École, sexe et vidéo
LITTÉRATURE
La place que doit donner l’école à l’éducation à la sexualité a toujours été l’objet de débats intenses. Aujourd’hui, s’ajoute la révolution des nouvelles technologies de la communication qui bouleversent les modes relationnels et l’accès aux images. La place des écrans dans la vie des jeunes élèves et des adolescents pose de nouvelles questions car elle met en évidence des pratiques inédites et certaines dérives, telles que l’addiction aux écrans, le cyber-harcèlement, la cyber-pornographie et ses incidences dans les représentations de la sexualité des enfants et des adolescents.
Hélène Romano aborde toutes ces questions dans son dernier livre, intitulé «École, sexe et vidéo». Elle est docteur en psychopathologie clinique, psychologue clinicienne et psychothérapeute, chercheur associé à l’INSERM et elle coordonne la consultation de psycho traumatisme au CHU de Créteil. Elle a également publié chez Dunod «L’enfant et les jeux dangereux» et «L’enfant face au traumatisme». Son dernier ouvrage arrive en plein débat d’actualité sur la théorie du genre. Mais ce n’était pas volontaire pour Hélène Romano : «Un livre, c’est une gestation longue. Il faut à peu près un an entre le moment où l’on soumet le manuscrit et le moment où le livre sort chez l’éditeur, donc le contexte de sortie reste très aléatoire. L’actualité fait qu’en ce moment, on parle d’un certain nombre de choses relatives à l’éducation sexuelle à l’école. Je pense qu’il est important de parler de la sexualité en général, de la sexualité infantile et de l’éducation sexuelle, à l’école ou à la maison. Si l’ouvrage peut permettre d’enrichir le débat, il aura déjà réussi une part de sa mission».
Le sujet est délicat car, pendant des siècles, il est resté tabou : «Il y a la sexualité des adultes et la sexualité infantile qui sont restées très longtemps dans le déni, ce n’est même pas le non-dit… C’est à partir de Freud, au début du XXème siècle, que l’on a commencé à l’envisager, au moment où l’école se démocratisait, où garçons et filles se retrouvaient progressivement scolarisés ensemble, avec des questions qui se posaient sur les différences sexuelles entre garçons et filles et les interrogations diverses que les enfants se posaient. Avant, c’était abordé dans le huis clos des familles ou dans un environnement proche. Là, les questions se sont posées inévitablement en milieu scolaire. Il est certain qu’à la hauteur de l’histoire de l’humanité, tous ces faits d’interrogations sur l’éducation à la sexualité restent récents. En quarante ans, on est passé du rien au presque tout sans limites… Toute la difficulté est de prendre du temps, car l’être humain a besoin de temps pour penser, comprendre et apprivoiser les choses. On est dans une société où, sur tous les sujets, on veut aller trop vite».
C’est évidemment un thème directement lié à l’approche religieuse que l’on peut avoir. Mais, dans ses prises de position, il y a toujours une volonté de faire avancer les choses sans franchir la limite de ce qui pourrait choquer : «Ce n’est pas en étant dans le conflit et dans l’opposition que l’on arrive à être constructif. On voit actuellement un nombre important d’enfants abusés et des agressions sexuelles entre mineurs. La chape de silence retombe sur les maltraitances sexuelles sur les enfants et il est donc très important de parler de la sexualité pour faire de la prévention. En revanche, en étant dans des positions très défensives, de part et d’autre, du côté des familles, des religions ou de l’Éducation nationale, on se rend compte que l’on ne débat plus et que l’on ne communique plus… Sur ce sujet, encore plus que dans d’autres, il est très important de communiquer, parce que la sexualité touche l’intime, la transgression, la loi, l’éducatif… C’est probablement l’un des rares sujets qui touche à tous ces différentes questions avec autant d’intensité. Ce n’est pas en étant dans des positions braquées, fermées et très défensives que l’on arrive à avancer. On voit d’ailleurs l’évolution du débat ou du non-débat actuel sur ce sujet».
Toutefois, Hélène Romano souligne que l’approche se révèle délicate en période de crise économique : «On est dans un contexte très insécurisant politiquement, socialement et financièrement, et l’on voit tous les repères qui sont bouleversés dans le monde entier. On change d’époque, on assiste à une révolution culturelle et cultuelle des valeurs et pas simplement sur ce sujet. Il est certain qu’aborder une question aussi intime que la sexualité - parce qu’il n’y a rien de plus intime que la sexualité chez un être humain - cela ne peut que raviver une angoisse très forte actuellement sur d’autres sujets. On voit bien que cette question sert de support à d’autres interrogations et à d’autres questionnements de la société».
En ce qui concerne les polémiques en cours, elle estime que «la difficulté vient de la méconnaissance ou de l’incompréhension, de la réalité de l’éducation sexuelle à l’école et il ne s’agit évidemment pas de donner dans les moindres détails les positions du Kamasutra. L’éducation sexuelle à l’école commence précocement par le respect de soi et de l’autre, le respect dans les mots, le respect dans les attitudes et le respect dans le comportement que les petits garçons peuvent avoir à l’égard des petites filles et des petites filles à l’égard des petits garçons. C’est déjà essentiel. Après, sur les questions de savoir comment l’on fait un bébé, il faut se rappeler que l’instruction scolaire, en France, a été au départ portée par l’Eglise. Toutes les questions relatives à la sexualité été évacuées avec cette notion que l’enfant, à cette époque, était considéré comme un être pur, immaculé et absolument pas inquiété par ces questions relatives à la sexualité. La sexualité était uniquement inscrite au champ de la procréation. C’est très marqué culturellement dans notre pays et c’est pour cette raison que nous avons ce débat chez nous et qu’il n’est pas à cette hauteur dans d’autres pays».
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