Un quart de siècle "comme sur des roulettes".

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine une longue série d’articles “didactiques” qui sont destinés à parfaire votre connaissancedu monde économique, et de l’Economie. Bien entendu, in fine, ces articles seront réunis dans un ouvrage qui vous permettra de relire, d’offrir à un étudiant, de partager ce savoir. Bonne lecture !!!

Chapitre 13.

L’économie mondiale, dans les années 1950, 1960 et jusqu’au milieu des années 1970, est entrée dans une optique de croissance forte, de développement accéléré, et surtout de plein-emploi. Comme déjà évoqué dans les chapitres précédents, en Europe, il fallait reconstruire. Après la reconstruction, on a songé à utiliser cette capacité de Bâtiment et de Travaux Publics pour créer des lignes nouvelles de chemins de fer (le TGV en France), des canaux (surtout dans le Nord de l’Europe), des ports de très larges dimensions (Le Havre, Anvers, Rotterdam, Fos-sur-Mer près de Marseille…), et l’on a également, du fait de ce plein-emploi, augmenté les salaires, importé de la main-d’œuvre. L’économie est devenue une véritable machine à gaz, notamment dans le monde occidental (Amérique du Nord et Europe principalement), mais aussi en Asie, avec le développement de la Corée du Sud et du Japon, de l’île de Taïwan, de Hong Kong, et de quelques points particuliers tels que la ville-Etat de Singapour. Dans cette vaste zone, qui est connue sous le nom d’OCDE, il y avait un libre-échange de plus en plus important, la création de zones communes sans barrière douanière telles que le marché commun en Europe, de l’argent assez facile, le plein-emploi, comme nous l’avons dit, ainsi que des taux d’intérêt relativement modérés.

Jusqu’au milieu des années 1970, tout cela se fit sans guère d’inflations, les gains de productivité permettant de baisser le prix de beaucoup de biens, et, ne le rappelons pas, il y avait aussi l’abondance d’énergie, très bon marché, vu que le baril de pétrole, qui vaut actuellement entre 100 et 110 dollars, s’échangeait rarement au-dessus de 3 dollars. Le principal penseur économique de la période s’appelle Paul Samuelson (1915-2009). Il écrivit très tôt, en 1948, une analyse de l’économie, qui était dans la lignée de Keynes, dont nous avons déjà évoqué la pensée macroéconomique. On appela ça la «synthèse néoclassique». Le mélange des idées de Keynes (dépenses étatiques pour créer de la demande en période de récession), avec l’économie classique permit une longue période d’expansion-pause, qui remplaçait les périodes d’expansion-récession. 

L’arrivée des “classes moyennes”.

La croissance économique de cette période s’est basée sur un enrichissement considérable des classes basses de la population, avec, en accompagnement, une transformation colossale des systèmes économiques, par une baisse de l’intensité de main-d’œuvre dans les zones rurales, et une augmentation du secteur industriel, qui fut rapidement dopé, à son tour, par un secteur des services de plus en plus importants en poids du PIB de chacun des pays dits développés. À la différence de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, du fait de la crise des années 1929 à 1940, beaucoup d’entreprises avaient un capital désormais très dispersé, il y a eu une sorte d’oligarchie de cadres dirigeants qui en a pris le contrôle effectif, s’attribuant des salaires importants, et gardant une vraie autonomie de gestion, la dispersion de l’actionnariat donnant zéro pouvoir, dans les faits, à l’assemblée générale, faute de syndicats d’actionnaires. La plupart des grandes entreprises, en Europe comme en Amérique du Nord, n’étaient plus contrôlées par des actionnaires familiaux (style famille Peugeot, qui fonda l’entreprise il y a deux siècles de cela), mais par une multitude telle que les assemblées générales se faisaient sous forme de collecte de pouvoirs en blanc, exercés, pour le vote, par le président de séance, un employé de l’entreprise. La société a changé de façon formidable. Dans le Paris haussmannien du XIXe siècle, l’habitat était mixte, en haut, il y avait les «chambres de bonnes», où vivait la domesticité, avec rarement le chauffage, des toilettes sur le palier, un robinet d’eau froide… c’est tout.

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