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L’euphorie gagne Wall Street
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
Les bons chiffres économiques publiés outre-Atlantique sur la croissance et l’emploi ont fait craindre dans un premier temps l’arrêt du soutien de la Réserve Fédérale aux marchés financiers, provoquant une petite baisse passagère sur le Dow Jones. Sa politique de taux proches de zéro et ses injections massives de liquidités dans le circuit financier commencent à peine à se diffuser à l’économie réelle, mais jusqu’à présent c’est surtout Wall Street qui en a profité le plus, au point de former une nouvelle bulle spéculative. Les responsables de la Banque centrale ont aussitôt réagi pour donner des signaux allant dans le sens du maintien de celle ligne directrice et empêcher coûte que coûte la formation du moindre embryon de spirale baissière, jugée dangereuse à ce stade du cycle de croissance.
Mais de là à ce que l’euphorie s’installe, il n’y a qu’un pas qui reste néanmoins très délicat à franchir. Le chemin est désormais étroit entre laisser la bulle gonfler avec la certitude de la voir éclater à plus ou moins brève échéance et celle de l’empêcher de grossir avec l’écueil de voir les investisseurs quitter brutalement les actions en se disant qu’il n’y aurait plus grand chose à y gagner. L’autre péril guettant l’économie mondiale est celui de la déflation, car la tendance de l’inflation reste baissière sur le long terme alors qu’elle est désormais proche de zéro. Le décalage entre les prix des biens et services et celui de actifs financiers est fortement divergeant et devrait se corriger tôt ou tard avec forcément une forte baisse des cours des actions.
Or, de ce côté-ci de l’Atlantique, la faiblesse de l’économie aggrave encore ces décalages entre le monde réel fortement déprimé et l’euphorie naissante sur les marchés financiers. De plus, avec sa nouvelle baisse des taux d’intérêt, la BCE a provoqué une rupture d’équilibre, à peine visible certes, entre les marchés obligataires américain et européen. Les taux sur les T-Bonds de 10 ans US sont à présent plus élevés que ceux des OAT français de même maturité, nonobstant un écart de notation significatif de la part des agences de rating (S&P, Moody’s et Fitch). Si ce taux repasse au-dessus des 3%, le risque est grand de voir un grand nombre d’investisseurs basculer leurs investissements sur les obligations redevenues attractives en absence d’inflation.
Cela deviendrait encore plus évident en cas de déflation. Plus que les niveaux des cours, c’est la manière bien trop rapide dont la hausse actuelle se déroule qui porte les germes d’une bulle spéculative. Techniquement, alors que le Dow Jones bat de nouveaux records, le Cac 40 commence à s’éloigner de ses plus hauts annuels, indiquant un début de divergence baissière. C’est justement de cela qu’il conviendrait de se méfier en pensant à tort que Wall Street nous tirerait encore vers le haut malgré les graves difficultés économique actuelles du monde réel en France. Or, un premier signal de retournement de tendance a été déclenché sur le Cac 40 avec la récente cassure de la figure en biseau (Vous pouvez consulter les détails sur la lettre « la Bourse » et « Stratégies Boursières » de cette semaine). Cela serait confirmé en cas de cassure du support des 4.200 points.
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