La crise financière de 1789-1799 : l’histoire se répète...
LITTÉRATURE
Pour ce dernier numéro de 2013, voici un article sur l’un des livres les plus passionnants édités cette année, mais qui est pourtant très ancien, bien que présenté à juste titre comme «furieusement contemporain». Pierre Jovanovic est journaliste, écrivain et éditeur et il vient de publier un ouvrage écrit il y a plus de deux siècles par Andrew Dickson White : «La crise financière française de 1789 à 1799. Comment l’usage des planches à billets par les Révolutionnaires a amené l’armée au pouvoir».
Ce livre est exceptionnel car il permet de comprendre à quel point l’histoire se répète. L’auteur, un diplomate américain en poste à Paris au moment de la Révolution française, raconte 1789 sous l’angle économique. Pierre Jovanovic nous explique comment il a découvert l’existence de cet ouvrage et a été convaincu de l’opportunité de le faire traduire en français : «C’est un journaliste anglo-saxon, Max Keiser, et James Turk, l’auteur du livre «Comment profiter de l’effondrement du dollar et de l’euro», qui me l’ont fait découvrir. Quand je l’ai lu en anglais, je suis tombé de ma chaise, parce que c’est un aspect que l’on n’a jamais abordé ! On est révolté à la lecture de ce livre de constater comment l’enseignement de la Révolution française nous a été volé. J’ai retenu de mes cours d’histoire, comme beaucoup de Français, qu’une fois que la Révolution a eu lieu le 14 juillet, c’était le bonheur absolu... Les papillons volaient dans les airs, le miel coulait à flots et les pièces d’or poussaient dans les arbres…»
Or, la réalité est bien différente : «A la lecture de ce livre, on découvre une situation qui est exactement similaire à celle que l’on vit aujourd’hui. À l’époque, les révolutionnaires se sont heurtés aux caisses vides de Louis XVI et, comme ils ne savaient pas les remplir - c’étaient des idéologues, comme le Parti socialiste ou l’UMP, aujourd’hui - les Français ont vécu la pire des crises financières de l’histoire de France. C’est incroyable, car on voit que l’enseignement de l’histoire est complètement modifié par des gens qui ne veulent surtout pas que l’on sache ce qui s’est passé».
Andrew Dickson White décrit comment les révolutionnaires ont eu l’idée de créer une nouvelle monnaie, les assignats, qui, au début, reposait sur les propriétés immobilières saisies au Vatican et comment ils ont abusé de la planche à billets pour fabriquer intensivement cette monnaie de singe : «Après, ils ont commencé à faire tourner la planche à billets jusqu’à détruire la monnaie au bout de huit ans. Par exemple, une pièce d’or valait 25 livres au début et, à la fin, la même pièce d’or valait 7 500 livres !» explique Pierre Jovanovic. Il résume la morale de cette tragédie, si tant est que l’on puisse parler de morale : «Les révolutionnaires ont été incapables de réguler l’économie, parce qu’ils faisaient tourner la planche à billets. Ils n’avaient pas compris qu’une monnaie n’a strictement rien à voir avec la politique et que tout le monde sait compter. Les révolutionnaires ont envoyé un maximum de gens, un maximum de petits commerçants et de négociants, à la guillotine parce qu’ils avaient refusé d’accepter les assignats ! 50 à 60% des gens qui ont été guillotinés l’ont été pour des raisons économiques ou pour fraude économique».
Tout le monde sait que la Révolution française a été une période très sanglante, or, on découvre à travers ce livre qu’elle a également été criminelle sur le plan économique. Pierre Jovanovic dresse un parallèle avec la situation actuelle : «Plus les Américains font fonctionner leur planche à billets, plus ils rachètent le monde avec leurs billets qui ne valent rien, et plus les entreprises licencient parce qu’il y a une dilution de la valeur de la monnaie. Il s’est passé la même chose après la Révolution qui, paradoxalement, n’a profité qu’aux plus riches. Alors que tous les livres d’histoire et les professeurs d’histoire, qui ne font que répéter finalement un texte qu’ils ont appris par cœur, n’expliquent pas que ce sont les pauvres qui, en réalité, ont été massacrés économiquement pendant la Révolution…»
Déjà, à cette époque, «la bourgeoisie avait des belles idées, des idées qui préfiguraient en fait le marxisme, qui ne tenaient pas compte des réalités économiques des échanges commerciaux et de la volonté de chaque être humain de se constituer une petite dot pour sa fille à marier ou simplement de mettre de l’argent de côté. La Révolution a été fabriquée par des utopistes et au final, aujourd’hui, qu’est-ce que nous avons avec le Parti socialiste et avec une partie de l’UMP ? Des utopistes…»
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