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Les critères habituels d’évaluation des fonds de commerce sont de plus en plus affectés
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Pierre Godet, expert comptable membre du réseau Qantea : «Ce qui était vrai du temps du prédécesseur peut ne pas s’avérer dans le temps du successeur.»
Dans cette rubrique traditionnellement consacrée à vos investissements immobiliers, nous allons légèrement sortir du sujet, comme la semaine dernière où nous évoquions l’immobilier de bureaux, pour aborder la question des fonds de commerce. Car cela concerne de nombreux investisseurs et les commerçants et artisans qui sont aussi nombreux à lire L’Hebdo-Bourseplus. Si nous évoquons ce sujet cette semaine, c’est parce que le cabinet Qantea vient de publier une étude indiquant que «la crise économique traversée depuis plusieurs années, ainsi que la profonde mutation de la distribution de détail, ne sont pas sans impact sur les critères quasi immuables sur lesquels reposait traditionnellement l’évaluation des fonds de commerce». En effet, la rentabilité passée ne constitue plus la seule référence d’évaluation et des pondérations complémentaires doivent être apportées : par exemple, la situation régionale, l’emplacement et le trafic, l’état du magasin et l’application du concept franchiseur ou la surface de vente et la surface de vitrine. Qantea est un groupement de cabinets indépendants d’expertise comptable, d’audit et de conseil, actifs sur l’ensemble de la France, qui offrent une palette de services complète en comptabilité, fiscalité, juridique, social, système d’information et accompagnement stratégique. Pierre Godet, expert comptable, répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez que les critères traditionnels de l’évaluation des fonds de commerce, ceux que l’on connaît depuis plusieurs décennies, sont affectés par la crise. Quelle est votre analyse ?
Pierre Godet : Ce sont des critères qui sont utilisés par les professionnels, par l’administration fiscale et par tout le monde au moment des transactions. On constate depuis plusieurs années - c’est quelque chose qui s’est accentué avec la crise récente - que ces critères sont de plus en plus battus en brèche. Il y a deux correctifs successifs qui sont venus les amender. C’est particulièrement vrai dans certaines activités, comme les pharmacies, un secteur qui a vu ses marges considérablement diminuer au cours de ces dernières années. On s’est rendu compte rapidement que le critère du chiffre d’affaires n’était plus valable, car on arrivait à des inepties : si l’on finançait des acquisitions sur ces bases, les pharmaciens étaient surendettés et ils n’avaient pas la rentabilité permettant de rembourser leurs emprunts. C’est aussi valable pour les opticiens. Donc, il a fallu apporter quelques correctifs au chiffre d’affaires, selon que le magasin ait été refait ou non, ou selon la qualité de son emplacement. La deuxième évolution est encore plus forte. Les entreprises sont de plus en plus souvent conduites à substituer à ces ratios forfaitaires basés sur le chiffre d’affaires des calculs basés sur la rentabilité. Cela permet d’avoir des valeurs qui sont plus en harmonie avec les capacités de remboursement.
Souvent, lorsque le commerce change de propriétaire, le chiffre d’affaires chute car le précédent propriétaire était bien intégré dans son quartier… Cela signifie-t-il qu’il y a de nombreux autres critères plus difficiles à mesurer ?
Bien entendu. Vous évoquez un critère que l’on connaît bien : lorsqu’une clientèle est trop personnalisée, elle n’a pas la même valeur que lorsqu’elle n’est pas personnalisée… Elle a évidemment moins de valeur quand elle est trop personnalisée. C’est la raison pour laquelle il est maintenant recommandé de baser la valeur d’un fonds de commerce sur la rentabilité, mais cette rentabilité doit aussi être fondée sur des prévisions en termes d’activités et sur une étude de marché aussi pertinente que possible. Le passé est de moins en moins garant de l’avenir.
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