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Les élus ruraux désemparés face à la réforme des rythmes scolaires
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Christian Schoettl, maire de Janvry (Essonne) : «On va faire venir Madame Michu, une dame du village qui sait faire de la pâte à sel, et on va occuper les enfants pendant trois quarts d’heure…»
Le dossier de la réforme des rythmes scolaires est loin d’être enterré, bien au contraire, car les élus ruraux continuent de juger ce texte inapplicable. Christian Schoettl, maire Nouveau Centre de Janvry, une commune de 550 habitants située dans le département de l’Essonne, en appelle carrément «à la désobéissance civile». Il déclare : «Nous sommes républicains. Quand il y aura une loi, on l’appliquera. Là, ce n’est qu’un décret mal ficelé. Je suis dans la désobéissance civile et je l’assume». L’élu rappelle qu’un Français sur deux est opposé à cette réforme et il souligne aussi que cette mesure va accentuer la fracture entre les communes riches et pauvres. Il répond à nos questions.
L’Hebdo-Bourseplus : Pourquoi refusez-vous d’appliquer cette réforme des rythmes scolaires ?
Christian Schoettl : Pour moi, ce n’est pas un combat politique, ou alors, c’est politique dans le sens le plus noble du terme. C’est d’abord un combat qui concerne la gestion de la cité. Mais je me refuse à donner la moindre connotation antigouvernementale à cette démarche. On ne m’y prendra pas, car je trouve scandaleux de prendre les enfants en otages dans un combat politique. C’est une mauvaise réforme et, si elle avait présenté par Nicolas Sarkozy, j’aurais fait la même chose. Pour moi, ce n’est pas du tout un débat droite-gauche. Le nombre de maires de gauche qui demandent que l’on arrête les dégâts témoigne que nous ne sommes pas dans un débat politique. On est vraiment sur un débat d’élus locaux, qui connaissent le terrain, qui vivent la situation au quotidien et qui, face à une mauvaise réforme, demandent que l’on arrête les dégâts.
Qu’est-ce qui vous semble être le plus incohérent ?
On essaie de condenser sur ces 32 semaines de scolarité ce que nous devrions faire en 36, 37 ou 40 semaines ! On a 20 semaines de congés pour 32 semaines de scolarité. Les parents ont 5 semaines de congés payés. Cela veut dire qu’il y a 15 semaines qui sont un cauchemar de gestion pour les parents. Plus on est une famille à bas revenus, plus le cauchemar augmente… J’ai vu des mômes se retrouver, le matin à huit heures, en bas d’une barre d’immeubles avec deux ou trois euros en poche pour passer la journée. À partir de 10 heures, ils font des bêtises… Pour les familles, 20 semaines de congés, c’est effrayant ! Au lieu d’avoir le courage d’aller contre le lobby du tourisme en demandant qu’il y ait moins de grandes vacances - les grandes vacances d’été, c’était pour que les enfants puissent aller à la moisson, mais la France paysanne s’est réduite - on préfère concentrer l’école sur 32 semaines. Alors, pourquoi ne pas passer à 40 semaines ? Là, on aurait un vrai courage politique. Ensuite, c’est celui qui décide qui paie et qui organise ! L’État dit qu’il veut changer les choses, mais il donne aux communes le soin de gérer une partie du projet pédagogique, alors que ce n’est pas dans nos compétences : c’est stupide. En trois décennies, on a abandonné l’art plastique, l’enseignement précoce des langues en primaire et le sport… Si l’on pouvait étaler davantage, on pourrait redonner le temps d’apprendre.