Pourquoi je vais quitter la France...

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

L’avocat Jean-Philippe Delsol avait publié l’an dernier un ouvrage intitulé «À quoi servent les riches». Il entendait ainsi rappeler que plus il y a de riches dans un pays, plus les moyens deviennent importants et plus les petits ont ainsi des chances de devenir moyens… Mais pour attirer et conserver des riches, il est nécessaire d’appliquer une fiscalité raisonnable ! Visiblement, le gouvernement n’a toujours pas compris cela et l’avocat publie un nouveau livre au titre provocateur pour certains : «Pourquoi je vais quitter la France». Jean-Philippe Delsol explique qu’il constitue la suite de son précédent ouvrage, «À quoi servent les riches». Il souligne : «On ne veut pas des riches parce que l’on a pas compris qu’ils servaient à quelque chose et un certain nombre de riches - pas tous heureusement - se sont dit : C’est fini, je pars…» Évidemment, il s’agit de témoignages : «C’est un livre qui cherche à comprendre pourquoi. Ce n’est pas moi qui vais partir, ce sont mes clients. J’ai rencontré au cours de ces deux dernières années une vingtaine de clients qui ont décidé de partir et je les ai accompagnés dans ce travail compliqué de décision. C’est un travail compliqué, parce qu’ils n’ont pas tellement envie de partir. Ils s’y sentent un peu acculés. J’ai beaucoup parlé avec eux et ce livre est une synthèse, sous le récit d’un personnage fictif, de ce que ces gens pensent. Tout est fiction, mais tout est vrai... Comme je le dis, c’est une histoire qui raconte des histoires vraies». L’ouvrage permet de comprendre comment des milliers d’esprits brillants, entrepreneurs, industriels, investisseurs, jeunes diplômés et même retraités aisés, en sont venus à la conclusion que la France ne les aimait plus et que le moment était peut-être venu pour eux de s’en aller. Jean-Philippe Delsol évoque leurs différentes raisons de quitter la France : «Il y a seulement trois ou quatre ans, c’étaient essentiellement des entrepreneurs d’un certain âge qui souhaitaient vendre leur entreprise pour échapper à l’impôt sur la plus-value et, derrière, à l’ISF. C’était le profil de 90% des départs fiscaux. Aujourd’hui, c’est très différent. Les raisons sont moins d’ordre fiscal - elles le sont encore, mais pas seulement - et les catégories ont changé. Il y a aujourd’hui des entrepreneurs plus jeunes, qui sont dans la quarantaine, qui ont créé leur entreprise après une expérience d’ingénieur ou de cadre. Ils sentent qu’ils vont réussir, mais ils ne veulent pas réussir en France car ils font le constat que l’État va tout leur prendre. Il y a une autre catégorie de gens, plus jeunes encore : ce sont les étudiants qui, par dizaines de milliers, se disent que ce n’est pas ici que l’on va avancer vite et bien, mais ailleurs... Tout cela fait beaucoup».

Le phénomène est dramatique pour la France. Jean-Philippe Delsol rappelle que 35 077 personnes ont quitté notre pays en 2012, contre 21 000 en 2011. «Évidemment, quand on essaie de comprendre ce qu’il y a dans ces chiffres, il faut toujours être prudent. Il y a des cadres et des ouvriers envoyés par des entreprises françaises en Chine ou en Amérique du Sud, mais il y a aussi le jeune entrepreneur qui part en Belgique ou en Suisse parce qu’il veut échapper à l’impôt sur la plus-value et à l’ISF. Il y a également, les chiffres le montrent, de plus en plus de gens qui partent parce qu’ils en ont ras-le-bol à la fois de la fiscalité, mais aussi des charges sociales. La France est le pays où le niveau de charges sociales est le plus élevé au monde. Il y a aussi les normes, la complexité, le fait que l’on ne puisse pas licencier et que l’on ait donc de la peine à embaucher. C’est cet ensemble qui fait qu’il y a de l’irritation qui grandit et qu’à un moment donné, le citoyen - qui est aussi contribuable - se dit : Cette fois-ci, c’est trop, je pars».

