Un élu rural dénonce une société qui marche sur la tête !

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Gérard Goret, maire de Fontaine-Lavaganne (Oise) : «Il y a un mépris des grandes entreprises et des grandes administrations vis-à-vis du monde rural.»

Gérard Goret est le maire de Fontaine-Lavaganne, une commune de 451 habitants située dans le département de l’Oise. Cet élu de bon sens a plus d’un motif de mécontentement ! Comme il le dit avec humour : «Cela fait du bien de lâcher son sac…» Ses propos lucides reflètent malheureusement l’opinion de nombreux élus ruraux. À l’origine de sa colère, une panne de téléphone qui aurait pu rester anecdotique mais qui s’est largement prolongée. Ce qui est exaspérant, c’est de constater avec quel mépris les habitants de la commune ont été traités… Un entretien vraiment sans langue de bois !


L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes en colère, car votre village est resté plus de deux semaines sans téléphone et vous avez eu le sentiment que ce n’était pas une priorité pour Orange… Que s’est-il passé ?

Gérard Goret : Nous avons été en panne, sans le savoir, avec Orange... Chacun pensait qu’il s’agissait d’un problème propre à son installation. Mais, au bout d’un moment, on a compris que c’était beaucoup plus important... À partir de là, on a essayé de prendre contact avec Orange, c’était pratiquement mission impossible ! J’ai aussi contacté la direction régionale d’Orange, après avoir laissé plusieurs messages. Personne ne me répondait, au point que j’ai dû être désagréable à la fin avec mon interlocuteur… J’ai aussi dû faire le forcing auprès de la Préfecture et du Conseil général… On est capable de marcher sur la lune, on nous parle du très haut débit, mais on n’est pas capable d’avoir un téléphone portable qui fonctionne ! C’est très grave, puisque l’on m’a rapporté le cas d’un monsieur qui n’a pas pu appeler les secours, parce que son portable ne fonctionnait pas, et il serait décédé. C’est une information donnée par une journaliste, que je n’ai pas pu vérifier. Finalement, j’ai eu le responsable régional d’Orange et il m’a répondu qu’il était tout aussi impuissant que moi dans cette affaire ! Je trouve impensable d’entendre cela de la part du responsable d’une aussi grande entreprise. Il a fallu attendre deux semaines et demie pour que nous soyons dépannés et on m’a donné comme explication : «La réparation devait se faire dans un local technique d’ERDF et ils n’avaient pas la clé !» En fin de semaine dernière, un monsieur de la Préfecture m’a demandé où nous en étions… Les gens s’inquiètent, mais trois semaines plus tard !


N’est-ce pas une forme de mépris vis-à-vis de la ruralité ?

Il y a un mépris des grandes entreprises et des grandes administrations vis-à-vis du monde rural. On retrouve la même philosophie avec les rythmes scolaires. On change les rythmes scolaires en fonction des grandes villes. Cela se justifie certainement à Paris et ce sera facile à résoudre dans les grandes villes. Mais en province, on est incapable de résoudre ce problème ! Je viens d’écouter Vincent Peillon à la télévision : il est brillant, il est sûr d’avoir raison dans ses théories, mais il est complètement déphasé par rapport à la réalité. Sur la question des rythmes scolaires, s’il y a un effort à faire, ce n’est pas le mercredi, mais le samedi. On se met à dos les enseignants, les parents d’élèves et le monde économique… Donc, on ne peut pas toucher au samedi. Pour une petite commune comme la nôtre, cela va coûter entre 50 et 100 euros d’augmentation des impôts par foyer fiscal ! Évidemment, ce n’est rien pour des nantis, mais vous avez dans nos zones des gens qui ne gagnent pas beaucoup… Concrètement, on va avoir un battement entre 16h10 et 16h45, selon les villages… Que peut-on faire en 35 minutes ? Qui va être capable de travailler 35 minutes dans une journée ? On a deux anciens cantonniers, qui sont disponibles. J’en ai un autre, qui fait parfois des petits séjours en prison : il va apprendre aux gosses à rouler des pétards ? C’est la même chose dans tous les domaines ! On nous explique maintenant qu’il faut faire des économies en supprimant des petites communes. Evidemment, on ne va pas supprimer les grandes villes, mais quelles sont les économies de valeur que l’on peut réaliser ? Aucune ! Pour une route, le prix sera le même… On va supprimer un maire qui perçoit 500 euros ? C’est souvent le maire qui met la main à la poche et il n’y a aucune économie de valeur à supprimer une petite commune…

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