L’automne des bonnets rouges

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

"L’automne des bonnets rouges" est le récit de cette mobilisation massive pour l’emploi et contre l’écotaxe qui, en moins de deux mois, a déstabilisé le gouvernement au point de conduire le Premier ministre à annoncer une grande réforme fiscale. Cet ouvrage a été rédigé par quatre auteurs : Jacques Baguenard, professeur de sciences politiques à l’UBO, Erwann Charles et Hervé Thouement, maitres de conférences en sciences économiques, et René Pérez, journaliste et directeur des éditions du Finistère. Le livre est préfacé par Emmanuel Todd, historien, anthropologue, démographe, sociologue, mais aussi finistérien d’adoption. Ce qui a retenu plus particulièrement notre attention dans cet ouvrage, c’est qu’il contient notamment un long chapitre sur l’histoire économique de la Bretagne.

Erwann Charles rappelle qu’il y a toujours eu des hauts et des bas et qu’il y a quelques siècles, la Bretagne a vraiment connu une période de puissance et de gloire économique : «Quand on regarde l’ensemble de l’histoire de la Bretagne, on se rend compte qu’elle est loin d’être linéaire. Il est très important de regarder dans le passé pour bien comprendre d’où l’on vient et pour analyser justement où l’on va. Et c’est ce que  nous avons voulu faire aussi, prendre un petit peu de recul par rapport à cette problématique, et nous rappeler que certes, si aujourd’hui on parle de crise, il y a eu des moments où la Bretagne était florissante. C’est cette épopée qui a conduit à ce que l’on appelle le modèle breton, notamment dans l’agroalimentaire, qui nous a vraiment intéressés pour pouvoir comprendre ce qui en était le moteur et pour voir pourquoi, alors que, encore en 1994, on nous parlait du modèle économique breton et on présentait l’agriculture bretonne comme étant l’exemple par excellence, aujourd’hui il paraît que l’agroalimentaire va très mal et que l’agriculture va très mal».

L’étude souligne que des phénomènes macro-économiques globaux ébranlent l’économie bretonne : «Quand on regarde le tourisme, parce que le tourisme aussi, aujourd’hui, est très important en Bretagne, 7% du PIB, on sait très bien qu’avec les destinations low cost et la recherche de tout ce qui est soleil et cocotiers, donc des destinations exotiques, toute la destination touristique souffre aussi». Cependant, la partie économique de cet ouvrage entend rester optimiste : «J’explique toujours à mes étudiants qu’il faut considérer une crise comme une opportunité. Je pense que la Bretagne a une réelle opportunité. On compare, par exemple, le taux de chômage en Bretagne avec le taux de chômage ailleurs en France, c’est plutôt positif quand même».

Erwann Charles insiste : «Il ne faut pas croire que la Bretagne va mal. La Bretagne passe par une crise, avec notamment un secteur qui est touché, l’agroalimentaire, mais pas dans son ensemble». L’économiste ajoute : «Je suis persuadé que la Bretagne a des atouts majeurs. On a un secteur qui, paradoxalement en Bretagne, a été sous-exploité et qui peut venir vraiment en aide à l’agroalimentaire : c’est tout le domaine maritime, toute cette pléthore de richesse qui est dans la mer, qui peut venir vraiment aider maintenant le secteur de la terre».

Il y a aussi d’autres éléments dans le livre qui indiquent que la Bretagne se développe sur le plan économique, notamment avec tous ces jeunes retraités qui viennent vivre au bord de la mer : «Cette arrivée massive est un phénomène qui est très intéressant et qui va bouleverser beaucoup de territoires. Ce sont des personnes qui ont de l’argent. Bien sûr, on est schématique quand on parle de cela, mais c’est un profil type, des gens qui ont eu l’habitude d’être actifs, qui sont plutôt instruits, parce qu’ils ont bénéficié des trente glorieuses. Ils arrivent sur un territoire et ils ont une idée de ce territoire qui est un peu idyllique. C’est-à-dire que c’est un territoire qu’ils ont choisi parce qu’il y a une certaine qualité de vie, souvent proche de la mer, parce qu’ils l’ont connu soit quand ils étaient jeunes, soit pendant leurs vacances, et ils s’y installent. Ils arrivent sur ces territoires, littoraux pour la plupart, et ils se mettent à consommer, à être des retraités actifs et à créer une vraie économie résidentielle».

Toutefois, si cela fonctionnait aussi bien que cela, les bonnets rouges seraient-ils descendus dans la rue pour manifester leur colère ? Erwann Charles analyse ce phénomène : «Les bonnets rouges sont descendus pour des raisons qui sont certes économiques, mais il y a des raisons aussi identitaires et puis il y a des fractures qui sont plus profondes que ce que ne paraît cette fronde, ou cette jacquerie. Ce n’est pas même pas une jacquerie. Un de leur slogan, c’est : il faut libérer les énergies. C’est l’idée du principe de subsidiarité. Je pense que derrière cette fronde, il y a cette volonté d’avoir plus de liberté à l’échelon des territoires…»

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