Financement de l’innovation : la France prend du retard !

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Bernard-Louis Roques, cofondateur de Truffle Capital : «Les gens qui ont de l’argent ne vont pas vers les entreprises innovantes.»

Truffle Capital, acteur majeur du capital-risque européen et premier gérant de FCPI en termes de performance, évoque le rôle critique des entreprisesinnovantes développant des technologies de rupture pour consolider le tissu industriel français. Lors d’un colloque, les experts de Truffle Capital ont insisté sur «l’impact positif économique et social du capital-innovation : entre 2010 et 2011, les entreprises accompagnées par les fonds de capital-innovation ont vu leurs effectifs cumulés et leur chiffre d’affaires cumulé augmenter respectivement de 12,5% et 17%. Les FCPI ont financé près de 1150 entreprises depuis la mise en place du dispositif, 82% d’entre elles étaient toujours en activité fin 2010, elles emploient près de 48 000 personnes et réalisent 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et une sur deux est exportatrice.

Malgré ce constat, la place des technologies de rupture, principaux moteurs de croissance, reste faible dans la politique gouvernementale. Le manque de stabilité fiscale de notre pays et le soutien insuffisant accordé aux PME innovantes nuit aux innovations de pointe, amenuisant l’émergence en France des JEI (Jeunes entreprises innovantes)». Bernard-Louis Roques, cofondateur et directeur général de Truffle Capital, insiste : «Il est vital pour notre avenir de miser sur les PME innovantes, capables de devenir leaders mondiaux, créatrices d’emplois et de points de croissance dont nous avons besoin et destinées à jouer un rôle critique à un moment où la France peine à renouveler son modèle économique et ne parvient pas à combler le fossé qui se creuse avec les pays les plus dynamiques de la planète».

Au cours de ce colloque, l’exemple d’Israël a été mis en exergue : «Le modèle israélien peut servir de formidable exemple en matière de croissance économique résultant d’un soutien important d’entreprises innovantes : 85% de l’investissement du private equity en Israël bénéficie aux jeunes entreprises ; en Europe, 80% de ce même investissement en private equity va à des sociétés matures, notamment dans le LBO. Autre comparaison : Israël investit 4,3% de son PIB en R&D contre 2,25% pour la France. Le résultat de cette politique d’investissement est payant : la croissance en Israël devrait atteindre cette année 3,8% d’après le FMI». Bernard-Louis Roques répond à nos questions.


L’Hebdo-Bourseplus : Observez-vous toujours un bouillonnement intellectuel et créatif, comme dans les années 2000, avec de nombreux projets, ou plutôt un mouvement de départ émanant des jeunes qui souhaitent maintenant entreprendre à l’étranger ?

Bernard-Louis Roques : Il y a les deux. Il y a effectivement un bouillonnement et il y a aussi des gens qui veulent partir. À mon sens, il n’y a jamais eu autant de jeunes qui, en proportion des diplômés dans les grandes écoles ou dans les universités, ont eu envie de créer leur société. C’est un vrai mouvement de fond, et sans doute générationnel, qui s’amplifie à chaque génération. Maintenant, il y a aussi beaucoup de jeunes qui partent, tout cela parce que l’écosystème français n’est pas toujours favorable, particulièrement dans l’investissement de départ dans les sociétés auprès des business angels ou des capitaux risqueurs. Il y a clairement un impact sur l’état de la levée de fonds au niveau des FCPI : il n’y a pas de fonds pour tout le monde et, à partir du moment où il n’y a pas de fonds pour tout le monde, beaucoup vont tenter leur chance ailleurs. Cela ne veut pas dire que tous réussiraient s’ils en avaient les moyens, mais il y en aurait plus… Il y a très clairement aujourd’hui un manque de financement. La France devrait se donner les moyens d’avoir un rôle plus important dans le capital-risque.

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