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Le coup de gueule d’un grand patron de l’immobilier
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
François Gagnon, président d’ERA Immobilier France et Europe :«Tout cela va nuire aux gens que l’on souhaite justement aider à trouver des logements.»
Cécile Duflot, avec sa fameuse loi ALUR, mobilise contre elle tous les professionnels de l’immobilier ! Dans le secteur privé, il n’y en a aucun qui considère que cette loi est positive : du moins, nous n’en avons pas encore trouvé... C’est au tour de François Gagnon, l’influent président du réseau ERA Immobilier en Europe, de pousser son coup de gueule. Créé en 1972 aux États-Unis, ERA est l’un des plus importants réseaux de franchise d’agences immobilières dans le monde. Présent dans près de 50 pays, il emploie plus de 30 000 collaborateurs dans plus de 2 500 agences. En Europe, le réseau est présent dans 18 pays avec 1 100 agences, dont 350 en France. François Gagnon, président d’ERA France et Europe, répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Le secteur de l’immobilier est en pleine effervescence. Les professionnels s’estiment menacés par la loi ALUR, mais aussi par le climat fiscal. Ils soulignent que les clients restent dans l’attentisme et qu’ils ne travaillent finalement qu’avec les gens qui n’ont plus le choix pour acheter ou vendre…
François Gagnon : C’est exactement la situation que nous vivons. Il y a un certain nombre de mesures qui figurent dans la loi ALUR et qui ne sont pas forcément mauvaises : par exemple, on parle d’un Conseil supérieur des professions immobilières. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, mais le diable est dans les détails : comme nous ne connaissons pas encore les détails précis de cette loi, qui seront déterminés par décret, nous ne savons pas s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise chose. Pour nous, c’est une situation malsaine et difficile à comprendre, parce que tout sera déterminé par décret. Le climat n’est pas très favorable en ce moment, avec toutes ces lois qui font peur et qui concernent les propriétaires et les investisseurs. Cette peur se traduit par un attentisme et certains propriétaires, qui pourraient louer un bien, décident de ne pas le faire en raison de la complexité des lois qui sont mises en place. On a besoin de centaines de milliers de biens en France, mais c’est loin d’être le cas actuellement. Or, les gens que l’on souhaite aider, ceux qui ont de faibles moyens, vont se retrouver dans des conditions encore plus difficiles parce que, non seulement il n’y a pas suffisamment de biens en construction mais, en plus, on fait peur aux propriétaires et aux investisseurs. On met en place des mesures qui ne seront pas intéressantes pour les gens auxquels ces mesures sont censées s’adresser.
En 2013, on est dans une ère où la liberté régule tout et où celui qui n’est pas bon perd tout... Dans tous les secteurs d’activité, lorsqu’un professionnel déçoit ses clients, il est l’objet de commentaires négatifs sur Internet : pourquoi mettre en place des instances supérieures et des organes de surveillance, alors que les choses se font naturellement ?
Je pourrais difficilement dire le contraire. Au départ, la FNAIM avait mis en place un projet de Livre blanc pour aider à réglementer la profession. C’était une très bonne idée. Si ce Conseil rassemble les associations de défense des consommateurs et les différentes associations qui ont pour but de taper sur la tête des professionnels, on va se retrouver avec des mesures qui seront extrêmement difficiles et contraignantes pour la profession. Y a-t-il un manque de professionnalisme à certains niveaux ? Oui. Y a-t-il de mauvaises agences immobilières qui devraient être éliminées ? Nous sommes d’accord. La loi qui réglemente la profession n’est pas vraiment bien adaptée à notre milieu. Mais il faut faire attention à ne pas passer d’un extrême à l’autre. L’extrême qui ne réglemente strictement rien n’est pas meilleur que l’extrême qui réglemente tout et qui rend très diffficile l’accès à la profession.
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