électorat des banlieues parce que les classes populaires ne recevaient plus de réponse aux propositions du PS ? Pour Benoît Rayski, «ce n’est pas un parallèle, c’est une passerelle aussi grosse qu’un pont ! Le politologue Pascal Boniface, membre du PS, a fait un long texte de réflexion pour le Parti socialiste dans lequel il expliquait que la communauté juive était quelque chose de marginal et qu’il fallait que le PS s’engage beaucoup plus vers l’électorat musulman et maghrébin. C’était la même chose que Terra Nova en beaucoup plus dur. Fondamentalement, il faudrait faire de la psychanalyse freudienne : de façon confuse, inconsciente parfois, une certaine gauche, le gauchisme, en veut aux juifs de ne plus être ce qu’ils aimaient naguère, c’est-à-dire le juif universel, celui qui cesse d’être juif, qui devient prolétaire, combattant de la liberté, celui qui perd son identité juive pour se fondre dans quelque chose de plus vaste. Mais beaucoup de juifs sont devenus juifs, tout simplement, et là ils ne les reconnaissent plus… Finalement, ils aimaient bien les juifs victimes, quand ils étaient en pyjamas rayés, et ils détestent les juifs quand ceux-ci revêtent l’uniforme des soldats de Tsahal».
Il y a d’un côté cette gauche, de l’autre cette France silencieuse… Et le dernier ouvrage de Benoît Rayski est une déclaration d’amour à cette France : «J’aime la France, c’est une banalité, ce n’est pas l’apanage du Front National que d’aimer la France. Il y a eu une très belle exposition des photographies de Raymond Depardon, qui a sillonné la France pendant un an, et il a appelé cela : «La France de l’entre-deux». Dans ces images, il y a la France des petites villes, des petits villages, mais il n’y a pas la France des grandes villes et la France des banlieues. Pour moi, c’est pareil. Les banlieues occupent une place disproportionnée dans les médias, à cause des émeutes, à cause de la kalachnikov… C’est un monde triste, pathétique, effroyable et malheureux. Mais c’est à la marge. Or, on ne parle que des banlieues. Soit pour aller contre, c’est le Front National, soit pour dire que ce sont des pauvres malheureux… Mais il y a tous les autres. Ce n’est pas la France silencieuse, la France de Super Dupont, c’est une France réelle qui représente la majorité de ce pays indépendamment de ses options politiques. En sillonnant la France, j’ai rencontré des gens merveilleux, des gens simples, des gens de toutes opinions politiques, qui vivent, travaillent et souffrent… Ceux-là n’existent pas, ils n’ont aucune reconnaissance. C’est la France que j’aime».
Pourtant, cette France est désemparée en ce moment puisque la classe politique qui gouverne depuis trente ans l’a laissée dans un état catastrophique : «C’est une France dépressive, pas uniquement à cause de la crise et du chômage. Elle est dépressive et déprimée parce qu’elle ne se voit plus. On ne s’intéresse pas à elle. C’est une France qui souffre de la sensation d’avoir été oubliée et abandonnée. Ces gens demandent avant tout de la reconnaissance. C’est une Atlantide qui, un jour, a sombré, parce qu’on ne s’y est pas intéressé et qui veut remonter à la surface. Il ne faudrait pas grand-chose pour que, dans les mots, on lui dise qu’elle existe. C’est aux politiques de faire cela. La parole politique est devenue abstraite, y compris à droite, et cela ressemble aux longs pensums de Terra Nova ou des savants sociologues».
Finalement, ces Français, «demandent simplement à être reconnus pour ce qu’ils sont aussi. Ils ont envie qu’on leur dise : «Vous êtes Français». On ne le leur dit pas. C’est un problème identitaire. Il ne s’agit pas de dire que l’on n’est plus chez soi, c’est pour les racistes de bas étage. Le problème identitaire se pose uniquement parce que ces gens-là ne sont plus nommés». L’ouvrage parle, pour la première fois, avec amour de cette France oubliée, perdue et triste… Benoît Rayski habite en Normandie, il fait partie de cette France et il entend nous la faire aimer passionnément…
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