La première partie du livre rappelle à quel point le système est complexe et difficile en France. Après sa lecture, un entrepreneur situé à l’étranger aura compris qu’il ne faut surtout pas venir investir en France ! L’auteur reconnaît qu’il y a quand même des sociétés qui décident de s’y installer : «Il y a encore des entreprises étrangères qui s’implantent en France, malgré les coûts sociaux, parce que la France est au centre de l’Europe, parce que les Français sont de bons travailleurs quand ils travaillent, mais ils travaillent beaucoup moins qu’ailleurs...» Mais, le pire, c’est toujours cette phrase de François Hollande : «Moi, je n’aime pas les riches».

En outre, «il fixait le niveau de la richesse à quelque chose qui n’est pas très élevé : 4 000 euros par mois… Cela fait 48 000 euros par an. Or, le revenu moyen de ces 35 077 foyers fiscaux qui sont partis est de 39 000 euros ! Vivre dans un pays en ayant l’impression d’être rejeté, d’être vilipendé, c’est quelque chose qui est très désagréable. Cette somme, c’est le salaire d’un chauffeur de bus au Luxembourg !» Nous sommes donc un pays où les riches ne sont pas vraiment riches, où ceux qui réussissent sont montrés du doigt, et ce ras-le-bol concerne l’ensemble des entrepreneurs.

En effet, Jean-Philippe Delsol ajoute qu’il y a «au-delà des aspects factuels, un autre aspect qui est extrêmement dérangeant pour ceux qui ont envie de partir : c’est l’instabilité permanente. Prenons l’exemple des jeunes qui veulent créer quelque chose. Le précédent gouvernement avait mis en place ce régime de l’auto-entrepreneur qui permettait de démarrer son entreprise sans être immédiatement assommé de charges, et de payer des charges au fur et à mesure que l’on gagnait de l’argent. Ce régime favorable, avec une imposition forfaitaire à des niveaux raisonnables, a été transformé par le nouveau gouvernement de telle façon que les charges ont augmenté de plus de 50%. J’entends dire que, peut-être, on pourrait revenir à ce régime. C’est une bonne chose. Mais ce qui est vrai, même si c’est une bonne chose, c’est que les gens se disent que les choses changent tout le temps. Cette instabilité est une contrainte encore plus forte que le niveau même des prélèvements ! Jean-Marc Ayrault veut remettre à plat la fiscalité : tant mieux, parce que la fiscalité française est devenue complexe. Avec 500 niches, elle est aussi contraignante en termes de formalités, de procédures et d’autorisations préalables. Tout cela devient invivable. C’est bien de la remettre à plat. Mais, aussitôt, Monsieur Ayrault ajoute que ce sera à prélèvements constants. Il n’a rien compris ! Il faut une fiscalité plus simple et je ne pense pas que ce soit Monsieur Ayrault qui puisse me l’offrir».

Malheureusement, tout le monde a compris que pour relancer l’emploi, le logement et la croissance, il suffirait de baisser fortement les impôts. Tous ceux qui ont du bon sens conçoivent aisément cela mais, comme le gouvernement semble hermétique à ces évidences, ils partent… Le livre souligne par ailleurs que les exilés fiscaux ne sont pas forcément heureux de quitter la France : «D’abord, ils sont rarement seuls, ils ont une famille. Il arrive que la famille tout entière ait envie de partir, mais c’est rare. Ils savent que partir est un déracinement. Ils sont généralement bien dans leur milieu social, sur leur territoire, ils ont des amis, des parents... Ils aiment leur entreprise aussi, ils aiment leurs salariés, leurs employés, leurs clients et leurs fournisseurs, ils aiment travailler avec eux. Donc partir, c’est un déchirement et c’est très rarement de gaieté de coeur. Mais pour développer leurs projets, cela devient trop difficile, ils veulent tenter de le faire ailleurs. C’est mon rôle aussi de leur dire que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Mais ailleurs, il y a encore de l’herbe, alors qu’il n’y en a plus chez nous...» C’est cette bien triste histoire que nous conte avec humour et talent Jean-Philippe Delsol.

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